Homélie du Père Julien Durodié, L.C.
On parle beaucoup aujourd’hui de « charisme ». Entre chrétiens et entre mouvements qui se découvrent, souvent nous échangeons : « et vous, quel est votre charisme ? ».
Un charisme, c’est un don que Dieu fait à son Église pour la faire resplendir.
Et le charisme de l’amour alors, c’est quoi au juste ?
C’est le don que le Père nous fait de son amour infini, qui s’exprime dans le don total et gratuit de son Fils qui vient donner sa vie pour nous faire vivre, - amour infini réparti dans nos cœurs en l’Esprit Saint dont nous sommes chacun le Temple saint.
Le Charisme de l’amour, c’est prendre au sérieux le commandement ultime - l’appel - du Seigneur Jésus au soir du Jeudi saint, lorsqu’il veut nous livrer son plus grand désir - peu avant son agonie, sa passion, sa mort et sa résurrection : « aimez-vous les uns les autres comme moi je vous ai aimé ». L’amour est appelé à devenir ainsi le moteur et la passion de ma vie.
Mes amis, ce charisme ne peut pas nous laisser indifférent. Le Christ n’a pas dit : « si tu veux... si tu as du temps... Si tu n’as pas autre chose à faire... ». Non, il dit « aimez-vous ! » C’est une supplication, c’est catégorique et c’est le temps et l’investissement de toute une vie ! Ce don nous engage, nous entraîne sur les routes du monde à un véritable héroïsme de vie, car l’amour du Christ, c’est le don total, et cet amour doit se reproduire en chacun de nous !
J’entends dire : « mon Père, je ne suis pas superman, je ne suis pas superwoman ». Certes, il ne s’agit pas de porter la vie et le monde à bout de bras, car « l’Esprit de Dieu m’a consacré ! » Et l’Esprit est force et puissance, manifesté dans notre fragilité.
Le charisme de l’amour, c’est le don de l’Esprit même de Dieu qui nous rend capables de l’extraordinaire, de fuir la routine, le confort et le train-train de la vie qui nous guettent, pour engager notre vie et notre cœur au service de notre prochain dans l’amour, et dans l’état de vie dans lequel le Seigneur nous appelle.

- Le Père J P Duloisy et des légionnaires ont concélébré la messe
Le Seigneur ne fait-il pas vibrer toutes les cordes de notre sensibilité spirituelle ? « Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume, car j’avais faim et vous m’avez donné à manger, j’avais soif et vous m’avez donné à boire... ». « Oui, chaque fois que vous l’avez fait à l’une de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait ». A l’opposé, le non investissement dans l’amour implique dans la Parabole de Jésus les mots les plus sévères.
Le charisme de l’amour nous entraîne à l’héroïsme en trois voies principales :
1. D’abord, l’esprit de contemplation !
« C’est dans le Christ que tous revivront », nous dit saint Paul à travers sa lettre aux chrétiens de Corinthe. Frères, sautons à pieds joints dans la Vie que le Christ nous propose, la Vraie Vie. C’est en Lui, dans son intimité, dans le cœur à Cœur, dans la communion à son Corps et à son Sang, que nous trouvons la force de dépasser l’égoïsme pour nous mettre à l’école du don de soi. Nous sommes tous invités à une vie contemplative au sein même de notre journée, car c’est là, au contact avec le Christ - idéal, centre et modèle de notre vie -,que l’amour « mettra sous ses pieds ses ennemis ». Origène dit : « celui qui prie pour que vienne le Règne de Dieu a raison de prier pour que ce règne de Dieu germe, porte du fruit et s’accomplisse en lui ». N’est-il pas vrai que cet appel à la vie intérieure demande de l’héroïsme ? Mettre concrètement Dieu au cœur de notre journée, alors qu’elles sont déjà si pleines ? S’arracher à la frénésie de nos activités pour Lui réserver les meilleurs moments. C’est là la clé de la réussite ! Au contact journalier avec le Christ, nous éveillons en nous les plus grandes capacités d’amour.
2. Le charisme de l’amour nous entraîne aussi à l’esprit de charité.
La charité, c’est l’amour transformé en actes. « Si tu dis aimer Dieu, et que tu n’es pas capable d’aimer ton frère, tu es un menteur ». La charité, c’est le service rendu, c’est le pardon donné, c’est le jugement de bienveillance porté, c’est la parole de biendisance affirmée. La charité est appelée à être universelle, délicate et joyeuse. La charité, c’est l’attention 100% portée à l’autre pour être capable de s’investir 100% auprès de lui : « la brebis perdu, je la chercherai, l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la soignerai. Celle qui est faible, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai... ». Une attention généreuse pour chacun ! C’est cela, le don de soi ! C’est être capable de donner à l’autre, non seulement de son superflu, mais aussi de son nécessaire. Garder sa langue pour éviter de massacrer son prochain par la médisance et la calomnie - véritables antithèse du christianisme -, alors que nous savons pertinemment, comme le dit l’Ecriture que « ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme ; mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui souille l’homme. » Mt 15, 11 : cela aussi, c’est de l’héroïsme surtout lorsque c’est par chez nous une pratique quasi culturelle. Le charisme de l’amour a donc sa plus belle manifestation dans la charité vécue jusque dans les détails et au prix de sa vie, si nécessaire.
3.Le charisme de l’amour enfin, c’est en son couronnement l’esprit et l’élan missionnaire !
Car il n’y pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. « Malheur à moi si je n’évangélise pas ! ». Il s’agit d’un enfantement. Enfanter Jésus dans les cœurs, sauver des âmes, offrir la libération que vient nous donner le Christ par sa Miséricorde, annoncer la bonne Nouvelle par l’exemple et la parole, sans respect humain et fausse prudence. Travailler fermement à ce que son Règne vienne ! C’est cela le feu de l’amour qui ne peut être contenu. S’ouvrent à nous les grands champs d’apostolat qui construisent cette nouvelle civilisation de la justice et de l’amour appelée de leurs vœux par les derniers Papes : l’éducation, la famille, les jeunes, les vocations, les médias, les milieux les plus pauvres et les plus nécessiteux en amour, etc. Le Pape Pie XI, dans un écrit disait : « il faut des âmes apostoliques » et définissait ainsi l’esprit apostolique : « c’est ce zèle ardent qui, d’abord par la prière assidue et une vie exemplaire, puis par la voie féconde de la parole et de la presse et les autres moyens - y compris les œuvres de charité - tend à faire rendre au Cœur de Jésus par les individus, par la famille et par la société, l’amour, le culte et les hommages dus à sa divine royauté ».
Mon Dieu, combien de choses à faire ! Comme nous pouvons nous sentir dépassés ! Et pourtant, ce feu intérieur qui peut et doit nous consumer - par vocation -, c’est le feu de l’Esprit Saint qui veut nous faire goûter les joies du salut en Jésus, dans l’espérance qu’un jour « quand tout sera sous le pouvoir du Fils, il se mettra lui-même sous le pouvoir du Père qui lui aura tout soumis, et ainsi, Dieu sera tout en tous ! »
Reprenons et faisons nôtre cette prière de Benoit XVI à la Vierge Marie :
Sainte Marie, Mère de Dieu,
Tu as donné au monde la vraie lumière,
Jésus, ton fils - Fils de Dieu.
Tu t’es abandonnée complètement
A l’appel de Dieu
Et tu es devenue ainsi la source
De la bonté qui jaillit de Lui.
Montre-nous Jésus. Guide-nous vers Lui.
Enseigne-nous à Le connaître et à L’aimer,
Afin que nous puissions, nous aussi,
devenir capables d’un amour vrai
et être sources d’eau vive
au milieu d’un monde assoiffé.
C’est à Elle, Marie, que nous confions l’Eglise, sa mission au service de l’Amour !
AMEN !
Père J Durodié, L.C.