Je me suis réveillé soudainement dans un lit d’hôpital. Je me retournai ; les aiguilles du réveil montraient 3 heures. Mon lit était face aux ascenseurs du service de neurophysiologie, au 7ème étage. Ce n’était ni la première ni la dernière fois que j’allais me réveiller pendant cette longue nuit. Les médecins et les infirmières allaient et venaient à tout heure et chaque fois que quelqu’un entrait ou sortait d’un des ascenseurs, cela faisait « bang » !
J’essayai de dormir une heure de plus, puis j’abandonnai. Je me levai et me rendis à la chapelle de l’hôpital pour faire une méditation précoce, écouter la messe et recevoir les cendres. (Si vous voulez voir des personnes vraiment prier, essayer d’aller dans la chapelle d’un hôpital...) L’homélie du père franciscain me toucha profondément, vu l’expérience que j’étais en train de vivre : « le carême est un temps pour prier plus, pour être plus charitable, pour donner aux pauvres. » « Eloigner vous du péché et croyez à l’Evangile ».
Mes supérieurs m’avaient demandé de veiller un légionnaire qui souffrait de complications, suite à une attaque qu’il avait eue 10 ans plus tôt. Un groupe de frères, dont je faisais partie, prenaient soin de lui 24heures sur 24, par tour.
Mais c’était plutôt lui prenait soin de nous. Au lieu de rester au lit et de souffrir comme un patient ordinaire, il sortait dans les couloirs, enveloppé dans sa robe de chambre noire et s’organisait des « visites pastorales ». Evidemment il nous autorisait à le suivre. Le cœur du Christ battait dans la poitrine du Père. Il ne pouvait pas rester au lit avec sa seule souffrance. Il devait sortir pour encourager, consoler et pour souffrir avec d’autres patients. Il voulait leur apporter le Christ. Alors, il frappait à la porte des chambres, passait la tête et en souriant demandait : « comment allez-vous ? Je suis un prêtre irlandais. » La figure du malade changeait et il se mettait à sourire et le Père pouvait parler avec lui.

L’hôpital Gemelli à Rome
Parmi tous les patients visités, l’un d’entre eux restera pour toujours dans ma mémoire. Il était allongé sur le dos, avec ses jambes tordues en dessous de lui. Il avait de la fièvre et avait repoussé ses couvertures malgré le froid de février. Il s’appelait Luigi. Il avait 36 ans, mais la taille d’un adolescent et il se mourrait d’une dégénérescence progressive de son cerveau qui arrêtait ses organes les uns après les autres. Il ne pouvait ni manger ni parler. Il communiquait en tordant les muscles de sa figure et en fermant les yeux ou en regardant des signes écrits : « j’ai chaud », « j’ai froid », « changez moi ». Quand il nous vit, il sourit, ou plutôt essaya de sourire. Nous lui avons dit que son premier travail la haut, quand il arrivera au paradis, sera de veiller sur nous, tous les séminaristes.
Questions
“Pourquoi Luigi, Seigneur,” je demandai, pourquoi lui ? Il a une femme et deux enfants. « Ce pourquoi ? » était visible sur chaque figure que nous avons rencontrée lors de notre tour, mais aucun ne me fit aussi mal que de rencontrer Luigi.
Un hôpital est un lieu pour rencontrer la souffrance et comprendre sa signification. En fait, plus tard, je me suis dit que le Pape Jean Paul II avait du se battre avec cette même question plus d’une fois au 10 ème étage de ce même hôpital, après avoir été blessé par Ali Agca, après sa chute et son opération, et lorsqu’il dut combattre sa terrible maladie. Salvifici Doloris, sa très belle lettre est le fruit de ce combat intérieur.
En une autre occasion, à la fenêtre de son appartement papal, il a adressé les mots suivant à la foule qui le saluait lors de son retour de l’hôpital* :
"A travers Marie, je voudrai exprimé ma gratitude pour ce don de la souffrance... je remercie pour ce cadeau. J’ai maintenant compris que ce don est nécessaire. Le Pape devait être à l’hôpital Gemelli, il devait être absent de cette fenêtre pendant 4 semaines, pendant 4 dimanches, il devait souffrir. Comme il devait souffrir il y a 13 ans de cela, cette année n’est pas différente.
J’ai médité, j’ai repensé à tout cela durant mon séjour à l’hôpital. »
Le Pape doit être attaqué, le Pape doit souffrir, pour que chaque famille et le monde entire puisse voir qu’il y a un Evangile, je voudrai dire un Evangile plus haut : l’Evangile de la souffrance, avec lequel le futur sera construit, le troisième millénaire de la famille, de chaque famille, de toutes les familles. »
Je comprends qu’il est important d’avoir des arguments face à la puissance de ce monde. Une fois de plus, je me trouve face à la puissance de ce monde et je dois parler. Quels arguments dois-je donner ? Mes arguments sont les arguments de la souffrance. Et je voudrai vous les donner : comprenez-les, comprenez pourquoi le Pape a dû aller une fois de plus à l’hôpital, souffrir une fois de plus, comprenez-le, réfléchissez-y ! »
(29 Mai 1994)
De retour à la maison
J’ai reçu des leçons de grandes valeurs à Gemelli. J’ai appris du Père tout le bien qui peut être fait avec de simples mots de compassion, de courage, de foi et de consolation. J’ai appris la signification de la solidarité dans la souffrance et qu’un prêtre, par sa vocation, doit mettre de côté sa souffrance et embrasser celle des autres. J’ai appris qu’un hôpital est un lieu ou rencontrer des personnes.
J’ai appris que tous nous devons souffrir un jour ou l’autre, d’une manière ou une autre, mais que cela a un sens à travers et en Jésus Christ qui souffre.
Pourquoi ne pas faire une visite dans un hôpital ou une maison de retraite ? Cela changera votre vie et apportera la joie chrétienne à ceux que vous rencontrez. N’est-ce pas là le sens de la vie chrétienne de sortir de notre confort et de vivre authentiquement et pleinement une vie chrétienne ?
Br. Michael Steele, Légionnaire du Christ, étudie à Rome pour devenir prêtre.
*Traduction de travail, non officielle, effectuée par nos soins.