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Lettres de notre fondateur

Apôtres de la nouvelle évangélisation

Que ton Règne vienne !

Rome, 21 Novembre 1993 Solennité du Christ Roi

Très chers en Jésus-Christ :

« Allez dans le monde et annoncez l’Évangile » (Mc 16, 15). Ce fut le commandement explicite du Seigneur à ses disciples avant de monter au ciel. A travers les siècles, les chrétiens ont écouté les paroles du Christ et les ont accueillies. Chaque génération doit écouter et accueillir le commandement missionnaire du Christ et c’est à nous qu’il revient de le faire, dans ces circonstances historiques, au seuil même du troisième millénaire.

Ce commandement est adressé à tous les chrétiens et, par conséquent, aux membres du Regnum Christi qui, par vocation, sont appelés à étendre dans le monde le Règne du Christ, avec un dynamisme militant spécial. Après avoir médité en présence de Dieu sur les implications du commandement du Christ pour tous ceux qu’Il a voulu appeler au Mouvement, en ces moments particuliers de l’histoire, je désire partager avec vous, les réflexions suivantes dans l’espoir qu’elles vous aideront à comprendre et mieux vivre votre mission en tant qu’apôtres du Christ à l’intérieur du charisme du Regnum Christi.

Dès la première fois que j’ai entendu le commandement du Christ de proclamer l’Évangile, je l’ai ressenti comme m’étant adressé personnellement. C’est l’idéal qui a toujours été présent tout au long de mes années de séminariste et de prêtre. Pour moi, ce fut toujours clair comme un axiome que celui qui connaît le Christ, doit Le faire connaître aux autres. Celui qui a reçu la flamme de la foi doit a transmettre à celui qui est à côté de lui, car la foi au Christ est un trésor que l’on doit partager avec joie. L’esprit apostolique est la nécessité intérieure de communiquer une expérience qui donne un sens à la vie elle-même.

Dieu, notre Seigneur, a permis que depuis mon enfance et pendant mes années de formation sacerdotale, je vive avec des personnes qui avaient compris l’urgence du commandement missionnaire de Jésus-Christ. Je ne pourrai jamais oublier l’exemple de mon oncle, Monseigneur Raphaël Guizar y Valencia, que j’accompagnai souvent lors de mon séjour au séminaire diocésain de la ville de Mexico. A travers les rues et les places de la ville, en voyant tant de gens qui avaient besoin de Dieu, il commençait à parler du Christ d’une façon spontanée. Un premier groupe de curieux arrivait et il se formait immédiatement un attroupement autour de lui ; chaque fois les personnes qui l’écoutaient étaient plus nombreuses, assoiffées de la parole de Dieu. D’autres fois, durant les visites aux villages de son diocèse, qu’on ne pouvait atteindre qu’à dos de mule, pour la majorité d’entre eux, il emportait son accordéon avec l’intention d’attirer le plus grand nombre d’auditeurs. Après avoir joué quelques morceaux, il faisait le catéchisme et expliquait simplement la foi de l’Église, emplissant les cœurs de l’amour de Dieu.

Pendant les périodes de vacances au séminaire, j’aidais le Père Maldonado, curé de la paroisse de Jésus-Marie, dans le diocèse de Veracruz. Nous allions à travers les bourgades pour prêcher et porter la parole du Christ. Là j’ai eu la grâce de pouvoir prêcher plusieurs fois l’Évangile. Avec quelle gratitude envers Dieu, je me souviens de cette époque où j’ai pu expérimenter directement la soif de Dieu chez ces personnes simples ! Quelle joie de pouvoir leur parler de l’amour de Dieu pour eux, de la miséricorde divine, de la nécessité de se convertir à cet amour et de mener une vie digne de leur foi !

Ce furent ces expériences qui, dans leur simplicité, me donnèrent le plus d’élan pour former un groupe d’hommes qui irait annoncer le Christ au monde entier. Je me souvenais des paroles de saint Paul : « Comment croiront-ils à quelqu’un dont ils n’ont pas entendu parler ? comment en entendront-ils parler si personne ne le leur annonce ? » (Rm 10, 14). L’idée de pouvoir passer la vie que le Seigneur m’avait donnée à faire connaître à mes frères la grandeur de son amour, en profitant de toutes les occasions pour parler de Lui, me remplissait d’enthousiasme. C’est pourquoi, dès les premières tentatives de fondation au séminaire, je voulus réunir un groupe d’hommes qui ne s’arrêteraient pas à des considérations de santé, qui ne lésineraient sur aucun sacrifice, même si leur vie se consumait en peu d’années, pourvu qu’ils se donnent complètement à la tâche d’annoncer l’Évangile.

A partir de ma première visite en Europe, au printemps de 1946, et au cours des divers voyages qu’en ces années-là, j’ai dû entreprendre à travers différents pays d’Amérique, j’ai pu constater avec beaucoup de peine, que les chrétiens s’éloignaient de la pratique religieuse et qu’en beaucoup d’endroits, les églises étaient vides. Pour quelques chrétiens, leur vie de foi se réduisait à réciter quelques prières par cœur et à assister, d’une manière plus ou moins conventionnelle, à la messe dominicale. Face à cette réalité, je percevais avec une urgence plus grande, le besoin d’apôtres qui sortiraient dans la rue pour proclamer le Christ. Un certain style de christianisme pieux, mais manquant de force évangélisatrice, suffisant à l’intérieur d’un cercle restreint de personnes et d’intérêts où le sens de la mission ne battait pas avec force, ne me convenait pas.

D’un autre côté, je me rendais compte que les idéologies laïcistes et matérialistes voulaient affaiblir le dynamisme apostolique de l’Église, essayant de limiter son action à la sphère privée ou aux pratiques du culte, favorisant la réclusion des prêtres dans les sacristies et endormant la conscience missionnaire des laïcs.

Cette image de la vie chrétienne me causait une peine profonde parce que je la voyais comme diamétralement opposée à ce que le Christ nous a enseigné et à ce qu’Il a Lui-même pratiqué. C’est pourquoi, dans la formation des nôtres, j’ai toujours insisté sur la nécessité d’être des apôtres de première ligne, des hommes militants qui dépensent leur vie sans peur à la prédication de l’Évangile. D’où le caractère « militant » du Regnum Christi qui souligne le style ou le mode d’adhésion au Christ de celui qui a compris l’urgence d’être un témoin ardent et contagieux de l’amour de Jésus-Christ pour les hommes.

L’Évangile, les Actes des Apôtres, les lettres de saint Paul, nous présentent un style d’apostolat qui s’est perdu dans certains milieux chrétiens. L’Évangile contient en lui un message transformant, une semence pour renouveler la société depuis le cœur de chaque homme. Une preuve en est le témoignage de vie des premiers chrétiens, ces hommes et ces femmes de tout âge, condition sociale et profession, qui furent capables d’ébranler les bases de l’empire romain. Rien, de l’extérieur, ne les distinguait des autres hommes qui adoraient les dieux païens. Ils travaillaient, ils fondaient des familles, comme les autres ; mais il y avait quelque chose qui les rendait différents : c’était l’amour avec lequel ils s’aimaient les uns les autres, le pardon mutuel, la paix que transpirait leurs vies, la pureté de leurs mœurs, l’honnêteté de leur conduite. Beaucoup de ces hommes scellèrent leur amour de l’Évangile, du don de leur vie. Grâce au pouvoir de l’Esprit Saint et au témoignage de leur foi, la bonne nouvelle de l’Évangile se diffusa silencieusement dans les villes et les campagnes. Croire au Christ n’était pour eux, ni un supplément, ni une réalité superflue de leur existence. C’était quelque chose de décisif. D’une personne à une autre, la semence de l’Évangile prit de l’expansion et les communautés chrétiennes se formèrent, constituées d’hommes et de femmes courageux, prêts à porter le témoignage du Christ et la raison de leur espérance devant les juges. Ils vivaient avec la conscience claire d’être la lumière du monde et le sel de la terre, et de ce que la bonne nouvelle de l’Évangile était le levain au milieu de la masse de la société païenne.

C’est que les premiers chrétiens prirent au sérieux le commandement du Seigneur, « Allez dans le monde entier et proclamez l’Évangile à toute la création » (Mc 16, 15), comme le fit aussi saint Paul qui, avec d’autres termes, reçut du Christ la même mission : « Relève-toi et tiens-toi debout. Car voici pourquoi je te suis apparu : pour t’établir serviteur et témoin de la vision dans laquelle tu viens de me voir et de celles où je me montrerai encore à toi. C’est pour cela que je te délivrerai du peuple et des nations païennes, vers lesquelles je t’envoie, moi, pour leur ouvrir les yeux, afin qu’elles reviennent des ténèbres à la lumière et de l’empire de Satan à Dieu, et qu’elles obtiennent par la foi en moi, la rémission de leurs péchés et une part d’héritage avec les sanctifiés » (Ac 26, 16-18). A partir de ce jour, Paul ne fit rien d’autre que d’annoncer le Christ. Il avouera lui-même que, pour lui, l’annonce de l’Évangile était un devoir impérieux, pas un motif de gloriole : « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile. Si je faisais cela de ma propre volonté, je mériterai une récompense ; mais si je le fais par mandat, j’accomplis une mission qui m’a été confiée » (1 Co 9, 16-17).

Paul vit comme « aliéné » par sa mission ; il ne vit pas pour lui-même, mais pour annoncer l’Évangile. Il est sûr de l’amour du Christ et veut le répandre jusqu’aux confins du monde connu. C’est pourquoi il est incapable de rester tranquillement en place, en attendant de voir comment se déroulent les évènements. Il voyage d’un lieu à un autre, fonde des communautés, exhorte à temps et à contre-temps. Il parle du Christ à l’aréopage d’Athènes, sur les places de Corinthe, dans les Synagogues, au Prétoire, sur le bateau, dans le temple de Jérusalem, dans la prison de Rome. Paul se sent, et est avant tout, « apôtre » de Jésus-Christ. C’est le titre de gloire qu’il s’arroge dans ses lettres : « Paul, apôtre du Christ, par la volonté de Dieu » (2 Co 1, 1) ; « Choisi pour prêcher l’Évangile » (Rm:1, 1) ; « Apôtre, non de la part des hommes, ni par médiation des hommes, mais par Jésus-Christ et Dieu le Père » (Ga 1, 1). Il se sent envoyé, missionnaire. Il va à la rencontre des personnes, parle du Christ, même s’il sait que quelques-uns, comme les athéniens raffinés, se moqueront de lui, que des souffrances l’attendent, ainsi que la prison, les coups. L’amour de saint Paul pour le Christ n’est ni platonique, ni idéaliste : il est viril et passionné. Il ne se limite pas à raconter avec nostalgie l’apparition du Seigneur sur le chemin de Damas. Les paroles du Christ, à cette occasion, ne le laissèrent pas vivre un style de vie confortable : « Lève-toi et mets-toi debout », et il se mit en chemin jusqu’à donner sa vie pour être fidèle à ce commandement.

Ce que nous disons de Paul, nous pouvons le dire des autres apôtres qui, après avoir surmonté la peur initiale, abandonnèrent la politique des « portes fermées » pour aller dans le monde et annoncer le Christ. Ils comptèrent sur l’alliance puissante d’une force qui leur vint d’en haut et à laquelle nous devons, nous aussi, recourir : l’Esprit Saint. Avant la Pentecôte, les apôtres avaient vu de leurs yeux le Seigneur ressuscité, ils avaient mangé et bu avec Lui. Mais le spectre de la croix plane encore sur leurs esprits et les paralyse. Ils croient en la résurrection et se réjouissent de pouvoir être, à nouveau, avec le Maître. Cependant, ils n’osent pas ouvrir les portes et sortir pour porter témoignage. Ils ont besoin d’une force supérieure. En quête de cette vigueur intérieure, ils se réunissent pour prier, avec Marie. Et, soudain, le grand don de l’Esprit Saint leur est fait. Alors, ces hommes, pusillanimes et timorés, brisent les barrières de la porte et font irruption sur les places en parlant du Christ. C’est que l’Esprit Saint est le véritable protagoniste de nos efforts apostoliques, c’est Lui qui aide à surmonter les craintes non fondées, les réticences, la peur du don total, le respect humain. Il donne sa grâce pour abandonner les vieux schémas apostoliques qui ne sont plus efficaces. Il ouvre de nouveaux chemins là où tout paraissait bloqué. C’est Lui qui communique à l’apôtre, l’ardeur pour prêcher l’Évangile, qui garantit le triomphe, qui ouvre les cœurs à la grâce du Christ. Avec la force de l’Esprit Saint, ces hommes partirent pour des régions lointaines, portant en leurs mains la croix, comme unique trésor, sur les lèvres, l’Évangile comme unique sagesse et dans le cœur, le Christ comme unique et suprême amour.

Chez saint Paul, chez les apôtres et chez les premiers chrétiens, nous voyons appliquée une méthode apostolique très précise : Ils vont chercher les gens. Dans l’obéissance au commandement du Christ, ils partent sur les chemins du monde annoncer l’Évangile. Ils s’inspirèrent de l’œuvre de Jésus qui, pendant trois années de vie publique, donna à ses disciples un exemple insurpassable de prédication et d’évangélisation. Après trente ans de vie à Nazareth, il laisse son foyer, sa parenté, sa mère, son travail, un style de vie retirée et cachée. Il abandonne le monde dans lequel Il avait passé ces longues années de préparation et Il commence à annoncer la venue du Royaume. Les évangélistes nous décrivent son intense activité missionnaire : « il parcourait les villes et les villages, enseignant dans les synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissait toute maladie et toute langueur » (Mt 9, 35). Lorsque les gens le cherchaient, Il disait à ses disciples : « Allons ailleurs, dans les bourgs voisins, afin que j’y prêche aussi, car c’est pour cela que je suis venu » (Mc 1, 38). Il sait que le Père l’a envoyé prêcher et Il ne néglige aucune occasion et aucune circonstance pour accomplir sa volonté.

Le Christ nous a laissé un excellent exemple de ce que doit être l’apostolat dans l’Église : aller à la rencontre des personnes qui ont besoin du salut. Lui-même, Fils de Dieu, « sort » du Père et vient chercher chaque homme. Il n’hésite pas à prendre la condition de serviteur, abandonnant sa condition divine, pour se rendre ainsi plus accessible et proche de chacun de nous. Étant Dieu, Il se fait homme. Il assume un corps humain, une âme humaine, une volonté et une intelligence humaines, un cœur d’homme. Il travaille avec des mains d’hommes et vit comme un homme au milieu des hommes : « Il vint chez les siens » nous dit saint Jean (Jn 1, 11) alors qu’Il savait que beaucoup n’allaient pas Le recevoir.

Ce procédé de « sortir » à la recherche des hommes, Jésus le continue durant sa vie publique. Sa voix résonne sur les places, dans les rues, dans les synagogues, dans la montagne, sur les chemins des hommes. Il vient sauver et chercher ce qui était perdu. Il sort en quête de la brebis égarée. Et sa recherche culmine en se donnant totalement Lui-même dans l’Eucharistie et sur le calvaire. Jésus-Christ est « l’Emmanuel », Dieu avec nous, le Dieu qui va à la rencontre de l’homme, assumant son humanité, le Dieu Tout Puissant qui charge sur Lui, le péché du monde.

Jésus ne voulut pas exposer ses enseignements dans une académie pour former des lettrés et des savants. Il n’a pas voulu être choisi comme Maître. Il préféra Lui-même choisir ses plus proches disciples. Et plus même, nous pouvons dire que, dans la majorité des cas, Il les a cherchés et trouvés là où chacun menait sa vie ordinaire. Il appelle Pierre, André, Jacques et Jean tandis qu’ils s’affairaient à leur tâche de pêcheurs et Matthieu entend l’invitation du Maître alors qu’il effectue ses opérations de recouvrement fiscal. Il alla chercher ses disciples comme Il alla en quête de l’homme et il inculqua ce même type d’apostolat aux siens : « Allez dans le monde entier et annoncez l’Évangile ». Il leur demanda, comme Lui l’avait fait, d’aller chercher les hommes là où ils vivent, là où ils travaillent, où ils luttent et où ils meurent. Il leur demanda de partager la vie des hommes pour les conduire à Dieu. Il leur demanda d’éprouver comme les leurs, les joies et les espérances, les tristesses et les angoisses des autres ; de se faire tout à tous pour les mener au salut.

Si cette forme de travail apostolique - provoquer la rencontre avec l’homme sans attendre qu’il vienne - a toujours eu de la valeur dans l’Église, elle l’a de façon spéciale, dans les circonstances actuelles, parce que, de nos jours, un puissant courant de néo-paganisme envahit les sociétés chrétiennes. On ne persécute plus ouvertement la foi, mais le virus du matérialisme et du sécularisme assume des formes nouvelles qui minent les principes chrétiens et en conduisent beaucoup à adopter des façons de vivre totalement opposées à l’Évangile.

Aujourd’hui, beaucoup de baptisés vivent comme s’ils ne l’étaient pas. Leur façon de penser est païenne, leur conduite et leurs décisions se passent de Dieu. Ils sont immergés dans une société qui n’offre que des biens de consommation et des occasions de plaisir où l’on nie la transcendance et dans laquelle on rend un culte aux idoles de l’argent, du plaisir, de la domination. Je ne veux pas m’arrêter à décrire à fond tous les éléments négatifs de la société dans laquelle nous vivons. La force de tout un ensemble de courants qui opposent une digue à la pénétration de l’Évangile est patente. Mais c’est dans ce monde sécularisé que l’on a un urgent besoin d’entendre la voix du héraut du Christ et où le Regnum Christi doit accomplir sa mission au service de l’Église.

Pour briser la croûte du matérialisme régnant et faire pénétrer l’Évangile, il ne suffit pas d’un christianisme pieux ou populaire qui n’arrive pas à changer la conduite individuelle ou les structures sociales. Nous devons revoir l’efficacité de nos méthodes apostoliques et avoir le courage d’abandonner celles qui ne sont pas appropriées. Le vaste programme de la nouvelle évangélisation, lancé par le Saint Père, impose l’obéissance fidèle au commandement du Christ : « Allez par le monde entier et annoncez l’Évangile ».

Aller, signifie que, comme le Christ, comme saint Paul et les premiers chrétiens, nous devons sortir à la rencontre des hommes. Nous ne pouvons plus nous contenter d’attendre qu’ils viennent dans les églises. Nous devons aller à leur recherche. Le cœur plein de charité, l’apôtre doit s’approcher de la vie des personnes, allant les voir dans leur foyer, à leur poste de travail, là où ils se trouvent, pour leur parler du Christ, cela oblige au renouvellement de la pastorale, à trouver de nouvelles façons de diffuser la foi au Christ, à l’utilisation des méthodes les plus efficaces, à vivre dans une attitude de renouvellement continuel.

Il faut chercher l’homme qui a perdu le chemin pour le ramener dans le grand bercail de l’Église. Sortir pour évangéliser le vaste domaine du monde du travail et de la profession, pour que la justice et la charité évangéliques y soient pratiquées. Sortir à la rencontre des ouvriers, des chefs d’entreprises, des éducateurs et des professeurs, des paysans et des hommes politiques, etc. Imprimer un sceau évangélique dans le tout puissant domaine des moyens de communication sociale pour que la foi parvienne à un grand nombre de personnes éloignées de l’Église. Sortir aussi pour évangéliser le monde de la culture, pour imprégner les réalités humaines de valeurs évangéliques.

Dans l’âme de beaucoup de catholiques généreux, Dieu éveille le souci de s’engager dans la nouvelle évangélisation : jeunes qui conduisent à la réussite d’intense campagnes d’évangélisation et de prévention contre les sectes ; des chefs d’entreprise qui se lancent à évangéliser le monde complexe des affaires et du travail ; des journalistes et des écrivains qui mettent leur talents à la disposition de la diffusion de la foi ; des médecins qui défendent la valeur de la vie et de la personne humaine dès les premiers instants de la conception. Des hommes et des femmes qui abandonnent tout pour le Christ et se dirigent vers les grandes cités ou les bourgades les plus reculées pour prêcher l’Évangile à toute catégories de personnes : pauvres et riches, malades ou bien portants, ignorants ou savants. Des milliers et des milliers de personnes qui témoignent du Christ par l’exemple d’une vie sainte, du silence du cloître aux tâches du foyer. Tout cela représentent des signes d’espérance encourageants pour l’Église. Dans la foi, l’amour et l’espérance de ces personnes, il n’est pas difficile de contempler l’action de Dieu qui s’obstine à ne pas abandonner le monde à lui-même, lui offrant continuellement des moyens de salut.

Remercions Dieu pour ces exemples de générosité que nous contemplons quotidiennement dans l’Église et prions pour que tous les baptisés comprennent la nécessité de vivre un christianisme militant sur la clef de voûte du Royaume. Je suis sûr que l’Esprit Saint continuera à infuser l’amour et la générosité chez les chrétiens pour susciter des âmes généreuses qui se prêteront à réaliser le programme de la nouvelle évangélisation.

Avec cela, je ne veux pas dire que celui qui ne peut pas physiquement sortir de chez lui pour des motifs de maladie, d’âge, ou autres circonstances, ne peut être apôtre du Christ ou ne peut annoncer l’Évangile. Il ne fait aucun doute que l’activité de la vie publique du Christ rendit une immense gloire à Dieu, mais le moment où le Christ glorifia le Père de façon inégalable fut celui du mystère de sa passion et de sa mort. Sur la croix, le Christ se présente au monde comme le grand évangélisateur. C’est du Calvaire qu’irradie la lumière de l’Évangile de l’amour inouï du Père qui offre son Fils unique en rachat pour les péchés des hommes. « Quand je serai élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12, 32).

C’est pourquoi, ceux qui n’ont pas la possibilité d’exercer un apostolat concret peuvent, cependant, « attirer les âmes vers eux » par leur prière, par l’offrande simple de leurs travaux ordinaires à Dieu, de leurs souffrances. Dire le contraire, serait nier la valeur apostolique de la vie contemplative dans l’Église et du pouvoir évangélisateur des plus petites actions offertes à Dieu par amour, comme celles qui conduisirent à la sainteté Thérèse de Lisieux, Patronne des Missions, ainsi que saint François Xavier. Tous les membres du Regnum Christi peuvent être des apôtres en offrant à Dieu leur travail, leur vie conjugale et familiale, leur prière et leurs sacrifices de chaque jour, pour l’avènement du Royaume.

Mais ordinairement, on pourra mener une action apostolique en faveur du Règne du Christ. « Sortir » pour annoncer signifiera alors dédier plus de temps à l’apostolat ; commencer à exercer un travail de ferment dans l’ambiance de sa propre profession, ou un cercle d’amis ou d’associés ; commencer à vivre un christianisme militant, dynamique, avec du mordant, plein de zèle sans le réduire aux cendres d’une foi routinière et de quelques pratiques religieuses sans vie. De n’importe quel poste de travail, de n’importe quel lieu, le fils de l’Église, le membre du Regnum Christi qui expérimente l’amitié du Christ, vivra avec l’ardent désir de le faire connaître.

Je sais que de nombreux membres du Regnum Christi ont compris leur mission apostolique dans l’Église et qu’au niveau des équipes et des sections, différentes initiatives apostoliques, pour diffuser la foi, se sont mises en route. On peut faire beaucoup dans ce domaine : catéchèse en paroisses ou en collèges, missions d’évangélisation, diffusion de la doctrine catholique par des livres, revues ou fascicules ; des programmes de radio ou de télévision, formation de catéchistes, etc. Les jeunes aussi bien que les adultes, peuvent collaborer à ces activités, car tous sont engagés avec le Christ, à la diffusion de l’Évangile. Une activité intéressante pourrait être l’organisation de missions permanentes dans les villes elles-mêmes. Pour cela, une section, ou différentes équipes de cette même section, s’engagent à ré-évangéliser tout un grand quartier ou une communauté en s’organisant de telle sorte que tous les habitants reçoivent une visite personnelle durant laquelle on les encourage à vivre leur foi, ou si c’est le cas, on les instruit dans cette même foi. Enfin, les activités peuvent être très nombreuses. Il faut mettre les imaginations au service de la cause du Règne et être décidés à faire quelque chose de concret et d’efficace pour diffuser l’Évangile.

Cherchant un modèle vivant d’apôtre pour notre temps, dans lequel vous pouvez retrouver personnifié ce que je suis en train d’essayer de vous expliquer, je ne trouve pas de meilleur exemple que celui de notre Saint Père Jean Paul II. Il y a peu, un journaliste écrivait à son sujet que, « dans toute l’histoire de l’Église, aucun homme, aucun saint, aucun Pape, n’a ainsi prêché l’Évangile à toutes les nations, selon les dernières paroles du Seigneur en saint Matthieu. Tous les continents l’ont vu comme messager d’espérance grâce à ses voyages apostoliques durant lesquels il n’a voulu s’épargner ni fatigues, ni contraintes, pour accomplir sa mission apostolique. Il ne fait pas de doute que le Pontife actuel est un don spécial du Christ à son Église. Il est allé prêcher aux cinq continents. Il n’a pas eu peur d’exposer avec clarté les exigences de l’Évangile et de le proclamer sur toutes les places. Il est le premier promoteur de la nouvelle évangélisation à laquelle il a convoqué toute l’Église parce que, pour lui comme pour saint Paul, c’est un devoir d’annoncer l’Évangile. Il est le premier missionnaire dans l’Église, le modèle du Pasteur qui donne sa vie pour réunir tous les hommes dans le seul bercail du Christ.

Jean Paul II nous montre le type d’apostolat dont l’Église a besoin actuellement : un apostolat d’avant-garde qui ait le courage d’exposer avec fermeté le message du Christ, en allant à la rencontre de l’homme qui a besoin de Dieu. Précisément dans sa dernière visite pastorale en Espagne, il invitait les catholiques à vivre leur christianisme avec intrépidité. Il leur disait pendant la célébration eucharistique de la consécration de la cathédrale d’Almudéna : « Il est inacceptable, comme contraire à l’Évangile, de prétendre réduire la religion à la sphère de ce qui est strictement privé, en oubliant paradoxalement la dimension essentiellement publique et sociale de la personne humaine. Sortez donc dans la rue, vivez votre foi joyeusement, apportez aux hommes le salut du Christ qui doit pénétrer à l’école, dans la culture, dans la vie politique ! » Et aux jeunes, réunis à Denver, pour célébrer la Journée Mondiale de la Jeunesse, il répétait la nécessité de sortir annoncer l’Évangile, d’assumer l’attitude même du Christ en quête de l’homme qui a besoin de salut.

« L’Église a besoin de vos énergies, de votre enthousiasme et de votre idéal de jeunes, pour que l’Évangile de la vie pénètre dans la charpente de la société, qu’elle en transforme le cœur des gens et les structures pour créer une civilisation de justice et d’amour véritables. Aujourd’hui, dans un monde qui manque souvent de lumière et de la vaillance de nobles idéaux, les gens ont, plus que jamais besoin, de la spiritualité robuste et vitale de l’Évangile.

« N’ayez pas peur de sortir dans les rues et sur les places publiques comme les premiers apôtres qui annoncèrent le Christ et la Bonne Nouvelle du salut sur les places des villes, des villages, des bourgades. Ce n’est pas le moment d’avoir honte de l’Évangile (Cf. Rm 1, 16). C’est le moment de le proclamer sur les terrasses. N’ayez pas peur de rompre avec des styles de vie confortables et routiniers pour accepter le défi de faire connaître le Christ dans la métropole moderne. Vous devez aller aux "croisées des chemins" (Cf. Mt 22, 9) et inviter tous ceux que vous rencontrerez, au banquet que Dieu a préparé pour son peuple. Il ne faut pas cacher l’Évangile par peur ou indifférence, il n’a pas été pensé pour le tenir caché. Il faut le placer sur le chandelier pour que les gens puissent voir sa lumière et louent votre Père céleste » (Cf. Mt 5, 15-16).

Comme vous voyez, le Regnum Christi, en vous demandant d’annoncer l’Évangile, suivant les possibilités concrètes de chacun d’entre vous, se trouve en totale harmonie avec ce que le Saint Père demande à tous les chrétiens : porter l’Évangile aux hommes de notre temps, sans peur et avec conviction. Non seulement l’Évangile ne s’annonce pas qu’une fois dans l’histoire, mais il doit être proclamé avec ardeur à chaque époque. C’est à nous qu’il revient de le faire résonner à la nôtre, dans les réunions publiques de notre société et à l’intérieur des consciences. C’est en cela que consiste précisément la nouvelle évangélisation. Jusqu’à maintenant, nous avons parlé de l’impérieuse nécessité de sortirproclamerl’Évangile et de renouveler les méthodes pastorales poursuivrede plus près l’exemple du Christ et des premiers apôtres. Naturellement, la rénovation des méthodes doit être précédée et accompagnée d’une profonde rénovation intérieure du zèle apostolique, de l’ardeur missionnaire, du souci d’annoncer l’Évangile. Elle demande une conversion profonde du cœur, de le remplir des sentiments du Christ envers l’humanité, de resserrer les liens d’amitié avec Lui à travers une vie de prière intense et de la fréquente réception des sacrements.

Il ne suffit pas de sortir dans les rues et d’employer de nouvelles formes d’apostolat s’il n’y a pas, intérieurement, les battements d’un cœur d’apôtre. Il est donc nécessaire, avant tout, de former un cœur apostolique. Et il faut rappeler qu’on est apôtre de l’intérieur. Ce ne sont pas des circonstances extérieures qui vous constituent comme tel. On n’est pas apôtre parce qu’on exerce une activité apostolique dans la section, ni parce que l’on désire vaguement faire quelque chose pour les autres, ni par le fait d’assister à diverses missions d’évangélisation. On est apôtre, comme le fut saint Paul, par vocation, parce que le Christ nous a appelés à étendre son Règne, parce que la vocation chrétienne est essentiellement une vocation à l’apostolat, parce que celui qui est « re-né » comme homme nouveau dans le Christ par le baptême, s’engage à porter son témoignage auprès des autres. L’homme est apôtre dans la mesure où il est uni au Christ par la grâce et où il s’identifie à sa mission rédemptrice.

L’urgence de l’apostolat vient de l’intérieur, de l’amour que chacun de vous professe envers le Christ, dans son cœur. S’il n’y a pas un amour véritable pour le Christ et le prochain, il n’y a pas d’apôtre authentique. Être apôtre est donc un composant essentiel de l’être chrétien. C’est pourquoi, annoncer l’Évangile n’est pas une tâche à côté de beaucoup d’autres. C’est la mission autour de laquelle le chrétien doit polariser sa vie. On n’est pas apôtre à certaines heures et à certains jours. On est apôtre ou on ne l’est pas. Ou bien on a un message ou bien on n’en a pas. Quand on commence à limiter l’apostolat aux "temps libres", on finit par ne pas faire d’apostolat. Toute la vie du chrétien est apostolique parce que chaque moment de la vie est une occasion que Dieu lui offre pour accélérer la venue de son Règne.

Pour former un cœur d’apôtre, je vous conseille de passer de longs moments auprès du Christ Eucharistie. Il vous communiquera la force nécessaire pour accomplir votre vocation à l’apostolat. Il vous donnera une âme d’apôtre et un zèle irrépressible pour le salut des âmes. Demandez à l’Esprit Saint de remplir vos cœurs d’un grand amour, capables de grandes entreprises pour le Règne du Christ.

Seul, l’amour du Christ donne la force pour « sortir de soi-même ». Sortir de soi est la condition indispensable pour « sortir évangéliser ». Seul l’amour du Christ est capable de nous pousser à laisser de côté les intérêts mesquins, personnels et tout ce qui est de l’égoïsme. Seul l’amour du Christ et le pouvoir de sa grâce peuvent arracher de l’âme l’infection du péché et le désordre des passions. Lorsque les apôtres furent remplis de cet amour par l’œuvre de l’Esprit Saint, c’est alors qu’ils eurent le courage d’abandonner leur prison volontaire. Lorsqu’un homme se remplit de l’amour du Christ, les vertus évangéliques et apostoliques commencent à fleurir en lui ; il s’identifie avec Celui qu’il aime, dans la douceur et l’humilité, dans la pauvreté et le don aux autres, dans la pureté de cœur et dans la pratique de la justice et de la charité ; et il abandonne des comportements d’orgueil et de vanité, l’appétit de la richesse et de la facilité, le repliement sur soi-même dans son monde personnel et mesquin. Le meilleur apôtre est celui qui arrive à être une imitation du Christ. Alors la vie elle-même est une prédication et l’évangélisation est le témoignage d’une vie pleinement évangélique.

Pour compléter les réflexions antérieures, je voudrais énumérer quelques caractéristiques qui spécifient l’apôtre du Regnum Christi, en espérant que cela vous aidera à acquérir un cœur apostolique.

Mu par l’amour du Christ, l’apôtre est un lutteur, c’est un militant. Transformer l’homme, arracher en lui ses passions désordonnées, faire de lui un homme nouveau dans le Christ, n’est pas une tâche facile, et il n’y a pas de formules magiques pour y arriver. L’apôtre conçoit sa mission comme une lutte constante contre les forces du mal qui existent aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de lui. Saint Paul parle du « combat de la foi » (1Tm 6, 12), de la « lutte pour la foi de l’Évangile » (Ph 1, 30), que doit maintenir le disciple du Christ. C’est le Seigneur qui donne la force pour lutter dans le combat : « Je puis tout en celui qui me rend fort » (Ph 4, 13). C’est Lui aussi qui donne la victoire et la récompense. « Si nous mourons avec Lui, nous vivrons avec lui ; si nous souffrons avec lui, avec Lui nous règnerons » (1Tm 2, 11) ; « Le Royaume des cieux souffre violence et ceux qui luttent pour y entrer obtiendront la victoire » (Mt 11, 12).

L’apôtre est magnanime. Il sait qu’il a été appelé par le Christ pour de grandes choses et qu’il n’a pas le temps de s’arrêter à des lamentations ou des petitesses et qu’il ne peut se distraire dans ce qui n’est pas l’essentiel. L’apôtre doit avoir avant tout, un grand cœur qui contienne tout le monde. Dans ce cœur doivent aussi avoir place, les besoins, les misères, les douleurs, les joies des hommes. Il sent l’Église, le monde et la vie comme terre féconde de son propre travail. Son esprit doit toujours être à la hauteur de la mission confiée. Ses aspirations doivent être grandes ainsi que ses désirs de lutte et sa capacité à aimer et à se donner. La magnanimité s’oppose à l’égoïsme qui centre la vie autour de soi, convertissant les autres en simples objets de plaisir, de curiosité ou de domination ; et elle conduit à la solidarité avec tous les hommes, puisque rien de ce qui est humain n’est étranger à l’apôtre.

L’apôtre est tenace, fort et persévérant. L’apôtre doit être tenace pour ne pas renoncer à l’effort ; il doit être fort pour combattre sans faiblir jusqu’à la fin, jusqu’au « tout est consommé » ; il doit être persévérant pour ne pas se laisser vaincre par le caprice ou la velléité. La lutte, en certaines occasions, sera difficile à cause de la lenteur, de la durée et de la fatigue que requiert la poursuite de ces buts. Seule une volonté ferme et bien disciplinée, fondée sur la maîtrise des sentiments et des émotions, pourra persévérer jusqu’à atteindre l’objectif.

La lutte sera continue. La victoire définitive ne s’obtient ni en un jour, ni en une semaine, ni en un an. Il faut combattre toute la vie. C’est pourquoi nous avons besoin d’apôtres convaincus de la nécessité de l’application au travail et de la patience, comme composants intrinsèques de leur mission ; nous avons besoin d’hommes habitués à la ténacité courageuse. Sans cet esprit, on tombe facilement dans la paresse, la lâcheté, la commodité, la fausse prudence, la lamentation, l’amertume stérile. Une lutte si ingrate et prolongée n’attire pas notre nature. Mais la vérité de la vie c’est : « une lutte constante » (Jb 7, 11).

L’apôtre est réaliste : L’Évangile nous parle d’un homme qui, avant de construire une tour, calcule les dépenses qu’il devra faire pour l’édifier. L’apôtre ne peut négliger de voir clairement la situation réelle du terrain qu’il doit évangéliser, ni celle de sa propre vie, ni les circonstances concrètes dans lesquelles il doit travailler. Il doit être conscient de ses propres responsabilités et limites, de même que des facteurs extérieurs et intérieurs qui influent sur une situation déterminée. Travailler avec réalisme, c’est travailler avec intelligence, s’appuyant sur la connaissance des difficultés que génère la poursuite des objectifs et sur la connaissance des éléments positifs sur lesquels il compte pour les atteindre. Ainsi, l’on évite des découragements inutiles et l’on mène à terme les œuvres d’apostolats entreprises. L’enthousiasme fugace et la simple volonté de faire quelque chose ne suffisent pas. Cela requiert un travail minutieux, constant, parfois monotone. L’apôtre réaliste sait que les grands édifices sont faits de petites pierres. Le réalisme n’empêche pas l’enthousiasme, la générosité, le courage et l’audace. Il faut savoir allier le réalisme avec une grande confiance en Dieu et une vision surnaturelle car, en définitive, c’est l’action intérieure de l’Esprit Saint qui transforme les cœurs. Ceci c’est la sagesse propre de l’apôtre du Christ.

L’apôtre est efficace dans son travail, non parce qu’il réussit toujours à tout prix ce qu’il se propose, ni parce qu’il a une confiance aveugle en son action humaine. L’efficacité de l’apôtre vient de ce qu’il s’engage à faire tout ce qui lui est possible, humainement parlant, pour accomplir la mission que le Christ lui a confiée. L’apôtre sait mettre au service du Règne, les moyens les plus efficaces pour que le Royaume s’étende. Rien ne l’arrête, ni les travaux, ni les sacrifices. Pour lui, les obstacles infranchissables n’existent pas. Il sait qu’il doit mettre ses meilleurs talents au service du règne et que la cause de l’Évangile ne lui permet ni travaux, ni rendements au rabais.

L’apôtre est organisé. Il travaille toujours de manière systématique, s’astreignant à un programme qu’il s’est lui-même tracé. Sans ordre, il ne peut pas y avoir d’efficacité. L’organisation permet à l’apôtre un rendement maximum dans son travail car travailler est l’art de l’efficacité. Ainsi peut-il racheter le temps puisqu’un homme polarisé par le Règne ne peut consentir à ce que sa vie se consume de manière infructueuse à cause du désordre ou de l’improvisation. Tout cela requiert de la réflexion avant d’agir, avant de tracer des objectifs, d’analyser les difficultés, de planifier des stratégies, de proposer des solutions, de les mettre en œuvre et d’évaluer les résultats.

L’apôtre est attentif aux occasions. A chaque instant se présentent des possibilités de construire le Royaume. L’apôtre vit avec cette conscience et pour cette raison, il ne perd pas la moindre occasion que lui prépare la providence pour faire le bien et diffuser le message du Christ. Il a la mentalité du vendeur qui profite de toute occasion pour offrir ses produits. L’apôtre sait qu’une occasion peut se présenter à n’importe quel moment, qu’à n’importe quel moment, il peut « dérober » le ciel pour les hommes, comme le bon larron le fit pour lui-même au calvaire.

Finalement, l’apôtre est surnaturel dans ses aspirations. N’importe qui ayant eu la plus petite expérience d’apostolat se sera rendu compte qu’il est en face d’une réalité mystérieuse et transcendante. La vision humaine de la réalité ne suffit plus à l’apôtre. Il doit savoir percevoir la présence mystérieuse de Dieu qui l’invite continuellement à se lancer au-delà de ce qui paraîtrait humainement concevable. La vision de la foi lui permet d’allier l’audace avec la prudence. Il entreprend des oeuvres d’envergure en se basant sur la conviction que Dieu lui donnera les grâces pour les réaliser. Les aspirations et les critères de l’apôtre ne sont pas de ce monde. Ce sont ceux de l’Évangile. Celui qui vit ainsi est assuré du triomphe et sa conviction se transmet aux autres. L’apostolat est une entreprise divine dans laquelle l’homme est un simple, mais nécessaire, collaborateur. Celui qui a confiance en Dieu trouve des chemins que ni la sagacité, ni l’intelligence humaines ne peuvent découvrir. Le protagoniste de la mission, c’est Dieu. L’apôtre est un instrument libre qui met sa liberté au service de l’Évangile. Voilà quelques caractéristiques du chrétien qui veut véritablement aider le Christ dans la tâche immense de porter l’Évangile au monde entier. Mais la description complète de ce que doit être un apôtre, nous ne la trouverons que dans le Christ Lui-même. Lui c’est l’Apôtre par excellence, envoyé par le Père au monde (Jn 17, 3), totalement pénétré de sa mission salvatrice, absolument identifié avec la volonté du Père, pénétré jusqu’au plus intime de son cœur d’un zèle irrépressible pour le salut des hommes.

L’idéal apostolique que le Christ nous propose est élevé et difficile pour la nature humaine. Si nous voulons le mener à terme avec succès, nous devons être prévenus contre les obstacles puissants qui s’opposent à notre désir de porter l’Évangile à nos frères.

Une première force contraire à la prédication de l’Évangile vient du monde lui-même que nous voulons conduire à Dieu. Il y a dans le monde un mystère de péché et de malice qui prétend annuler la mission salvatrice du Christ. Il a Lui-même prévenu les siens contre les persécutions et les difficultés que le monde leur opposerait.

Le monde coupe en petits morceaux les exigences de l’Évangile, les adapte à sa mentalité, les dilue sous prétexte de « rendre acceptable » un Évangile édulcoré qui prétend contenter tout le monde. Un Évangile, en définitive, au goût du consommateur. Le monde veut nous persuader que c’est du fanatisme de sortir annoncer l’Évangile et que chacun doit vivre sa vie sans se mêler de celle d’autrui. Le monde ne comprend pas les vertus évangéliques de la pauvreté, de l’humilité, de la charité, de la pureté, du sacrifice et oppose les plaisirs, la facilité, l’argent, la liberté effrénée, et propose de donner libre cours aux passions les plus basses. Mais nous savons déjà que le véritable Évangile du Christ « fait mal » parce qu’il met le doigt sur la plaie de notre égoïsme et que suivre le Christ comporte la croix, l’abnégation et le renoncement, et l’acceptation d’entrer par la porte étroite qui conduit à la vie.

En même temps que le monde, un autre obstacle qui ne vient pas de l’extérieur, mais de nous-mêmes, est la peur de se lancer. Pierre et les apôtres sentirent aussi la force paralysante de cette peur. Cette crainte pourra être causée par la timidité naturelle ou par la difficulté de rompre certains schémas de vie chrétienne déjà solides ; ou simplement par manque d’une foi plus vive en Jésus-Christ.

En plus de la peur, la paresse sous ses formes d’amour de la facilité et du manque de dynamisme est un autre frein qui arrête chez beaucoup l’élan missionnaire. Ils voudraient annoncer le Christ, mais sont incapables de surmonter l’effort que leur impose le fait « d’aller » annoncer. Si l’on veut sortir à la rencontre de l’homme, il faut se mettre en chemin, supporter le soleil, le vent ou le froid de la journée. Il est plus facile de se laisser aller à la routine que de chercher de nouvelles façon de donner le Christ à l’homme d’aujourd’hui. Rester à la maison est plus commode que « sortir dans la rue » et s’exposer à l’échec et à la moquerie des autres. Il est plus « simple » de négliger d’entreprendre une œuvre que de réaliser de nouvelles initiatives apostoliques. C’est peut être une bonne attitude sociale de commenter, au cours d’une soirée, combien le monde va mal, mais ce ne sont que ceux qui se décident à faire effectivement quelque chose en engageant leur vie, qui arrivent à le changer.

D’autre part, les digues de résistance que le monde oppose à l’Évangile, et la conscience de sa faiblesse personnelle, peuvent engendrer le découragement. La réalité quotidienne de l’apôtre est moins brillante que ce que l’on pourrait imaginer. On attendait des multitudes et seuls, quelques-uns apparaissent. On s’imaginait un succès fulgurant et ne sont obtenues que de petites réussites. Celui qui n’est pas enraciné dans la foi et dans la pureté d’intention peut croire que son action est vaine, inutile et que les difficultés sont insurmontables.

Face à ces obstacles ou à d’autres qui pourraient venir, nous devons pratiquer en premier lieu, une confiance totale dans la victoire du Christ et de l’Évangile. Il faut apprendre à lire l’histoire du monde et notre histoire personnelle avec les yeux de la foi. Il est vrai que, comme nous le lisons dans le Livre de l’Apocalypse, la lutte avec les pouvoirs du mal atteindra des dimensions cosmiques. La force du péché et du mal est puissante. Mais le Christ a écrasé le pouvoir du démon sur la croix. Si sa lutte et sa croix furent les premières d’une très grande série de luttes et de croix, sa victoire est la première d’une interminable série de triomphes : « Ayez confiance, j’ai vaincu le monde ! » (Jn 16, 33).

Nous devons être des hommes d’une foi totale dans le pouvoir du Christ. Ne vous laissez pas décourager par la quantité d’obstacles qui s’opposent à l’évangélisation : « Voilà la victoire qui vaincra le monde : notre foi » (1 Jn 5, 4). Sachez découvrir la présence du Christ dans vos vies et dans la vie des hommes, cela vous donnera une grande espérance. Votre mission est d’aller au monde, au nom du Christ, non en votre propre nom. S’Il vous a envoyé, Il vous donnera toutes les grâces nécessaires pour accomplir votre mission.

Le Christ envoie ses apôtres dans le monde, comme des brebis au milieu des loups et leur recommande la simplicité de la colombe et la prudence du serpent (Mt 10, 16). Les accusations que vous susciterez et les pièges qu’on vous tendra seront nombreux. Mais ne vous laissez ni tromper, ni intimider. Si on vous traite de fous ou de fanatiques parce que vous annoncez le Christ, souvenez-vous qu’on l’a traité ainsi le premier, parce qu’Il prêchait l’Évangile de l’amour (Cf. Mt 12, 24). Si on ne vous comprend pas parce que vous essayez de vivre les vertus évangéliques, réjouissez-vous car vos noms sont inscrits dans le Royaume des cieux (Cf. Mt 5, 12 ;Lc 10, 20) ; ayez toujours confiance en la présence de l’Esprit Saint qui n’a pas cessé d’accompagner les disciples du Christ depuis le jour de la Pentecôte.

Sachez vous défendre du monde. Veillez et priez. Apprenez à rejeter ses provocations et ses sophismes avec énergie et à confronter ses critères avec ceux de l’Évangile et ceux du Magistère de l’Église. Guidés par votre directeur spirituel, formez-vous une conscience inébranlable.

Le monde peut haïr les disciples du Christ, mais dans le fond il désire le salut. Il peut le repousser de l’extérieur, mais son esprit réclame, à grands cris, la grâce de Dieu. Les hommes veulent entendre l’Évangile de l’amour. Ils en ont besoin. Cela doit être une grande stimulation dans votre travail apostolique. Cela doit nous donner une grande sécurité de savoir qu’au fond de l’âme de tout homme il y a un désir de Dieu irrépressible et que son esprit cherche en Lui, à assouvir sa soif de vérité et d’amour.

Par ailleurs, avec la vertu de l’élan apostolique, on domine la peur et la paresse. Celui qui croit fermement au Christ et qui est sûr que ce n’est qu’en Lui qu’on trouve le Chemin, la vérité et la Vie, se lancera sans peur de rien ni de personne, pour Le faire connaître. En lisant les Actes des Apôtres, les Épîtres de saint Paul et les actes des premiers martyrs chrétiens, nous sommes impressionnés par l’élan de ces hommes qui, pauvres, ignorants, sans moyens matériels, n’hésitaient pas à se lancer dans des entreprises bien supérieures à leurs forces, affrontant les persécutions, la haine et la mort elle-même, avec une étonnante fermeté d’esprit. Les grands apôtres se sont toujours distingués par leur désir efficace d’entreprendre de grandes œuvres pour le Christ, sans s’arrêter aux obstacles innombrables qui se présentaient sur leur chemin. Aujourd’hui, l’Église a besoin de chrétiens de cette trempe qui, pour donner le Christ, n’hésitent pas à ouvrir de nouveaux chemins, même s’ils sont taxés de visionnaires et doivent supporter de grandes épreuves par amour pour Lui.

C’est le Christ qui continue à envoyer des apôtres au monde comme Il envoya les douze premiers : « Comme Tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde » (Jn 17, 18). C’est Lui qui vous invite, en tant que chrétiens et membre du Regnum Christi, à sortir à la rencontre des besoins de l’Église et du monde. C’est Lui qui vous répète les paroles qu’Il adressa au fils de la veuve de Naïm : « A toi, je te le dis, lève-toi » (Lc 7, 14). Mais ce jeune ne fut pas le seul à qui Jésus demanda de se lever. Au paralytique qu’Il guérit à Capharnaüm, Il ordonna aussi de « se lever de son grabat et de commencer à marcher » (Cf. Mt 9, 6). De la même manière, Lazare sortit de l’ombre du sépulcre obéissant à la voix du Christ : « Lazare sort dehors ! » (Jn 11, 43), car Jésus savait que sa maladie n’était pas mortelle, mais une occasion pour manifester la gloire de Dieu (Cf. Jn 11, 4). Et, dans la parabole de l’enfant prodigue, Jésus raconte comment le jeune homme qui abandonna la maison paternelle, dut aussi se lever et sortir de lui-même pour aller à la rencontre de son Père qui l’attendait avec amour : « Je me lèverai et j’irai vers mon Père » (Lc 15, 18).

Pour « sortir » annoncer le Christ, il faut se lever, laisser de côté la mort du péché, de la médiocrité, de l’indifférence. Chacun connaît la maladie qui l’empêche de se lever. Le Christ peut guérir et cicatriser complètement toutes les blessures. Il suffit d’ouvrir le cœur à ses paroles et de Lui obéir en se levant de ses propres misères et en surmontant les attitudes de paresse ou de couardise. Pour annoncer l’Évangile, il faut « se mettre debout » ; comme Jésus le demande à saint Paul, sur le chemin de Damas (Ac 26, 16), tendre les oreilles de son esprit et le préparer au combat qui l’attend. Devant nos yeux s’étend le grand champ du monde, prêt pour la moisson. D’autres l’ont semé et arrosé de leur sang. C’est à nous qu’il revient de récolter les fruits de la semence que Dieu Lui-même a répandue dans les âmes. Le monde nous attend parce qu’il attend le Christ. Il attend de nos lèvres la Bonne Nouvelle. Nous ne pouvons pas nous fermer à la voix du Christ qui nous envoie vers le monde. Nous ne pouvons pas rester oisifs sans rien faire (Cf. Mt 20, 6), regardant le ciel, comme les apôtres le jour de l’Ascension, alors que le Royaume nous demande une action urgente. Il n’y a pas de temps à perdre. Il faut se mettre en marche. Aujourd’hui. Ici. Maintenant. Selon les paroles récentes du Saint Père : « Aujourd’hui, ce n’est pas le moment de cacher l’Évangile, mais de le crier sur les toits. » (Cf. Mt 10, 27 ; Homélie de Foligno 20 Juin 1993).

Nous portons dans nos mains le trésor de la foi (2Co 4, 7) qui vaut mieux que la vie elle-même ; la foi qui est lumière et feu. Vous êtes cette lumière qui doit briller dans le monde. Vous êtes le feu qui doit l’enflammer. Vous êtes le sel qui est destiné à préserver le monde de la corruption du mal. Vous êtes les mains par lesquelles le Christ veut guérir et sauver. Vous êtes la bouche par laquelle le Christ proclamera l’Évangile au monde.

La torche de la foi que vous avez reçue comme un trésor inestimable vous est arrivée à travers une chaîne qui remonte aux apôtres et au Christ Lui-même. Avec cette torche, vous pouvez illuminer une, cent ou des milliers de personnes. C’est une chaîne de salut dont vous êtes les maillons. Si la chaîne se rompt, beaucoup resteront dans l’obscurité éternelle.

Unis à Marie, demeurons en prière pour que vienne sur le monde une nouvelle Pentecôte qui aidera les chrétiens à sortir sans peur pour proclamer la victoire du Christ. Demandons-lui, à Elle, qu’une nouvelle vague de zèle apostolique inonde tous les catholiques et qu’elle les prépare à être les apôtres dont l’Église a besoin actuellement.

Il y a presque deux mille ans, un groupe de pêcheurs galiléens partirent sur les chemins du monde pour annoncer l’Évangile, scellant l’authenticité de leur témoignage en versant leur sang. Aujourd’hui, le Christ Lui-même, mort et ressuscité, Celui qui les appela et les envoya, nous appelle et nous envoie à notre tour. Demandons au Père, de qui descend tout don parfait, d’envoyer des apôtres au monde, pour proclamer avec force et sans peur, le message de l’Évangile.

En ce jour où tous les membres du Regnum Christi s’unissent dans la célébration de la solennité du Christ-Roi, je Lui demande de vous accorder la grâce d’être des apôtres militants qui porteront au monde son Règne de vérité et de vie, de justice et de paix, d’amour et de grâce ; sortez sur les chemins de l’humanité, à cette croisée de l’histoire, pour annoncer l’Évangile et engagez-vous sans hésitation, dans la grande mission apostolique de la nouvelle évangélisation à laquelle le saint Père nous a convoqués. Avec un salut très cordial, je prends congé de vous. Votre très affectueux serviteur en Jésus-Christ.

P. Marcial Maciel, lc




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