Bien que la pluie froide et le vent d’hiver s’installent sur Rome, aujourd’hui j’ai oublié l’air glacial car mon coeur est en feu. La chaudière du séminaire est en panne, ce qui a privé nos bâtiments de chaleur et nous a valu une douche froide le matin. Pourtant c’est une pensée d’un autre ordre qui a chassé l’impression de nez bouché, m’apportant une chaleur qui a atteint les profondeurs de mon âme.
Je serai prêtre pour toujours.

La prosternation avant l’ordination
Le feu du sacerdoce a commencé à brûler en moi, allumé par l’arrivée des diacres ordonnés en juin dernier. Ils viennent à Rome pour se préparer par des exercices spirituels de huit jours avant leur ordination sacerdotale, la veille de Noël à 10 heures trente du matin. La joie rayonne sur leurs visages. Leur anticipation est contagieuse. Les flammes de l’amour de Dieu atteignent le coeur à la seule idée de ce que tout ceci signifie.
Ce sont des frères qui sont entrés au séminaire un an avant moi, en 1994 : cela fait longtemps ! Au cours de ces nombreuses années, j’ai combattu et j’ai lutté, j’ai ri et j’ai pleuré, j’ai prié et je me suis réjoui aux côtes de ces frères. Je les connais bien tous. L’espoir accompagne toujours le fait de voir un grand groupe être ordonné mais quand on connaît chaque diacre personnellement, quand on est passé par les même hauts et les mêmes bas pendant les années de formation, quand on a été édifié par leur sainteté et par leur amour pour le Christ, la joie et l’émotion éclatent dans le coeur de manière inexplicable. Les larmes me montent aux yeux rien qu’en y pensant.
En1995, nous avons étudié ensemble au Noviciat de Cheshire, dans le Connecticut. Rudes et accoutumés aux manières du monde, nous avons lentement mais sûrement modelés nos coeurs sur celui du Seigneur - et non plus sur nos propres critères. Nous avons vu chacun se développer, mûrir et devenir un apôtre passionné pour Jésus Christ. Nous connaissons tous nos histoires personnelles et les humbles circonstances où Dieu nous a pêchés. Nous connaissons les talents et les faiblesses de chacun, les succès et les échecs, les joies et les douleurs. Nous sommes, dans le vrai sens du terme, des soldats du Christ qui ont combattu ensemble pendant les dix dernières années, s’efforçant d’étendre le Royaume de Dieu. Dans une bataille militaire, les soldats partagent la tranchée, se protègent l’un l’autre face à l’ennemi, saignent ensemble dans le même combat, aident parfois à porter l’autre quand il était blessé, n’oublient jamais leurs camarades fidèles. Aujourd’hui, j’éprouve les mêmes sentiments envers mes frères religieux. Je suis immensément fier d’eux. C’est un honneur de faire partie de la même famille.
Au cours des années de formation, nous avons commencé à nous disperser autour du globe. Certains sont allés en Espagne, d’autres en Italie, d’autres encore en Allemagne, au Brésil et en Irlande, alors que beaucoup sont allés au Mexique. Certains, comme moi, sont restés aux Etats-Unis pendant neuf ou dix années jusqu’au moment de se retrouver à Rome pour étudier la théologie. Peu à peu la mission nous a montré les endroits spécifiques où Dieu veut que nous avancions. Nous avons appris quels sacrifices et quelles croix sont impliqués dans le service de l’Eglise tout en rencontrant beaucoup de familles merveilleuses qui luttent loyalement à nos côtés pour accomplir de grandes choses pour le Christ. Après des années de séparation, un à un, nous sommes tous retournés à Rome pour étudier la théologie et pour avancer vers le sacerdoce. Nous sommes tous revenus changés. Nous étions devenus plus mûrs, plus saints et plus authentiques. Nous avions tous éprouvés les coups et les blessures qui accompagnent la construction d’un édifice solide. Nos mains se sont endurcies de cales tandis que nos coeurs sont devenus plus tendres. En arrivant à Rome, nous voyions tous devant nous la dernière ligne droite vers le sacerdoce. Avec un désir et une anticipation renouvelés, nous avons fait un sprint vers le but. Trois ans après, les frères plus âgés que moi avaient fini leurs études de théologie et en juin dernier, ils ont été ordonnés diacres. Maintenant ils sont à Rome pour devenir prêtres. Qui sait ce que le Seigneur a en vue pour eux ? Qui sait quelles missions prodigieuses Dieu leur confiera ? Tout que je sais c’est qu’après douze ou quinze années de fidélité testée et prouvée, je leur fais confiance et je pense qu’ils méritent la confiance de tous ceux avec qui ils travailleront. S’ils ont fait tant de chemin avant le sacerdoce, pendant leur sacerdoce ils iront encore plus loin.

Les nouveaux prêtres pour l’Eglise
Comme c’est beau qu’ils soient ordonnés la veille de Noël. Notre fondateur a toujours voulu que les ordinations sacerdotales se passent justement la veille de Noël afin de souligner la relation intime entre le sacerdoce et l’Incarnation. Tout comme le Christ naît à nouveau chaque Noël, ainsi le prêtre naît à nouveau comme réflexion, prolongation et incarnation dans le temps du sacerdoce unique du Christ. Nous célébrons alors deux incarnations, celle du Dieu-fait-homme et celle de l’homme-fait-prêtre. Le prêtre partage la mission du Christ d’apporter la grâce de Dieu aux âmes innombrables. Le Christ se rend présent par le prêtre. Comme le Seigneur entrelace intimement sa mission de rédemption avec le libre choix et le don total de l’homme ! Combien Dieu veut que nous participions à son plan de salut !