Père Alfonso Aguilar, LC
Professeur de philosophie à l’Athénée Pontifical Regina Apostolorum
"C’est en espérance que nous avons été sauvés" (Rom.8:24). Ces cinq mots résument toute l’encyclique. A la lumière des problèmes actuels du monde, avons-nous encore une raison d’espérer ?
La réponse du Pape Benoît XVI est claire : oui, nous pouvons être et nous devons être dans l’espérance, parce que "notre foi est espérance" (n. 2). Les deux principales questions qu’aborde le texte sont les suivantes : Qu’est-ce que l’espérance ? Et quel type de certitude nous donne-t-elle ?

Père Alfonso Aguilar, LC
Pour Benoît XVI, l’espérance n’est pas un idéal sympathique, parce que notre foi n’est pas essentiellement "informative"- une doctrine. L’espérance est plutôt "performative" : c’est plutôt une expérience de transformation, de rédemption. "L’Evangile n’est pas simplement la communication d’éléments que l’on peut connaître, mais une communication qui produit des faits et qui change la vie. La porte obscure du temps et de l’avenir a été ouverte toute grande. Celui qui a l’espérance vit différemment ; une vie nouvelle lui a déjà été donnée"(n. 2).
Jésus Christ a donné l’espérance à un monde sans espérance en lui apportant Dieu : "Parvenir à la connaissance de Dieu - le vrai Dieu - signifie recevoir l’espérance" (n. 3). Jésus nous convie à une "rencontre avec le Dieu vivant et ainsi à une rencontre avec l’espérance qui est plus forte que les souffrances de l’esclavage, et qui de ce fait transforme de l’intérieur la vie et le monde" (n. 4).
Sans la connaissance d’un Dieu qui est amour, il n’y a pas d’espérance. Christ, le vrai philosophe et berger, "nous dit qui, en réalité, est vraiment l’homme et ce qu’il doit faire pour être pleinement homme [...] Il indique aussi la voie au-delà de la mort ; seul celui qui est en mesure de faire ainsi est un vrai maître de vie" (n. 6).
Voilà pourquoi la foi chrétienne nous donne une certitude qui nous transforme. "La foi attire l’avenir dans le présent, au point que le premier n’est plus le pur "pas encore". Le fait que cet avenir existe change le présent ; le présent est touché par la réalité future, et ainsi les biens à venir se déversent sur les biens présents et les biens présents sur les biens à venir (n. 7).
La certitude concerne la vie éternelle. Mais qu’est-ce que la vie éternelle ? Benoît XVI apporte une réflexion sur cette question à la lumière des états contradictoires de l’homme (nn. 10-12). "D’une part, nous ne voulons pas mourir ; surtout celui qui nous aime ne veut pas que nous mourions. D’autre part, nous ne désirons même pas cependant continuer à exister de manière illimitée, et même la terre n’a pas été créée dans cette perspective. Alors, que voulons-nous vraiment ?"
Citant Saint Augustin, le Pape répond la chose suivante : "Dans le fond, nous voulons une seule chose - "la vie bienheureuse", la vie qui est simplement vie, simplement "bonheur." Cependant, nous ne savons pas ce que veut dire ce bonheur et nous ne voudrions pas que la vie éternelle soit "une succession continue des jours du calendrier". L’espérance chrétienne concerne la vie éternelle comprise comme "une immersion dans un océan d’amour infini, dans lequel le temps - l’avant et l’après - n’exite plus, un lieu où l’on est simplement comblé de joie."
Une telle espérance dans la vie éternelle ne peut pas être individualiste parce que la rédemption est "communautaire" et concerne la construction de ce monde (nn. 13-15).
Pour transformer notre monde, nous devons le comprendre. Sur ce point, Benoît XVI fait une analyse perspicace de l’esprit de l’âge moderne (nn.16-23). C’est un âge fondé sur "la foi dans le progrès", que la Révolution française et le Marxisme ont tenté de fonder exclusivement sur la science et la politique. L’erreur fondamentale de Marx est "le matérialisme : l’homme n’est pas simplement le produit de conditions économiques et il n’est pas possible de le guérir uniquement de l’extérieur, en créant un environnement économique favorable."
Par opposition, le salut véritable et la vrai espérance chrétienne sont fondés sur Dieu, qui est Amour (nn.24-31). "Ce n’est pas la science qui sauve l’homme, l’homme est sauvé par l’amour".
Maintenant, comme faire de l’espérance une expérience quotidienne, concrète et transformante ? Le dernier chapitre de l’encyclique est consacré à des suggestions pratiques. Quatre "situations" sont proposées, à travers lesquelles nous pouvons apprendre en pratique ce qu’est l’espérance et comment elle se manifeste : la prière, l’action, la souffrance et le Jugement Dernier (nn. 32-48).
Suivant l’exemple de Jean-Paul II, Benoît XVI achève son encyclique par une prière à la bienheureuse Vierge Marie, "Etoile de l’Espérance", étoile qui nous guide dans le voyage souvent sombre et agité de notre vie.
Père Fernando Pascual, LC
Professeur de philosophie ancienne à l’Athénée Pontifical Regina Apostolorum
L’encyclique "Spe salvi" explique un noyau central de l’espérance chrétienne : la salut à été offert à l’humanité à travers Jésus Christ.
En quoi consiste l’espérance chrétienne ? Il n’est pas correct, explique le Pape, de limiter l’espérance à une attitude subjective, à un désir de bonheur sans garanties. L’espérance implique l’accueil d’un don qui est offert, d’un don qui est Dieu lui-même : "Dieu est le fondement de l’espérance ; pas n’importe quel dieu, mais le Dieu qui a un visage humain et qui nous a aimés jusqu’au bout, chacun individuellement et l’humanité tout entière" (n.31).
Le monde moderne, à l’inverse, a laissé de côté l’espérance chrétienne pour rechercher dans le progrès une amélioration de sa vie terrestre. Il a oublié le paradis pour construire sur terre le bonheur parfait. Mais il s’est profondément

Père Fernando Pascual, LC
trompé : la raison, la liberté, l’argent, la science ne suffisent pas à éliminer le mal qui sévit entre les hommes (nn. 16-22). La science peut contribuer beaucoup à l’humanisation du monde et de l’humanité. Cependant, elle peut aussi détruire l’homme et le monde si elle n’est pas orientée par des forces qui se trouvent hors d’elle (n. 25).
Pour ces raisons, le Pape invite les Catholiques à se souvenir que "la vraie, la grande espérance de l’homme, qui résiste malgré toutes les désillusions, ce peut être seulement Dieu, ce Dieu qui nous a aimés et qui nous aime toujours "jusqu’au bout""(n. 27).
L’encyclique "Spe salvi" chante l’amour de Dieu, un amour qui, à travers le Christ, nous donne les raisons de marcher dans l’espérance sur le chemin de la vie.
Regarder en direction de l’éternité, désirer cette rencontre ultime avec l’Amour, nous rapproche de la vraie vie. Il existe un paradis où justice et amour triomphent pour toujours. Voilà pourquoi ceux qui suivent Jésus de Nazareth croient, espèrent et aiment.