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English | Español | Italiano | Deutsch | Polski | Magyar Mercredi 3 décembre 2008
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Entretien avec le Père Marcial Maciel au sujet de son ami martyr, le bienheureux José Sánchez del Río

Nous transcrivons ici un entretien réalisé par l’agence Zenit avec le Père Marcial Maciel au sujet de la béatification de José Sanchez del Rio et des douze autres martyrs de la guerre cristera. La cérémonie a eu lieu le 2 décembre 2005 à Guadalajara, au Mexique.

Sa Sainteté Benoît XVI a voulu s’unir aux célébrations. Après la récitation de l’Angélus de midi, il a déclaré sur la Place Saint Pierre : "Il m’est très agréable de saluer cordialement les pèlerins de langue espagnole présents à cette prière de l’Angélus. Je salue aujourd’hui très spécialement mes frères les Evêques du Mexique, les prêtres, les religieux, les religieuses et les fidèles qui, en l’archidiocèse de Guadalajara, participent à la béatification des martyrs Anacleto González Flores et ses compagnons ainsi que José Trinidad Rangel, Andrés Solá Molist, Leonardo Pérez, Darío Acosta Zurita et José Sánchez del Río, qui ont fait face au martyre pour défendre leur foi chrétienne. En cette solennité de Jésus-Christ, Roi de l’Univers, qu’ils ont invoqué au moment suprême de leur vie, ils sont pour nous un exemple permanent et un motif de donner un témoignage cohérent de notre propre foi dans la société actuelle. Dans cet esprit, avec une grande affection, je vous envoie ma Bénédiction Apostolique".

Entretien avec le père Marcial Maciel, fondateur des Légionnaires du Christ et du Mouvement Regnum Christi

Vous avez été témoin du martyre de José Sánchez del Río au Méxique. Après presque quatre-vingts ans quels sont vos souvenirs de ces moments ? Comment aviez-vous connu José Sánchez ?

Père Maciel : José Luis - comme l’appelaient ses amis - était de Sahuayo, dans le Michoacán, un village pas très éloigné de Cotija, mon village natal. Ma grand’mère maternelle, doña Maura Guízar Valencia, y habitait et nous allions souvent lui rendre visite. J’avais, personnellement, six ans de moins que José Luis. Il aimait organiser des jeux pour les enfants, il nous parlait de Jésus et je me souviens qu’il m’avait emmené faire des visites au Très Saint Sacrement. Il était très bon.

Quand la persécution religieuse commença, il voulut rejoindre les cristeros pour défendre la foi ; il en demanda plusieurs fois la permission jusqu’au moment où, finalement, il fut admis. En février 1928 - j’avais sept ans, presque huit - j’étais à Sahuayo quand nous avons appris que José Luis avait été arrêté et enfermé dans le baptistère de la paroisse.

Une fenêtre donnait sur la rue et, de là, nous l’entendions chanter « C’est au Ciel, au Ciel, au Ciel que je veux aller » alors qu’il attendait d’être jugé. Les fédéraux utilisaient l’église paroissiale comme prison et aussi comme poulailler. Rafael Picazo, qui gouvernait le village de Sahuayo, avait mis comme condition à sa libération qu’il renie sa foi devant lui et devant ses soldats.

Nous le savions tous et nous étions très inquiets, nous étions dans un état de grande émotion et de profonde tristesse. Nous, ses amis, nous nous réunissions pour prier pour lui. Nous pleurions beaucoup en demandant à la très Sainte Vierge qu’ils ne l’envoient pas à la mort, demandant en même temps qu’il ne renie pas sa foi. De fait, José Luis ne voulait rien savoir de tout ça. Et, au bout de deux jours, dans la soirée, nous avons appris qu’ils l’avaient emmené à l’auberge du Refuge. Le soir même, ils lui coupèrent la plante des pieds et l’obligèrent à marcher nu-pieds jusqu’au cimetière qui était à plusieurs centaines de mètres de là. Nous - quelques-uns de ses proches, ses amis et connaissances du village - nous le suivions de loin. Je me souviens des taches de sang que laissaient ses pas. Il avait les mains liées dans le dos et je me rappelle que les fédéraux le bousculaient, l’insultaient et exigeaient qu’il cesse de crier « Vive le Christ Roi ! ». Sa réponse était toujours de crier : « Vive le Christ Roi et Sainte Marie de Guadalupe ! ». Ils ne nous permirent pas d’aller plus loin que le mur de clôture du cimetière. Ils le mirent tout près de la fosse. Ils disent l’avoir visé plusieurs fois en insistant pour qu’il renie sa foi tandis que lui répondait : « Vive le Christ Roi et Sainte Marie de Guadalupe ! ». Son papa n’était pas avec nous, il n’était pas là. Ils lui demandèrent en se moquant : « Que feras-tu dire à ton père ? ». Il répondit : « que nous nous reverrons au ciel ».

Finalement ils l’achevèrent dans la tempe. J’ai entendu, de mes propres oreilles, le coup qui a mis fin à sa vie. Vous pouvez imaginer la profonde impression que ces faits ont imprimé en nous, surtout les enfants. J’ai un très beau souvenir, très profond, de cet ami, de mon ami, qui a donné sa vie pour le Christ, pour moi ce fut toujours un témoignage de ce que signifie un authentique amour pour le Christ. C’est aussi un souvenir marqué de nostalgie parce que j’avais dit à notre Seigneur : « Pourquoi l’as-tu choisi lui comme martyr et pourquoi, moi, m’as-tu laissé ? ».

Quelle a été l’influence de ce témoignage de martyre sur votre vie personnelle et sur l’œuvre que vous avez entreprise ensuite, la fondation de la Légion du Christ et du Mouvement Regnum Christi » ?

Père Maciel : Comme je vous l’ai dit, le martyre de José Luis m’a laissé une trace profonde, ineffaçable ; sa mort a contribué à semer en moi la certitude que la foi vaut mieux que la vie elle-même, elle m’a parlé de la valeur éternelle d’une vie totalement donnée par amour pour le Christ, elle a semé en moi, un désir d’éternité... mais pas uniquement José Luis...

Dans mon village de Cotija, pendant la guerre cristera, nous avons souvent vu des pendus sur la place et nous assistions aux exécutions de cristeros qui mourraient en criant "Vive le Christ Roi !". Ils laissaient derrière eux une famille, des enfants, une mère - combien encourageaient leurs enfants pour qu’ils ne renient pas leur foi ! -.

J’étais présent au martyre d’Antonio Ibarra, un musicien de mon village, de Leonardo et de plusieurs autres ; certains des visages et quelques-unes de ces scènes sont encore gravés dans mon esprit ; spécialement celle de la descente de pendaison d’Antonio et quand ils le déposèrent dans les bras et sur les genoux de sa mère, doña Isabel Ibarra. Toute sorte de gens ont été martyrisés dans de nombreux villages du Mexique : des enfants, des jeunes et des adultes ; hommes et femmes, riches et pauvres, prêtres et fidèles laïcs. Oui, je crois que ce témoignage du martyre de tant de chrétiens qui ont préféré verser leur sang plutôt que de trahir Jésus-Christ a beaucoup influencé ma vie personnelle et ma mission de fondateur, étant donné que c’était un témoignage qui, pour ainsi dire, faisait revivre la foi héroïque des premiers chrétiens. Ce témoignage m’a aidé à comprendre que la vie chrétienne, pour être cohérente, devait être totalement engagée dans une réponse à Jésus-Christ. Un christianisme à moitié, à l’amiable, "qui allume un cierge à Dieu et autre au diable", (comme dit le dicton populaire), n’est pas un vrai christianisme.

Il m’aurait plu de donner ma vie comme José Luis Sánchez del Río, comme le firent des centaines de milliers de martyrs cristeros ; mais j’ai compris que Dieu me demandait un autre type de martyre, celui de vivre l’Evangile jusqu’aux plus ultimes conséquences et, en fin de compte, c’est ce qui se trouve derrière la fondation de la Légion du Christ et du Mouvement Regnum Christi : aider à ce que d’autres hommes s’engagent aussi à connaître, à vivre et à transmettre l’amour de Jésus-Christ.

Quand j’ai dû choisir le nom de la Congrégation que l’Esprit Saint m’a demandé de fonder, j’ai pensé à différents noms, et le souvenir du témoignage des cristeros fut un des éléments qui m’a aidé à comprendre que le nom qui pourrait le mieux signifier notre mission était celui de Légionnaires du Christ : hommes qui luttent pour le Règne du Christ sans rien se réserver pour eux-mêmes et prêts à donner leur vie.

José a été assassiné et le mouvement cristero qu’il avait rejoint a échoué. S’agit-il d’une mort inutile ?

Père Maciel : En 1929 les cristeros déposèrent les armes pour obéir à la demande de sa Sainteté le Pape Pie XI. Les gouvernants d’alors n’ont pas rempli les accords avec l’Eglise ni avec les cristeros, et de nombreux cristeros désarmés furent assassinés. Rien n’a abouti. Cela ressemblait à un échec. Mais, comme l’a dit Tertullien, "le sang des martyrs est semence de chrétiens". Jean Paul II a été témoin, lors de son premier voyage au Mexique, en 1979 - le premier de ses voyages en tant que pèlerin du monde -, de l’enthousiasme et de la vie de foi qui se respirait au Mexique, sans aucun doute arrosés par le sang de ses martyrs.

Non seulement, la mort d’un martyr ne sera jamais une mort inutile mais au contraire, ce sera une mort féconde, rédemptrice. C’est la mort du disciple qui s’associe à la croix de son Maître avec lequel il offre sa vie pour le salut d’un grand nombre d’hommes, y compris pour ses propres bourreaux. Comme celle de Jésus, dans l’immédiat, sa mort semble un échec, mais c’est un témoignage lumineux de la résurrection et de la vie éternelle qui nous attend tous. C’est le fruit de l’amour sur la haine et de la vie sur la mort. J’ai pu voir, en différentes occasions, que depuis la mort de José Luis jusqu’à aujourd’hui, beaucoup viennent sur sa tombe, y apportent des fleurs, lui allument un cierge et restent ainsi à prier, sollicitant son intercession. Comme l’a dit Jésus : "Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants". Quand nous prions les saints, nous savons que nous parlons à des personnes vivantes, qui ont définitivement triomphé et ont atteint le bonheur avec Dieu vers lequel nous cheminons pendant cette vie et auquel nous sommes tous appelés.

A quinze ans, un enfant est-il capable de donner sa vie pour le Christ ? Peut-il, à quinze ans, connaître clairement sa vocation ?

Père Maciel : Vous me demandez si un adolescent de quinze ans est capable de donner sa vie pour le Christ : le contexte même de cette entrevue, le martyre de José Sánchez del Río, un enfant de 14 ans, est en soi une réponse. Votre seconde question fait une heureuse relation qui renferme une grande vérité. Le martyre est un appel de Dieu à donner toute sa vie pour le Christ en quelques minutes. La vocation est aussi un appel à donner toute sa vie pour le Christ, mais jour après jour, minute après minute.

Nous ne pouvons pas oublier que c’est Dieu qui appelle et qu’il choisit son moment pour le faire. Dieu est le semeur qui dépose la semence. Il peut réveiller la vocation sacerdotale dans le cœur d’un enfant comme dans celui d’un jeune ou celui d’un adulte, quand le moment lui semble opportun. Il sait trouver la façon de leur faire sentir intérieurement et de façon très nette, son invitation à le suivre. Il est évident que, comme dans tout processus de maturation dans la vie d’un enfant et d’un jeune, cette semence doit croître avec le temps : l’appel sera étudié et cela prendra du temps pour le peser et le vérifier. Le chemin jusqu’au sacerdoce, ou à la vie consacrée, passera par différentes étapes de formation et l’Eglise admettra ceux qui sont aptes. L’important est de pouvoir offrir à ces enfants et à ces adolescents qui font l’expérience intérieure de l’appel de Dieu dans leur tout jeune âge, un espace de liberté et une ambiance propice, une "bonne terre", le sol, l’eau, l’air, pour que la semence puisse germer en son temps : c’est ce que nous essayons de faire dans les centres vocationnels de la Légion et du "Regnum Christi".

Ce fut aussi mon expérience personnelle : j’ai reçu l’appel à 14 ans, je suis parti de chez moi pour le séminaire à 15 ans. Je n’ai jamais douté de ma vocation ; j’ai été et je suis parfaitement heureux dans mon sacerdoce et j’ai 85 ans...

Savez-vous que le Fondateur d’une autre Congrégation qui a, elle aussi, vu le jour au Mexique, a été témoin de ce martyre ?

Père Maciel : Je suppose que vous faites allusion au Père Enrique Amezcua Medina fondateur de la Confraternité Sacerdotale des Ouvriers du Règne du Christ. Il est de Colima. Je ne peux pas vous dire s’il fut ou non témoin de ce martyre, il me semble plutôt que non, mais si j’ai bien compris, il doit sa vocation sacerdotale à José Luis Sanchez del Rio qu’il a rencontré en 1927, en pleine guerre cristera. Il disait qu’à 9 ans, en s’approchant de José Luis pour le connaître, José serait la bannière du Christ Roi sur sa poitrine et parlait avec une grande ferveur de la très Sainte Vierge à un jeune cristero découragé.... Le Père Enrique - l’enfant Enrique - s’est approché de lui et lui a dit qu’il voulait être comme lui, soldat du Christ Roi. José lui sourit et lui répondit qu’il était encore très enfant mais que ce qu’il avait à faire c’était de prier beaucoup pour lui et pour tous les cristeros. Le Père Enrique se rappelait comment il le cloua du regard en lui disant : "Peut-être que Dieu t’appellera au sacerdoce. Si tu es prêtre un jour, tu pourras faire beaucoup de choses que ni moi ni les autres ne pouvons réaliser. Donc, ne t’inquiète pas". Ils se firent une promesse de prier l’un pour l’autre et la signèrent par une poignée de mains. Et José Luis lui dit au revoir : « Maintenant, comme Dieu voudra, à bientôt ou au ciel..."

Que demandez-vous à José Luis ?

Père Maciel : ce qu’on demande toujours : qu’il obtienne de Dieu, pour nous tous, la grâce d’être fidèles à notre foi et à notre amour inconditionnel pour le Christ jusqu’à la mort. Je lui confie tous les enfants et tous les adolescents. Il me semble que, comme il l’a été pour moi, José sera pour eux tous un excellent modèle d’amitié pour le Christ, de fidélité et de cohérence chrétienne




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