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Lettres de notre fondateur

La Charité Evangélique

Que ton Règne vienne !

Rome, 22 Octobre 1993

Très estimés en Jésus-Christ :

J’adresse à tous et à chacun d’entre vous, dispersés dans les différents pays du monde, un salut cordial et chaleureux.

On a déjà beaucoup dit et écrit au sujet de l’emblématique disparition du mur de Berlin. Au cours des quatre dernières années nous avons observé avec étonnement la plus vertigineuse transformation d’un ensemble de pays vivant sous l’oppression d’une idéologie et d’un système profondément inhumain et athée. Soudain, et de façon surprenante, nous nous sommes trouvés face à un monde libéré de l’angoissante tension entre deux blocs antagonistes. La réaction initiale de beaucoup fut une euphorie délirante. Il semblait qu’avec la mort du communisme, le monde allait enfin s’engager sur les chemins de la paix, d’un incontestable bien-être, d’une authentique liberté, de la démocratie, du progrès.

Après quatre ans les faits semblent démentir les attentes d’un optimisme si exagéré. Les peuples de l’ex-empire communiste continuent à chercher avec avidité le chemin d’une nouvelle identité. En différentes régions, des guerres horribles et terriblement irrationnelles ont éclaté , entraînant un grand nombre de morts, de dévastations, de haines et de persécution raciste. Le présent est plein de confusion et l’avenir apparaît incertain.

Dans les pays dit du tiers monde, des milliers de gens continuent à mourir dans la misère sans aucun signe pour justifier une quelconque espérance.

En occident les anciens défenseurs de cette idéologie marxiste déjà dépassée ont dressé d’autres bannières ; ainsi par exemple, le mythe rouge a laissé place au mythe vert. Par ailleurs, les défenseurs du libéralisme prétendent s’approprier le mérite et le droit de faire campagne dans la société comme de nouveaux messies de l’humanité. Les uns comme les autres, - et c’est le pire - se rejoignent dans une même cause : la lutte commune pour abattre les bastions de la culture occidentale chrétienne. Poussés par des motifs économiques, politiques ou idéologiques douteux, ils cherchent à en finir avec les plus nobles valeurs et idéaux de l’humanisme chrétien. D’où le combat enragé qu’ils livrent contre l’Église catholique. Mais non seulement contre elle : en finir avec la foi dans le Christ, en finir avec Dieu, en finir avec la religion, en finir avec toutes les voies qui conduisent à la transcendance : tel est leur programme.

Le monde s’est libéré de l’athéisme d’état, mais il en a conservé un autre encore pire : l’athéisme du nouveau paganisme. Celui-ci, à la place des grandes valeurs chrétiennes, oppose ses abominables contre-valeurs. La négation de Dieu qui est, paradoxalement mais en conséquence, la plus radicale négation de l’homme. Et ainsi nous voyons progresser jour après jour, appuyées sur une législation inique et arbitraire, qui détruit la droiture de conscience et la dignité fondamentale de l’homme, des choses aussi ignobles que l’avortement, l’euthanasie, le divorce, le « mariage » entre homosexuels, la débauche sexuelle, le racisme, l’intolérance xénophobe, etc., etc.,... Nous assistons à un processus de dégradation, sinon d’autodestruction, de la civilisation occidentale. Peu à peu s’impose ce que le Pape a appelé la culture de la mort.

Devant ce panorama, ici à peine ébauché en quelques-uns de ses traits les plus caractéristiques, mais en réalité extrêmement complexe et alarmant, quelle est la mission historique d’un Mouvement comme le nôtre qui veut maintenir immuable sa loyauté envers les valeurs et les racines essentielles, temporelles et éternelles de l’homme, envers l’Église, envers Jésus-Christ, Seigneur de tous les destins ? Notre mission, comme engagement de tous et de chacun d’entre vous, qui avez choisi librement de militer pour l’instauration du Royaume de Jésus-Christ par la nouvelle évangélisation, est de travailler intensément, sans trêve ni repos, pour aider l’Église à bâtir dans nos sociétés la civilisation de la Justice et de l’amour chrétiens. Voilà notre lutte. C’est le point de convergence de nos désirs et de nos fatigues. C’est le but vers lequel tendent nos aspirations : soutenir et construire un monde nouveau avec les valeurs véritables et immuables de respect de la dignité de l’homme, de la justice et de l’amour.

Nous, comme Mouvement catholique d’apostolat, ne soutenons ni n’avalisons aucun programme politique, sociologique ou économique ; nous ne proposons et ne prêchons aucune idéologie qui ne soit celle du Royaume ; nous ne soutenons aucun groupe, ni parti. Nous cherchons uniquement à ce que les hommes et par conséquent les sociétés - quels que soient leur organisation ou leur régime - trouvent en Jésus-Christ et en son Évangile l’inspiration profonde de toute leur vie. Nous sommes profondément convaincus que la solution définitive aux problèmes de l’humanité ne viendra pas par des changements de structures, même s’ils peuvent convenir et, dans certains cas, être nécessaires. Ce qu’il faut c’est le changement des cœurs. Nous, nous aimons l’humanité. Nous aimons la vie. Nous ne voulons pas que le monde se détruise. Nous croyons en l’Évangile et en sa capacité infinie de transformer l’homme. Nous voulons que les hommes trouvent le chemin du bonheur le plus profond et authentique. Nous voulons promouvoir une nouvelle culture, ouverte aux valeurs transcendantes. Nous travaillons ardemment pour que le Christ soit connu et aimé. Nous sommes engagés dans l’élaboration d’une nouvelle civilisation dont les fondements sont la justice et la charité chrétiennes.

Nous désirons que, dans ce monde si marqué par les égoïsmes iniques, par les violences, par les haines, par les ambitions aveugles et les passions effrénées, les hommes comprennent que leurs souhaits de bonheur ne seront pas comblés par les satisfactions mesquines de cette culture païenne ; le bonheur, ils doivent le chercher en eux-mêmes, dans leur cœur, précisément où prennent appui ces fondements : ces deux solides colonnes que sont la justice et l’amour.

Parce que nous voulons tout cela, chacun d’entre nous est engagé premièrement, à vivre et ensuite, à montrer aux autres en quoi consistent cette justice et cet amour. En les pratiquant et en les enseignant, nous contribuerons efficacement à bâtir peu à peu la nouvelle civilisation, celle du troisième millénaire, promue avec tant d’insistance d’abord par le Pape Paul VI et, aujourd’hui, par le Pape Jean Paul II. Ainsi nous accomplirons la mission que la Providence nous a assignée.

Dans ce contexte, on comprendra plus facilement le sens et la portée des pages qui suivent. Je voudrais vous présenter quelques considérations qui vous indiqueront comment je pense, pour ma part, que les membres du Regnum Christi doivent vivre et diffuser l’amour chrétien, sommet de la sainteté et noyau du message évangélique que nous voulons annoncer au monde.

* * *

Parler de la charité c’est parler du centre, de l’essence, de la suprême perfection de toute la vie chrétienne. Car c’est dans la pratique de la charité fraternelle se concentre tout l’enseignement de Jésus-Christ sur la façon de nous comporter au cours de notre existence terrestre. Les pages les plus sublimes de l’Évangile et de tout le Nouveau Testament sont celles qui nous parlent, d’une part, de l’amour miséricordieux de Dieu le Père envers les hommes et, d’autre part, de l’amour que le Christ nous demande de professer envers Lui et que nous pratiquons les uns envers les autres.

Parler de la charité c’est aussi parler du grand secret avec lequel le christianisme a changé le monde. Ni les Rabbins Juifs les plus clairvoyants, ni les grands penseurs des autres cultures, avant la venue de Jésus-Christ, n’avaient pu soupçonner que l’amour entre les hommes pouvait avoir une telle capacité de transformation du cœur et de la société. Chaque groupe culturel vivait refermé sur sa propre sphère, à l’écart, et fréquemment hostile aux autres groupes. La fameuse loi du talion, « œil pour œil, dent pour dent », bien qu’elle veuille mitiger la justice vengeresse, parle d’elle-même. Mais l’expansion des communautés chrétiennes a montré au monde qu’il est possible d’aimer sans limite de race, de sexe, de culture, de condition sociale. C’est, sans doute, l’un des meilleurs apports du christianisme à l’humanité. C’est la force qui a permis de donner une nouvelle âme, une nouvelle configuration aux peuples qu’il a atteints. C’est cette force qui, aujourd’hui, devant le déclin des valeurs, permettra à l’Église de ressurgir et de rénover l’humanité.

Je vous invite à lire et à méditer ce que l’on appelle le discours d’adieux, prononcé par Jésus-Christ, à la dernière Cène, qui se trouve aux chapitres 13 à 17 de l’Évangile de saint Jean. Vous verrez avec quelle insistance Jésus-Christ revient plusieurs fois sur une exhortation pressante : Il demande à ses disciples de demeurer dans son amour et de s’aimer les uns les autres avec un amour aussi fort et aussi radical que l’amour avec lequel Lui, les a aimés. C’est une exhortation si véhémente que le Christ en arrive à lui donner la valeur, la densité et l’obligation d’un commandement : "Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres ; comme je vous aimés, aimez-vous les uns les autres" (Jn 13, 34).

Jésus-Christ veut que « ce commandement nouveau » constitue comme le signe distinctif de tous ceux qui veulent suivre ses traces, c’est-à-dire de nous tous qui portons le nom de chrétiens : A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples si vous avez de l’amour les uns pour les autres (Jn 13, 35). Il ne s’agit pas d’une recommandation faite uniquement aux apôtres au moment de son dernier départ, quelques heures avant sa mort. Non. C’est le « mot de passe » qu’Il a laissé à toutes les générations de ses disciples à travers le monde et l’histoire.

Ceci est donc le signe, le gage et la preuve de ce que nous sommes des chrétiens authentiques et non des farceurs ni des imposteurs. De cela, nous pouvons déjà tirer une première conclusion : le signe distinctif de l’authentique membre du Regnum Christi ne peut être autre que la charité. Encore mieux, je ne crois pas, moi, qu’il puisse y avoir une véritable sainteté, une véritable piété, une véritable union avec Dieu notre Seigneur, un zèle apostolique ingénieux chez celui qui ne pratique pas la charité. Saint Paul lui-même affirme : Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je ne suis plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit. Quand j’aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j’aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter les montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien (1 Co 13, 1-3). Cette affirmation de saint Paul semble d’une audace sans pareille. Le Christ avait dit que si l’on possédait une vraie foi, même si elle était un peu « comme un grain de moutarde », nous pourrions demander à une montagne de se jeter dans la mer et la montagne obéirait. Saint Paul prend cette phrase du Seigneur et nous apprend maintenant qu’il ne sert à rien d’avoir une foi qui transporte les montagnes si, avec la foi, nous n’avons pas la charité. Ainsi, saint Paul inspiré par l’Esprit Saint, nous fait voir la grandeur et l’importance et l’absolue nécessité de la charité.

Je considère, donc, comme une farce, ou au moins une ingénieuse naïveté, l’attitude des gens qui se sentent très en paix avec Dieu parce qu’ils prient tous les jours et vont à la Messe le dimanche, s’indignent devant les abus de l’administration publique et n’offensent peut-être personne, mais ne bougent pas un petit doigt pour aider leurs semblables dans le domaine spirituel, moral ou matériel ; ils se contentent d’accomplir leurs obligations, mais sont incapables d’un sacrifice ou d’un renoncement en faveur d’un pauvre quelconque. Souvenez-vous toujours : sans charité, il n’y a pas de christianisme authentique.

La charité chrétienne que Jésus-Christ nous demande, ne doit pas être confondue avec une pure philanthropie, ni avec un bon sentiment d’altruisme, encore moins avec l’agréable émotion de « se sentir bien » dans un groupe d’amis. La charité est exigeante. Parce qu’elle ne cherche pas sa propre satisfaction, mais avant tout le bien des autres. Saint Paul nous a laissé tout un programme de vie dans ce passage de la première lettre aux Corinthiens dans lequel il entonne ce qu’on appelle l’hymne à la charité : La charité est longanime ; la charité est serviable ; elle n’est pas envieuse ; la charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas : elle ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal ; elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité. Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. La charité ne passe jamais (1 Co 13, 4-8).

Le Christ, à nouveau dans le discours de la dernière Cène, en arrivera à nous demander une charité si grande que nous devons même être prêts à donner notre vie, pour les autres. Ceci est mon commandement nouveau : Vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés. Nul n’a plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis (Jn 15, 12-13). Comme s’Il nous disait : dans quelques heures vous verrez la preuve de l’amour infini que j’ai pour vous ; voyez, je donne ma vie ; je la donne pour vous. Je veux que vous ayez un amour semblable, comme celui que j’ai pour vous. Aimez-vous jusqu’au point de donner votre vie les uns pour les autres, si nécessaire. C’est beaucoup plus qu’un bon sentiment de bienveillance.

Les membres du Regnum Christi, en raison de leur condition de chrétiens, de disciples du Christ, sont appelés à vivre la charité jusqu’à cet ultime degré. Ce n’est certainement pas facile de trouver une raison humaine valable qui nous pousse à donner notre propre vie pour quelqu’un d’autre. Saint Paul lui-même le reconnaît : A peine, en effet, voudrait-on mourir pour un homme juste ; pour un homme de bien, oui, peut-être osera-t-on mourir (Rm 5, 7). Mais oui la charité chrétienne trouve un motif digne : si le Christ a donné sa vie pour moi, je dois aussi donner la mienne pour Lui, ou au moins, être disposé à mourir pour Lui. Et mourir pour le Christ c’est mourir pour n’importe quel autre de nos semblables puisqu’Il nous a révélé qu’Il s’identifiait à chacun d’entre les hommes. Avec tous. Sans exception : aux personnes qui me sont très chères, et avec celle qui me fait des croche-pieds ; à mon meilleur ami et avec le vendeur ambulant du coin, que je ne connais pas ; aux membres de mon équipe et aux délinquants qui ont volé ma voiture ; avec l’actrice du feuilleton de télévision et avec le clochard qui me demande « la charité » ; avec le plus grand concurrent de mes affaires et avec le fournisseur qui m’a trompé ; avec dentiste qui me soigne et avec la pauvre personne âgée alitée qui meurt à l’hôpital ignorée et abandonnée de tous.

Nous n’avons certainement pas tous les jours l’occasion de donner notre vie pour le Christ en la donnant pour nos semblables. Par contre, tous les jours, à chaque instant, nous avons d’incalculables occasions de servir Jésus-Christ dans la personne de nos prochains, avec lesquels Il a voulu s’identifier. Vous rappelez-vous la description que Lui-même nous a faite du dernier jugement dans l’Évangile de Saint Matthieu ? : Alors le Roi dira à ceux de droite : « Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde. Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir ». Et le Roi leur fera cette réponse : « "En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à Moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 34-36-40).

Quand il vous semble impossible de renoncer à une envie, ou un caprice personnel pour faire plaisir à quelqu’un, ou quand vous croyez ne pas avoir le temps pour rendre un petit ou un grand service, ou quand vous avez une antipathie insurmontable pour un voisin ou pour une connaissance, agissez avec foi et pensez : « je veux aimer et servir Jésus-Christ, présent dans cette personne ». Si vous aimez vraiment Jésus-Christ, il n’y aura pas de difficultés invincibles.

La charité envers le prochain est la grande preuve de ce que nous aimons en vérité le Christ et Dieu. Toutes les autres « démonstrations » que nous voulons donner à Dieu de notre amour, sont des preuves vides, si nous ne pratiquons pas la charité. Celui qui dit aimer Dieu qu’il ne voit pas, mais n’aime pas son frère qu’il voit, est un menteur... (cf. 1 Jn 4, 20-21).

L’exemple de Jésus-Christ Lui-même doit vous servir de stimulation et d’inspiration. Avant tout, le fait même que Lui, étant Dieu, a voulu se faire homme, et après s’être fait homme, a voulu mourir sur la croix pour nous racheter, est la plus grande preuve de l’amour le plus grand qui ait existé sur la terre : Il m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi (Ga 2, 20). Mais en plus sa vie entière ne fut qu’une oblation continuelle pour servir les hommes. Lui-même le dit expressément : Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude (Mt 20, 28). En effet, nous le voyons dans l’Évangile totalement consacré aux autres, sans s’attarder un seul instant à chercher sa propre complaisance ou son confort personnel. Il est toujours en train de prêcher, de guérir, de faire des miracles, écoutant les gens, répondant à leur demande. Parfois même « Il n’avait pas le temps de manger » (cf. Mc 6, 31) ; mais si c’était la foule qui manquait de pain, alors Il se préoccupait de leur en donner, et en abondance (cf. Jn 6, 1-13). Il invitait ses disciples à se reposer après des journées exténuantes ; Lui, par contre, passait de longues nuits en prière (cf. Lc 6, 12). Devant toute personne qui souffre, il éprouve une profonde compassion et fait tout ce qui est possible pour faire cesser la douleur de cette personne, fréquemment même, recourant à sa capacité de faire des miracles.

Pour nous donner l’exemple, juste avant le dernier repas du Jeudi Saint, il fait un geste de profonde humilité : Il lave les pieds de ses apôtres, y compris de Judas, quelques heures à peine avant la trahison. A la fin Il leur dit : Si moi, le Maître et Seigneur, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Je vous ai donné l’exemple pour que vous fassiez vous, comme moi j’ai fait avec vous. (Jn 13, 14-15).

Il n’est pas facile de vivre la charité en se donnant ainsi, mais vous, membres du Regnum Christi, vous devez être motivés par la foi qui vous fait découvrir le Christ dans vos semblables, Lui dont vous avez promis de suivre l’exemple et pour le Règne de qui vous vous êtes engagés à lutter et à travailler.

Il y a un aspect de la charité chrétienne que le Christ a voulu souligner avec insistance particulière ; je me réfère à l’exhortation dans laquelle il nous demande de pardonner et d’aimer même nos ennemis. Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Et si vous réservez vos saluts à vos frères, que faites-vous d’extraordinaire, les païens n’en font-ils pas autant ? (Mt 5, 46-47). Quel fin connaisseur du cœur humain ! Lui, connaissait bien notre tendance à garder rancœur, à avoir des ressentiments, de la haine, de l’aversion, du mépris, du dégoût... Il connaissait bien, Lui, les dimensions de notre amour-propre et la capacité de revanche et de vengeance que nous pouvons avoir. L’amour qu’Il demande à ceux qui le suivent est bien au-dessus de nos divisions maladroites et égoïstes. Nous devons aimer avec l’amour même dont Il nous a aimés, avec cet amour qui pardonne nos fautes, cet amour qui est capable de pardonner à ses bourreaux au moment même où ils Le crucifient : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ». (Lc 23, 34).

Le pardon sincère, celui qui vient de notre cœur, qui n’est pas un simple silence résigné, nous fait ressembler à Dieu Lui-même en un de ses traits les plus aimables et grandioses : la miséricorde ; Vous, disait Jésus-Christ, soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux (Lc 6, 36). C’est en pardonnant à ceux qui nous offensent, que nous obtenons le pardon de Dieu : Pardonne-nous nos offenses comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, récitons-nous dans le Notre Père, comme Jésus nous l’a appris.

Parce qu’Il veut que nous apprenions à pardonner comme Lui nous pardonne, Il nous demande de tout pardonner et de pardonner toujours. Rappelez-vous la parabole du débiteur impitoyable : le roi lui a remis par compassion une dette énorme, mais lui n’a pas su remettre à l’un de ses semblables une dette dérisoire ; ainsi, il a mérité un cruel châtiment du roi. La morale de cette parabole : C’est ainsi que vous traitera mon Père céleste, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur (Mt 18, 35). Quand Pierre a demandé au Seigneur combien de fois il devait pardonner à son prochain, le Christ lui répond : Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois (Mt 18, 22) voulant ainsi dire qu’il ne doit exister aucune limite au pardon. Aimer et pardonner à ceux qui nous font du tort, c’est la couronne de la charité.

* * *

Jusqu’ici, j’ai essayé d’ébaucher sommairement les principaux enseignements que le Christ nous a laissés dans l’Évangile à propos de la charité. Mais connaître et comprendre cet enseignement n’est pas réellement difficile. L’important est de le mettre en pratique et de le traduire dans la vie ordinaire de tous les jours. Il n’y a que les faits qui comptent. Comment un membre du Regnum Christi vit-il la charité ? Que fait-il concrètement pour que sa charité se vive en actes, et non pas seulement en pensées ou en bonnes intentions ?

La charité doit être d’abord une attitude fondamentale qui donne un sens et une orientation particulière à toute notre vie, notre relation quotidienne avec les autres dans la vie ordinaire de chaque jour. La charité commence ici, dans la façon de nous comporter avec les autres dans le quotidien, dans la rencontre ordinaire avec les autres. Normalement la pratique de la charité à ce niveau, ne comporte ni gestes spectaculaires, ni exploits héroïques. Bien au contraire, cette vertu se manifeste d’une façon très simple par des gestes apparemment banaux et peu importants, mais nés de la bonté du cœur. Ce sont les petits détails qui rendent moins lourd pour les autres, le poids de la journée : un bonjour aimable et sincère le matin, un sourire qui adoucit une réponse négative, un conseil aimable à un collaborateur sur la façon de réaliser un travail, l’attention patiente et serviable avec quelqu’un de la famille ou un ami souffrant, etc., etc.

Sans doute vous connaissez tous des personnes dont on s’accorde à dire que ce sont « des gens pleins de bonté ». Ils ne semblent pas connaître la malice ; ils sont incapables de refuser une faveur, ils regardent tout avec une regard sain ; ils partagent généreusement leurs affaires ; ils sont constructifs et engendrent l’optimisme. Ils accueillent tout le monde avec un sourire, ils ont toujours le temps d’écouter. Tout le contraire de la personne méchante, malveillante, irascible, vive, rusée ; individu qui semble né pour exaspérer son prochain.

Cette bonne disposition, les uns la possèdent comme une conséquence de leur trait de caractère et de tempérament. D’autres l’acquièrent par la bonne éducation qu’ils reçoivent depuis leur enfance. Mais d’autres, non. Pour beaucoup, la bonté est une conquête ardue et lente. C’est le fruit d’un effort austère quotidien pour renoncer à soi-même, pour grandir humainement, pour ressembler à Jésus-Christ. C’est la conquête de la vertu de charité chrétienne. C’est la conquête primordiale que vous devez poursuivre comme disciples du Christ.

Innombrables sont les manières d’exprimer la charité dans la vie quotidienne, au foyer, à l’école ou au bureau, par exemple : à la maison, savoir se proposer pour aider dans les petites choses à faire, se montrer compréhensif les uns envers les autres ; éviter les discussions animées et dominer sa propre irascibilité, spécialement devant les enfants ou les frères plus jeunes, écouter avec patience et donner un peu de son temps au grand-père ou à la grand-mère qui a dépensé sa vie pour ses enfants et ses petits-enfants ; accepter les autres tels qu’ils sont sans prétendre que tous partagent les mêmes goûts, le même penchant, ou la même opinion. Accepter et se comporter avec respect et gentillesse avec les beaux-parents, beaux-frères, en général avec tous les membres de la belle famille. Éviter toute attitude despotique, de supériorité ou de mépris devant son épouse ou ses enfants. Si, à la maison, il y a des employés, les traiter avec un grand respect, avec déférence, s’intéresser à leur santé, à leur famille, à leur situation : combien de fois un subtil mépris, peu évangélique envers ces personnes d’un autre milieu social, s’introduit dans notre cœur !

En dehors du foyer, essayez également de faire connaissance et de rendre service à vos compagnons d’école, d’université ou au bureau. Je me souviens par exemple du témoignage d’un chef d’entreprise du Regnum Christi (maintenant décédé) qui connaissait personnellement tous les ouvriers de ses entreprises : à l’approche de Noël il rendait visite chez eux à tous ceux qu’il pouvait, leur apportait un cadeau, s’intéressait à leur santé et à leur situation familiale : quand il visitait les usines il s’intéressait d’abord aux personnes, aux ouvriers, avant de s’intéresser au rendement et à la productivité de l’usine. Quand l’un des ouvriers était souffrant, il lui rendait visite et lui donnait les médicaments dont il avait besoin, etc. Fréquemment, il se faisait accompagner par l’un de ses enfants pour commencer à leur apprendre à mettre en pratique la charité et diriger les entreprises avec un authentique sens chrétien.

J’estime que la charité doit intervenir dans de nombreuses situations, là où la simple application de la justice ne suffit pas pour que le comportement soit pleinement chrétien. Pour continuer avec l’exemple des relations dans l’entreprise, un chef d’entreprise devrait tenir compte des situations personnelles et familiales dans lesquelles un employé risque de se trouver lors d’un licenciement, même pour des raisons justifiées, et se poser la question, en toute conscience, de savoir s’il ne peut pas faire quelque chose de plus pour l’aider, même en faisant plus que ce qu’exige la loi.

Un autre aspect très important de notre façon de vivre la charité chrétienne est celui qui caractérise notre relation avec l’Église, ses personnes et ses institutions. Ce serait une très grave erreur de croire que nous vivons l’amour si nous ne le manifestons pas envers l’Église elle-même, comme le moyen institué par Jésus-Christ pour prolonger dans le temps son oeuvre de rédemption et de sanctification de l’humanité.

Aimez l’Église, aimez le Pape, aimez-les avec passion et prenez leur défense avec courage. Ne permettez pas que le Saint Père soit critiqué ou attaqué en votre présence. Sachez, au contraire, apprécier, propager et louer l’énorme effort qu’il fait pour éclairer les hommes par ses enseignements et promouvoir l’action de l’Église et de ses œuvres particulières.

Je voudrais profiter de ce moyen pour adresser à tous les membres du Regnum Christi, ceux d’aujourd’hui et ceux qui viendront, une vigoureuse exhortation, à ne jamais tomber, pour aucun motif et sous aucun prétexte, dans la lâche perfidie de contester, en paroles ou en actions, n’importe quelle personne ou institution de l’Église qui favorise objectivement le bien dans l’obéissance loyale à la hiérarchie constituée. Ceux qui, parmi vous, connaissent l’histoire de la Légion et du Regnum Christi savent très bien le retard et la perte de temps occasionnés par des attaques injustes venant de frères dans la foi. Si j’ai beaucoup souffert de tout ce qu’ils m’ont fait, j’ai plus pleuré de voir la quantité d’énergie et la quantité de temps ont été perdus avec ces méchancetés sans fondement, si indignes d’êtres humains et en contradiction avec l’esprit de l’Évangile.

Dans l’Église, il y a la place pour une infinie variété de charismes. Le Regnum Christi, comme tout autre mouvement d’Église, n’épuise pas, et de beaucoup, la richesse infinie dont le Christ a doté l’Église. Il existe aussi d’autres chemins, d’autres aspirations, d’autres méthodes. Nous les soutiendrons dans la mesure de nos possibilités, tout au moins en les respectant, en les laissant travailler en paix dans la mission qui est la leur. Que jamais aucun membre du Regnum Christi ne se permette un seul mot ou une seule action qui fasse du tort aux autres. Sens de l’Église !

Ce que je dis par rapport à d’autres personnes et organisations nous devons, de façon éminente, l’appliquer dans notre propre Mouvement. Nous sommes un corps. Nous sommes une famille. Nous participons d’un même esprit. Nous cherchons le même but. Avec quelle sollicitude devons-nous nous soucier de servir les membres de notre équipe, de notre propre section, tous les membres du Règne ! Avec quel intérêt devons-nous soutenir et promouvoir les œuvres du Mouvement pour que celui-ci grandisse et accomplisse sa mission ! Promouvoir les écoles du Regnum Christi, ses universités, ses écoles de la foi, leur centre de consultation familiale, etc., est un devoir de charité et l’expression d’un authentique zèle apostolique. A l’intérieur de la section, sachez accueillir avec intérêt et cordialité, les nouveaux membres ; essayez de collaborer et d’appuyer avec magnanimité ceux qui occupent des places de responsabilité et de service ; par conséquent, ne vous laissez jamais envahir par des sentiments d’envie ou de rivalité si vous n’êtes pas appelés à exercer de telles charges ; cela serait signe d’étroitesse d’esprit.

Il y a un aspect de la façon de vivre la charité que je considère extrêmement important, si important qu’il constitue un signe distinctif des membres du Mouvement. C’est « dire du bien », ou la vertu de parler positivement des autres.

Malheureusement, l’homme porte dans sa nature, blessée par le péché, une tendance quasi incontrôlable à penser mal de son prochain, à mal interpréter ses intentions, à découvrir plus facilement ses défauts et ses erreurs au lieu de voir ses qualités et ses talents. Cette tendance est souvent accompagnée de la mauvaise habitude de révéler devant les autres, ces défauts et ces erreurs. Il semble que ce soit comme si on trouvait je ne sais quelle complaisance spéciale à divulguer aux quatre vents, les défauts du prochain. Et on participe avec délectation aux rumeurs diffamatoires, exactement comme l’image, qu’une certaine littérature nous a présentée, d’un petit groupe de dames inoccupées qui se réunissent l’après-midi pour échanger les nouveaux potins. C’est pour cela que l’apôtre Saint Jacques nous dit dans sa lettre : Si quelqu’un ne commet pas d’écart de paroles, c’est un homme parfait (Jc 3, 1).

Je dis que c’est une habitude diabolique, parce qu’il s’agit d’un péché très grave contre la charité, car la médisance détruit la renommée, l’estime, le prestige auxquels toute personne a droit.

Le médisant n’est pas seulement un pervers détracteur de la doctrine chrétienne ; il se disqualifie lui-même en tant qu’être humain, car il n’atteint même pas un minimum de dignité pour respecter l’autre dans ce qu’il est. Il s’érige en juge et censeur hypocritement, se sentant capable de lancer la première pierre.

Pour un motif mystérieux, Dieu notre Seigneur a permis que plusieurs fois dans ma vie je doive accepter l’amère expérience de voir mon nom piétiné, injurié, calomnié ; je sais par expérience ce que c’est que se présenter devant une personnalité et être reçu comme un malfaiteur à cause des médisances ; je connais la souffrance de passer dans la rue et d’être montré du doigt, de sentir que les gens vous fuient et voir ceux qui se disaient être des amis vous tourner le dos et sembler ne pas vous avoir vu.

Étrangement nous n’avons pas l’habitude de donner à ce péché toute l’importance et la gravité qu’il a objectivement, comme s’il s’agissait de quelque chose de peu d’importance. Mais rappelez-vous les mots très durs de Jésus-Christ : « Supposez un arbre bon : son fruit sera bon ; supposez un arbre gâté : son fruit sera gâté. Car c’est au fruit qu’on reconnaît l’arbre. Engeance de vipères, comment pourriez-vous tenir un bon langage, alors que vous êtes mauvais ? Car c’est du trop plein du cœur que parle la bouche. L’homme bon, de son bon trésor tire de bonnes choses ; et l’homme mauvais, de son mauvais trésor en tire de mauvaises. Or je vous le dis, de toute parole sans fondement que les hommes auront proférée, ils rendront compte au jour du Jugement. Car c’est d’après tes paroles que tu seras justifié et c’est d’après tes paroles que tu seras condamné » (Mt 12, 33-37).

Les membres du Mouvement doivent absolument écarter, sans hésitations ni murmures, toute ombre de médisance. Ils ne doivent jamais se permettre de divulguer ou de commenter les défauts du prochain. Ils doivent effacer complètement de leur vie toute médisance, diffamation ou calomnie. Sachez que celui qui passe son temps à déshonorer son prochain n’a pas de place dans notre Mouvement, parce qu’on ne peut pas rendre compatible d’un côté la destruction de l’essence du christianisme et de l’autre un pseudo engagement de militer pour le Règne du Christ. Ne jamais participer aux cancans. A chaque fois que quelqu’un veut dire du mal, prenez les devants et dites du bien, soyez le défenseur de la personne diffamée, et, si nécessaire, faites savoir énergiquement à celui qui essaye de diffamer, qu’en votre présence vous ne le permettez jamais. Pas même en plaisantant.

L’attitude d’un membre du Regnum Christi doit être le contraire. Précisément, vous devez faire l’effort de cultiver la vertu de « dire du bien » en parlant bien des autres, en faisant ressortir leurs qualités, leurs succès et leurs réussites.

Ayez l’habitude de la bénignité. Si la bouche parle de l’abondance du cœur, remplissez votre cœur et votre esprit de bonnes pensées. Soyez éminemment constructifs dans toutes vos conversations. Chaque fois que vous vous approchez du sacrement de la confession, en faisant votre examen de conscience regardez dans le détail si vous n’avez pas eu la disgrâce de tomber dans ce péché. Si, par faiblesse, vous vous trouvez coupable, ayez le courage d’offrir une juste réparation et demandez au Seigneur la grâce de ne jamais permettre que vous retombiez dans ce même péché.

Ayez l’habitude de voir toujours le côté positif des personnes. Même si l’évidence vous montre telle ou telle personne sujette à de graves déficiences, demandez-vous : et derrière ce que je vois, quelles sont les vertus et qualités que cette personne cache ?

Sachez excuser les actes d’autrui, essayez au moins, de respecter leurs intentions. Je ne veux pas dire ici, que nous pouvons accepter le mal, tout simplement, en faisant semblant de ne pas nous en rendre compte. Je veux dire par là que nous devons faire la différence entre le péché et le pécheur, à l’exemple de Jésus-Christ. Nous devons savoir passer au-dessus du mal pour accueillir l’homme. Nous emploierons toute notre énergie pour combattre le péché dans le monde, mais pas le pécheur. Au contraire, celui-ci, nous devons le racheter et le sauver.

Parfois, vous rencontrerez des personnes ou des institutions qui, d’une façon ou d’une autre, se liguent contre l’Église ; par exemple, à l’intérieur même de l’Église, il y a des groupes qui veulent semer la confusion doctrinale et ébranler la foi et l’affection des gens pour le Pape. Dans ce cas, le devoir qui s’impose est, d’un côté nous abstenir de juger et de condamner les personnes, mais d’un autre côté, nous devons démasquer leur stratagème pour éviter qu’ils ne fassent du tort à nos frères dans la foi. Nous respectons le pécheur mais nous résistons énergiquement devant son péché par amour de l’Église et par fidélité à notre engagement chrétien.

Il existe un autre domaine très vaste où vous avez tous la possibilité d’exercer la vertu de la charité chrétienne, au delà de l’espace habituel où se déroule votre existence. C’est l’immense domaine qui a donné tant de gloire à l’Église à travers les siècles, grâce à des milliers et des milliers de ses enfants qui se sont donnés à cette forme de charité. C’est le domaine de l’aide aux personnes les plus démunies de la société ; je dis plus démunies dans le sens le plus large du terme, pas uniquement dans le sens économique.

Depuis toujours l’Église a poussé les chrétiens à la pratique de ce que l’on appelle des œuvres de miséricorde, le nouveau Catéchisme de l’Église Catholique l’explique par ces mots :

Les œuvres de miséricorde sont des actions charitables par lesquelles nous aidons notre prochain dans ses besoins corporels et spirituels (cf Is 58, 6-7 ; He 13, 3). Instruire, conseiller, consoler, réconforter, sont des œuvres de miséricorde spirituelles, tout comme le sont aussi pardonner et souffrir avec patience. Les œuvres de miséricorde corporelle consistent spécialement à donner à manger à celui qui a faim, donner un abri à celui qui n’en a pas, vêtir celui qui est nu, visiter les malades et les prisonniers, enterrer les morts (cf. Mt 25, 31-46). Parmi ces œuvres, faire l’aumône aux pauvres (cf. Tb 4, 5-11 ; Si 17, 22) est un des principaux témoignages de la charité fraternelle ; c’est aussi une forme de justice qui plaît à Dieu (cf. Mt 6, 2-4) (n. 2447).

J’aimerais vous lancer l’invitation pressante à prendre l’habitude, dans votre plan de vie, de consacrer une partie de votre temps et de vos biens à pratiquer les œuvres de miséricorde. Cela a été une part constitutive de la vie de toutes les générations de chrétiens depuis la fondation même de notre religion. Nous trouvons un exemple très significatif dans les Actes des Apôtres et dans les lettres de saint Paul : Il y eut, dans ces années là, une sécheresse et une famine dans toute la Palestine ; voyant cela, les chrétiens qui vivaient hors de la Palestine, ont organisé, sous la direction de saint Paul, une grande collecte pour secourir les chrétiens de Jérusalem (cf. Ac 11, 27-30 ; Rm 15, 26-28 ; 1 Co 16, 1-4 ; 2 Co 8, 8-9). C’est à vous, membres du Regnum Christi, qu’il revient de continuer cette chaîne ininterrompue, montrant au monde l’une des plus belles facettes du christianisme et de l’Église.

Je voudrais lancer encore plus loin mon invitation. Que ce souci d’aider ceux qui souffrent de n’importe quel genre de disgrâce, ne se réduise pas seulement à quelques gestes isolés réalisés à titre personnel : donner une aumône à un pauvre, donner des vêtements aux enfants d’un orphelinat, faire un geste pour un dispensaire, etc. Nous devons travailler pour que tout notre entourage partage cette aspiration et pour que se forme une véritable culture de solidarité à laquelle participent, non seulement les individus, mais aussi les institutions, qu’elles soient publiques ou qu’elles soient privées. Il est regrettable de voir que la loi qui semble inspirer la direction et la gestion des entreprises, des organisations, des bureaux soient celle d’un égoïsme sauvage, où le seul intérêt est celui de la suprématie de son entreprise personnelle, même au prix ces mauvais coups, accomplis dans le cadre d’une stricte légalité. Vous, par votre témoignage et en utilisant la capacité de décision dont vous disposez dans les entreprises, travaillez pour humaniser et christianiser ces institutions, en y faisant prévaloir le souci de servir les hommes, et spécialement des plus démunis.

Aux pères et mères de famille du Regnum Christi, je demande spécialement de savoir éduquer leurs enfants dans cet esprit ; apprenez-leur à être sensibles devant les misères dont souffrent de très nombreux êtres humains ; apprenez-leur surtout, dès leur plus jeune âge, à compatir et se sacrifier en donnant ce qu’ils ont pour soulager, selon leur possibilité, les peines des gens qui souffrent. Vous ne pouvez pas savoir à quel point le témoignage de ma mère m’a aidé depuis mon enfance. Je la voyais quotidiennement, tantôt donner à manger aux pauvres, tantôt leur donner des vêtements, un autre jour aller visiter et soigner les malades, spécialement les lépreux ; en d’autres occasions, aidant les voisins du village à bien mourir. Tout cela contribua à forger dans le cœur de mes frères et dans le mien, une sensibilité particulière aux plus démunis.

Se donner aux œuvres de miséricorde est toujours à la portée de tous, puisque, toujours, nous avons ici, tout près de nous, des pauvres, des malades, des illettrés. Cependant, vous pouvez trouver dans le Mouvement diverses œuvres destinées à cela, et auxquelles vous pouvez collaborer et donner de votre temps ou une aide matérielle. Vous avez, pour ne mentionner qu’un exemple, la chaîne Mano Amiga.

Après la pratique des œuvres de miséricorde, vous avez aussi une autre façon de témoigner dans le monde de la vraie charité chrétienne : le pardon des offenses. Dans les pages précédentes, quand j’ai exposé l’enseignement de Jésus-Christ sur la charité, j’ai mentionné ce qu’Il nous a dit sur le pardon. Je voudrais vous montrer comment le mettre en pratique dans votre vie.

Il est certain que le pardon est la couronne de l’amour. Il faut un très grand amour, parfois héroïque, pour arriver à faire taire les gémissements de notre propre orgueil blessé et bannir tout ressentiment et désir de vengeance quand quelqu’un nous a offensé, nous a humilié, ou nous a blessé. Instinctivement notre réaction est d’appliquer sans indulgence la loi du talion : Œil pour œil, dent pour dent ; pas moins, et si on peut, surtout quand, de façon certaine, nous nous savons victimes de l’envie ou de l’injustice, quand quelqu’un, sciemment et de façon délibérée, a voulu nous nuire, quand on nous met des bâtons dans les roues, quand, sans aucun motif raisonnable, on détruit nos biens ou, encore pire, on attaque physiquement ou moralement ceux que nous aimons. Qu’il est difficile d’oublier, de ne pas haïr, de pardonner ! Cependant le message de Jésus-Christ dans l’Évangile est inscrit clairement : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui persécutent afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes (Mt 5, 44-45).

Serait-il possible, alors, que le chrétien ne soit appelé qu’à échouer ? Y a-t-il, par hasard, une loi inexorable pour que ce soit les méchants, les profiteurs, les canailles, les inconséquents, les injustes, les délinquants, les « sans pitié » qui aient toujours le dessus ? Absolument pas. C’est à l’autorité civile d’imposer l’ordre et la justice. Quant à nous, la loi que nous devons faire triompher, c’est la loi du pardon et de l’amour. La haine et la vengeance n’engendrent que la haine et la vengeance. Le sang engendre le sang. Et l’amour engendre l’amour. L’histoire du christianisme est, par elle-même, éloquente. Humainement, il n’y avait pas d’espérance de salut pour les premières générations de chrétiens. La logique était que la nouvelle religion se soit éteinte dans les colisées ou sur les gibets de l’empire romain. Mais elle n’a pas seulement survécu. Le témoignage héroïque d’amour et de pardon que nous ont laissé les défenseurs de la foi s’est dressé comme un étendard, comme un signe de l’authenticité et de l’origine divine du christianisme. Alors ce fut le miracle : l’empire s’est converti. Un nouveau style de vie et de fraternité, jusque là ignoré, a brillé dans l’humanité. Une nouvelle culture est née ; une nouvelle civilisation.

Voulez-vous être les nouveaux « champions » de la foi ? Voulez-vous être les nouveaux témoins de l’amour ? Voulez-vous être les bâtisseurs au seuil du XXIe siècle, de la nouvelle civilisation de la justice et de la charité chrétiennes ? Vous n’aurez probablement pas à donner un témoignage sanglant de votre foi. Mais toutes les fois que vous serez victimes du mépris, de l’injustice, de la violence, sachez donner courageusement la seule réponse valable que le Christ attend de ses disciples : le pardon sincère par amour. Ne permettez jamais que le mépris ou le dédain se niche dans votre cœur. Il est très triste de voir, par exemple, des familles atrocement désunies par des conflits entre frères ou avec la famille par alliance, à cause d’un litige ou de rancœurs égoïstes, conséquence fréquente de problèmes d’héritage ou autres ambitions économiques. Ne tombez pas dans l’erreur de sacrifier la charité ou l’union familiale au nom d’un bénéfice matériel : si un autre commet un abus de pouvoir face à ton argent ou à ton honneur, toi, dans le cadre de ce que dicte la prudence surnaturelle, sois magnanime et réponds chrétiennement.

Répondre par le pardon et l’amour ne veut pas dire que vous ne devez pas vous engager à rechercher la justice et la paix. Cela ne veut pas dire non plus que vous devrez rester inertes, les bras croisés et la tête basse devant les atrocités et les méchancetés commises quotidiennement mais qui restent souvent impunies. Jésus-Christ recommandait à ses apôtres : Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu de loups ; montrez-vous, donc, malins comme les serpents et candides comme les colombes (Mt 10, 16). Je veux beaucoup plus faire allusion à l’attitude intime du cœur devant les outrages reçus : sachez pardonner sans chercher la vengeance, sans avoir de rancune. Et quand ce sera nécessaire, soyez prêts à l’héroïsme, comme l’a fait le Pape lorsqu’il a rendu visite en prison et a pardonné à l’homme qui avait attenté à sa vie.

Je crois qu’il est important de vous faire comprendre ici que le pardon sincère est parfois accompagné de sentiments et de mouvements passionnels qui ne correspondent pas à l’attitude de pardon. La sensibilité humaine est ainsi faite : on marche souvent sur un chemin différent de celui de la volonté. Les sentiments sont aveugles, et c’est pourquoi nous pouvons parfois encore nous sentir contrariés quand nous rencontrons, ou nous nous souvenons de quelqu’un qui nous a fait du mal : nous lui avions pardonné avec notre volonté : nous ne cherchons pas la vengeance, nous ne souhaitons aucun mal, nous nous efforçons vraiment à penser et à ressentir du bien d’elle, et à lui faire du bien, et pourtant nous ne pouvons pas éviter que sa seule pensée, nous « fasse bouillir le sang », comme on dit. C’est normal ; l’important est que le pardon naisse du plus profond de l’âme.

C’est quelque chose qui se cultive jour après jour, avec l’aide de la grâce de Dieu, profitant des petites et des grandes occasions que nous offre la coexistence quotidienne en famille, à l’école, à l’université, au bureau. Avec la simplicité de la colombe, sachez passer par dessus les petits accrochages, les petites choses, les petites incompréhensions qui entachent vos journées. Soyez magnanimes. Soyez indulgents. Le contraire est le propre d’esprits étroits, aussi mesquins que ceux qui se croient justifiés par l’attitude du : « je pardonne mais je n’oublie pas ». Sachez aussi demander pardon quand, par inadvertance ou par faiblesse, vous contrariez ou vous offensez quelqu’un.

Dans la recherche d’une nouvelle civilisation dans laquelle l’amour serait l’un des piliers principaux, les membres du Regnum Christi doivent donner le témoignage tout à fait spécial d’une dimension de l’amour qui, aujourd’hui, est systématiquement contredite, y compris par des programmes nationaux et internationaux, soutenus et promus par les plus hauts dirigeants : l’ouverture à la vie.

Je ne sais pas si vous vous rendez compte du grand mal qu’a fait à la famille, la grande campagne mondiale qui prétend diminuer, de façon sévère, la croissance démographique par tous les moyens possibles, sans en exclure les plus indignes et arbitraires tels que l’avortement et la stérilisation. Avec les mensonges et la désinformation certains groupes, poussés par de troubles intérêts - aussi mesquins que de ne pas vouloir partager les ressources naturelles avec les populations en développement -, ont tiré un faux signal d’alarme, présentant un futur apocalyptique dans l’hypothèse, pour eux abominable, d’une humanité continuant à croître à son rythme naturel. Des études très sérieuses, démontrant ou, pour le moins, relativisant les peurs et les préventions contre ce qui est appelé l’explosion démographique, n’ont servi à rien. Quelle est la brillante solution qu’ils proposent et imposent abusivement ? Diminuer les naissances. De là, le commerce très rentable des artifices mécaniques ou biochimiques et autres techniques anticonceptionnelles ou abortives. Inutile de dire que, parallèlement, cette industrie a aussi favorisé « la libération sexuelle », avec les manifestations aberrantes que nous connaissons ; je ne fais que mentionner ce point, sans m’y arrêter maintenant puisque cela me conduirait hors de notre sujet.

La campagne antidémographique a déjà pleinement atteint ses objectifs dans les pays industrialisés et économiquement développés. Pratiquement dans tous ces pays, on est arrivé à imposer des lois permettant, de près ou de loin, la pratique légale de l’avortement. Avec ce moyen, et bien d’autres non moins répréhensibles, on est arrivé à abaisser le taux de croissance démographique pratiquement à zéro, et même, dans quelques pays, au-dessous de zéro.

Indépendamment des conséquences sociologiques, économiques et politiques inévitables que ce phénomène provoquera dans quelques années, ce qui m’intéresse de souligner ici, est une mentalité « anti-vie » qui est parvenue à s’installer dans les sociétés « avancées », et qui lamentablement, est en train de s’étendre à d’autres cultures, comme, par exemple, le continent latino-américain.

Chers membres du Regnum Christi, l’amour chrétien est essentiellement une participation de l’amour de Dieu : de cet amour qui est à l’origine de la création du monde, de cet amour qui a créé l’homme « à l’image et à la ressemblance de Dieu », de cet amour qui se diffuse, qui cherche à se communiquer, qui veut donner la vie. C’est pour cela que, dans un foyer chrétien, on ne peut pas accepter cette mentalité qui se ferme à la vie. Bien sûr, il est inacceptable d’avoir recours à des moyens moralement illicites pour éviter de nouvelles naissances. Bien sûr, - et ceci, bien que ce soit évident, il faut l’affirmer avec la plus grande énergie - avoir recours à ce moyen si exécrable qu’est l’avortement est absolument exclu. Mais il faut aller encore plus loin et dire que dans un foyer chrétien, il ne faut pas limiter le nombre d’enfants pour des raisons purement égoïstes et arbitraires.

Il est évident que ce que je dis n’implique en aucune manière qu’il n’y ait pas le très grave devoir d’exercer la paternité de façon éminemment responsable. Ceci est, pour moi, chose acquise. Je fais allusion à cette mentalité gratuitement acceptée, que la progéniture d’une famille ne doit pas dépasser un ou deux enfants, même quand les moyens de la famille peuvent en accueillir trois ou quatre, ou plus. Pourquoi priver des biens de la vie, et surtout du bien de la vie éternelle, d’autres que vous pourriez appeler à l’existence ? Évidemment, on ne peut pas faire appel au « droit » supposé d’un enfant non encore engendré, puisque seul, celui qui existe, a des droits. Mais la logique de l’amour dépasse la logique étroite du légalisme qui fonde tout sur les devoirs et les droits. L’homme, avec tout l’univers à son service, n’avait aucun « droit » à exister : mais l’amour de Dieu était tel qu’il a voulu l’appeler à exister pour avoir quelqu’un avec qui partager sa vie et son bonheur. C’est cela la logique de l’amour. Et par conséquent c’est aussi celle de l’amour conjugal.

Les groupes partisans de la mentalité anti-vie (de la culture de la mort, comme dit le Pape), cohérents avec leur programme, ont ouvert, depuis plusieurs années, un nouveau front de bataille. En premier lieu, il fallait en finir avec la vie au moment de la conception. Maintenant, ils cherchent à en finir avec la vie à son étape finale. Ils trouvent des excuses telles que : éviter la souffrance au malade qui se trouve en phase terminale, lui épargner une vie qui est devenue inhumaine, l’aider à mourir avec dignité, etc., etc. Leur objectif est d’arriver, sous la protection de la loi, à pratiquer impunément une forme d’homicide que, par euphémisme, on nomme « euthanasie », « mort douce ». Avec des programmes de désinformation très bien orchestrés, ils obtiennent peu à peu le consentement et l’approbation des gens. Si les hommes droits, en commençant par les chrétiens, avec un minimum de sens d’humanité, ne bougent pas pour mettre énergiquement un frein à cette campagne, il faudra s’attendre à ce que, sous peu, diverses législations donnent le feu vert à cette pratique monstrueuse. Naturellement nous verrons les pays développés défiler en tête, et les autres suivront.

Le Saint Père n’arrête pas de dénoncer cette campagne. Dans sa rencontre avec les jeunes à Denver, en août 1993, il parlait ainsi à la jeunesse : Nous assistons aussi à la diffusion « d’une mentalité de lutte contre la vie », une attitude d’hostilité envers la vie dans le sein maternel et envers la vie dans ses phases ultimes. Précisément au moment où la science et la médecine ont atteint une plus grande capacité pour veiller sur la santé et la vie, les menaces contre la vie se font plus insidieuses. L’avortement et l’euthanasie - réel assassinat d’un véritable être humain - sont revendiqués comme des droits et des solutions aux problèmes : problèmes individuels ou problèmes de société. La tuerie des innocents n’en est pas moins un péché et un acte destructif, quoique réalisée d’une façon légale et scientifique (Conférence au Cherry Creeks State Park, le 14 août 1993).

Vous, membres du Regnum Christi, rappelez-vous que si vous voulez être cohérents avec votre condition de chrétiens, vous devez vous engager sérieusement et activement à la construction et la diffusion d’une culture de vie, dans laquelle l’être humain retrouve la dignité et l’intangibilité que lui confère sa condition de fils de Dieu, et dans laquelle donc, les législations civiles respectent et défendent la vie humaine.

Les différentes façons d’exprimer et de vivre la charité chrétienne que j’ai mentionnées jusqu’à maintenant, ont un dénominateur commun : chercher non seulement à ne pas faire de mal aux autres, mais avant tout, à leur faire du bien. Il y a une manifestation de la charité qui va encore plus loin. On ne se contente pas uniquement de faire le bien mais, en plus, on cherche à aider les autres à devenir meilleurs. Ceci est le plus grand bien que nous pouvons leur offrir : aider notre prochain à se dépasser dans tous les aspects de sa personnalité, mais plus précisément dans son aspect moral et religieux. L’amour est ainsi ; il ne tolère pas que la personne que nous aimons soit une personne diminuée : on cherchera coûte que coûte à l’aider pour qu’elle soit chaque jour meilleure, plus complète, plus intègre. C’est à cela que la charité chrétienne doit nous conduire, dans nos relations avec les autres.

Ceci a d’innombrables applications dans votre vie quotidienne, dans votre propre vie de famille, dans votre cercle d’amis, vos compagnons, avec votre fiancé ou fiancée, et plus spécialement avec les membres de votre équipe du Règne. Essayez toujours de vous stimuler et de vous entraider mutuellement. Il est très encourageant, par exemple, de voir comment dans certaines équipes de jeunes gens (ou aussi dans les équipes de jeunes filles), les membres se proposent spontanément d’organiser ensemble leurs loisirs avec un double but : obtenir une meilleure intégration de l’équipe et s’entraider à éviter de possibles excès à ceux qui se sentent tentés. Je pense que s’entraider ainsi mutuellement est un acte de charité très noble et qui peut parfois avoir le résultat précieux d’éviter de tomber dans le péché.

Une forme très élevée de vivre la charité chrétienne « en rendant les autres meilleurs », consiste à évangéliser et à catéchiser ceux qui n’ont reçu aucune ou très peu d’instruction catholique. Une des déficiences les plus marquées que l’on peut percevoir dans l’Église actuelle, c’est précisément le manque d’instruction appropriée dans la connaissance et la pratique des vérités de notre foi. Les raisons en sont variées et complexes ; mais un facteur qui, sans aucun doute, y a beaucoup contribué, est que durant de nombreuses années, cette instruction était presque exclusivement entre les mains des paroisses, des écoles catholiques et des congrégations religieuses, surtout féminines. Ceci était donc de soi insuffisant. Ensuite est venue la crise des années soixante - soixante-dix, qui atouché tous les secteurs de la société, et s’est répercutée également dans l’Église. A cette période de crise a succédé une très forte diminution des vocations religieuses et sacerdotales, en plus du désordre général : doctrinal, liturgique, disciplinaire, pastoral, et évidemment, catéchétique. La conséquence est visible : des masses de fidèles dépassent difficilement la formation religieuse reçue lors de leur préparation à la première communion. On comprend facilement ainsi pourquoi tant de catholiques succombent au harcèlement des « missionnaires » des milles et une sectes qui ont envahi le monde.

Nous devons nous rendre compte que l’évangélisation et la catéchèse, ne sont pas , ou plutôt, ne doivent pas être le monopole du clergé et des religieux. C’est un devoir qui concerne tous les croyants, à chacun selon l’état de vie auquel Dieu l’a appelé. Il vous revient, donc, d’assumer la part qui vous revient dans cette tâche. La faire sienne et la mener jusqu’à sa réalisation est un acte sublime de charité, de cette charité surnaturelle par laquelle Jésus-Christ, donné à la prédication du Royaume, durant sa vie publique, nous a révélé le visage de son Père.

Je suis étonné d’entendre parfois que des membres de certaines équipes du Mouvement ne trouvent pas « d’engagement apostolique » approprié où ils puissent canaliser leur zèle et leur désir de faire grandir le Royaume. Allez catéchiser. Organisez-vous d’une manière plus efficace. S’il le faut, faites du porte à porte, allez de maison en maison. Vous serez surpris de découvrir avec quel désir vous êtes attendus.

A ce propos, j’invite les jeunes du Regnum Christi à participer aux journées missionnaires que le Mouvement organise chaque été dans divers pays du monde. Celles-ci feront un grand bien à beaucoup de gens, et vous serez vous-mêmes profondément enrichis.

Sans aucun doute, il existe beaucoup d’autres façons de pratiquer la charité chrétienne. Mais je veux n’en mentionner qu’une seule, qui n’est ni visible ni ostentatoire, mais assurément féconde : la prière pour les autres. En cela, Jésus-Christ nous en a montré l’exemple à suivre. Nous en avons un témoignage des plus clairs dans le discours de la Dernière Cène que j’ai mentionné au début de cette lettre. Dans le chapitre 17 de son Évangile, saint Jean reproduit une belle prière que Jésus-Christ a fait monter vers Dieu, pour ses apôtres, et pour tous ceux qui, dans les siècles suivants, devions former les rangs de ses disciples : « Père Saint, garde-les dans ton nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous (...) Je leur ai donné ta Parole, et le monde les a pris en haine, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. Je ne te prie pas de les retirer du monde, mais de les garder du Mauvais. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. Sanctifie-les dans la Vérité : Ta Parole est Vérité (...) Je ne prie pas seulement pour eux, mais encore pour ceux qui, par leur parole, croiront en moi, afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’ils soient un en nous, pour que le monde croie que tu m’as envoyé (...) Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ceux-là soient aussi avec moi, pour qu’ils contemplent ma gloire que tu m’as donnée, parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde » (Jn 17, 11. 14-17. 20-21. 24).

Il est facile de deviner qu’avec ces mots ou des mots similaires, Jésus-Christ a prié pour toute l’humanité de nombreuses fois durant sa vie terrestre ; et même maintenant, selon la lettre aux Hébreux, en étant au Ciel, au côté de son Père, « étant toujours vivant pour intercéder en faveur des hommes » (Hb 7, 25).

Plaise à Dieu que vous aussi, à l’exemple de Jésus-Christ, vous sachiez être magnanimes et offrir des prières les uns pour les autres continuellement, pour l’Église, pour le Mouvement, et pour tous les hommes nos frères, en manifestation claire de la charité désintéressée qui habite en vos cœurs.

* * *

Dans l’ambiance appauvrie et dégradée dans laquelle se trouve une grande partie de l’humanité à la fin de ce millénaire, prêcher et pratiquer la charité chrétienne peut paraître étrange. Un geste de bonté ? Un sourire chaleureux, sincère ? Un service désintéressé ? On court le risque de passer pour une personne bizarre. Proposer une culture fondée sur l’amour ? A beaucoup cela leur paraîtra une utopie. A d’autres un idéal sublime, mais irréalisable : un idéalisme sans fondement ; pour d’autres, une folie absurde, manquant d’un réalisme de base absolument nécessaire pour survivre.

C’était probablement l’impression qu’avait les tout premiers auditeurs de la prédication de Jésus-Christ et par la suite celle des apôtres. Et je ne crois pas que le monde romain du premier siècle ait été plus réceptif que notre monde contemporain. Cependant, les chrétiens authentiques de toutes les époques ont su, comme leur Maître, cheminer à contre courant. L’amour facile, l’amour léger, l’amour orgiaque, peuvent être à la mode : ce sont des substituts de l’amour. Mais l’amour que nous demande le Christ, l’amour qui engage, qui exige sacrifice et renoncement, l’amour qui est prêt à offrir sa propre vie, cet amour n’a pas été et ne sera jamais une mode. Heureusement, ce ne sont pas les modes qui élèvent et donnent une dignité à l’humanité ; mais l’histoire et le témoignage de vingt siècles de sainteté héroïque de millions de chrétiens sont là, irréfutables, pour montrer que l’amour est possible, que ce n’est pas une utopie inaccessible, et que ce n’est qu’en lui que les hommes trouveront la tranquillité et la paix.

Chers membres du Regnum Christi, soyez prophètes de l’amour, soyez de valeureux protagonistes de l’amour, soyez apôtres de l’amour. Pour cela, soyez prêts à affronter courageusement les adversaires de l’amour.

Le premier grand adversaire de la charité chrétienne, est celui que chacun porte en lui-même : notre propre égoïsme. N’est-il pas vrai que nos propres passions nous entraînent à chercher en tout, et par dessus tout, notre propre satisfaction, notre confort, nos goûts personnels, nos caprices ? Nous aimons imposer nos concepts, nos idées, nos jugements. Nous voulons apparaître comme les meilleurs. Nous aimons occuper les premières places. Nous essayons de tout accaparer. Nous exigeons avec intransigeance que les autres accomplissent leurs obligations, et nous sommes partialement indulgents avec nos propres fautes. Parfois nous avons la perfidie de bousculer brutalement ceux qui nous gênent, qui nous font concurrence ou qui nous font obstacle. Comme il nous est facile de découvrir et de condamner toute espèce de manque de bon sens dans ceux qui nous entourent ! Cependant, c’est avec beaucoup de difficulté que nous découvrons et admettons que nous aussi nous nous comportons ainsi ! Ou, ce qui est pire, combien de fois finissons-nous par accepter avec complaisance, cette conduite inconvenante, en nous retranchant à l’abri d’un commode, autant qu’irresponsable, « tout le monde est comme ça » !

Mais le véritable chrétien n’est pas ainsi. Il ne l’est pas parce qu’il ne renonce jamais à sa propre dignité. Et parce qu’il sait que c’est une loi évangélique de renoncer à soi-même, de prendre chaque jour sa croix et de suivre les traces de son Seigneur ; non pas par un sot désir d’autodestruction, mais bien au contraire, comme un chemin de sanctification et de perfectionnement humain et spirituel.

Le second adversaire de la charité chrétienne, puissant, subtil et terriblement néfaste est « l’esprit du monde ». Je ne suis pas en train de penser à la tendance si marquée dans notre culture actuelle de chercher avec obsession le plus confortable, le plus facile, le plus plaisant, choses qui se rapportent plus directement à l’égoïsme dont j’ai parlé précédemment. Je parle plutôt de cette façon de penser à l’autre, de le percevoir, d’entrer en relation avec l’autre, qui, dans la pratique, fait des autres de simples objets au service des intérêts personnels. Cela se produit plus particulièrement dans les grandes villes : concurrence acharnée entre institutions et parfois entre personnes, croche-pieds à tout ce qui gêne, intolérance, impatience. Dans le meilleur des cas, les relations « interpersonnelles », se réduisent à des relations bureaucratiques, pragmatiques, purement utilitaires. On se pare d’amabilité pour attirer les clients ; on rend service pour attirer bienveillance et protection ; on flatte le puissant pour obtenir sa protection ; on valorise les autres pour ce qu’ils savent, ce qu’ils sont ou pour ce qu’ils peuvent : en somme, toute relation m’intéresse dans la mesure où elle me « sert » ; le reste des mortels : comme s’ils n’existaient pas. Beaucoup d’hommes traversent la vie comme enfermés dans des scaphandres, et parviennent au terme du chemin sans avoir à peine perçu l’existence de leurs semblables.

Pour vous les gens ne doivent pas être des « choses » « utiles » ou « inutiles ». Ils sont tous fils de Dieu. Ils sont tous des frères avec lesquels Jésus-Christ s’identifie. Sachez les traiter comme tels. Ne permettez pas que l’esprit du monde mine et corrompe en votre cœur, ce lien profond qui relie tous les hommes entre eux.

Le troisième grand adversaire de la charité chrétienne, c’est l’agressivité avec laquelle beaucoup nous reçoivent. Comme je l’ai déjà mentionné, votre réponse ne doit pas être la vengeance, mais le pardon. En se rappelant que le mal se combat par le bien, selon le très sage enseignement de saint Paul : Bénissez ceux qui vous persécutent ; ne maudissez pas (...) ; pleins d’une égale complaisance pour tous (...) ; sans rendre à personne le mal pour le mal, ayant à cœur ce qui est bien devant tous les hommes, en paix avec tous si possible, autant qu’il dépend de vous, sans vous faire justice à vous-mêmes. Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien. (Rm 12, 14. 16. 17-19. 21).

* * *

Chers membres du Regnum Christi, peut-être que plusieurs d’entre vous pourront éprouver un sentiment de fascination et à la fois une sensation d’impuissance devant le sublime et vaste programme que nous propose la charité chrétienne. C’est compréhensible. En vérité, la bonne volonté et les seules forces humaines ne suffisent pas pour l’accomplir. C’est une tâche impossible pour l’homme seul. Mais pour Dieu, rien n’est impossible.

Je voudrais exhorter personnellement chacun d’entre vous, à chercher en Dieu l’aide dont vous avez besoin, et cela vous aidera peu à peu à changer votre cœur. Il est celui qui peut nous transformer intérieurement, comme il nous l’a promis dans ces belles paroles que nous a transmises le prophète Ezéchiel : Je vous donnerai un cœur nouveau ; je mettrai en vous un esprit nouveau, j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon esprit en vous et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez et pratiquiez mes coutumes (Ez 36, 26-27).

En vérité, Dieu notre Seigneur a accompli cette promesse, saint Paul nous le dit : L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous fut donné (Rm 5, 5). Ainsi donc, vous tous qui avez reçu l’Esprit Saint dans le baptême, vous avez dans votre âme la graine de l’amour de Dieu. Vous tous, par votre baptême, vous avez la capacité d’accomplir le commandement nouveau de l’amour. Priez le Seigneur pour qu’il fasse grandir et fructifier cette graine que vous portez dans votre cœur. Demandez-lui avec insistance de vous permettre d’aimer votre prochain avec l’amour même avec lequel Il nous a aimés. Demandez-lui tous les jours de faire croître et de conserver le don de la charité dans tous les membres du Mouvement, pour que nous puissions rendre un témoignage fidèle de notre appartenance au Christ et de la vérité du message que nous voulons apporter au monde.

Je ne peux pas m’empêcher de vous conseiller de recourir assidûment à ce moyen extraordinairement fécond que le Christ a voulu nous laisser comme source d’unité et d’amour : son Eucharistie, parce qu’il n’y a qu’un pain, à plusieurs nous ne sommes qu’un corps, car tous nous participons à ce pain unique (1 Co 10, 17). Par l’Eucharistie, nous sommes unis intimement à Jésus-Christ et nous nous identifions à Lui. Comment n’allons-nous pas aimer si déjà « ce n’est plus nous qui vivons, mais c’est le Christ qui vit en nous » ? Et comment n’allons-nous pas aimer les autres, si le Christ Lui-même vit en eux, spécialement en ceux qui se sont unis à Lui par la communion eucharistique ?

La contemplation de l’exemple admirable, silencieux et humble de la Vierge Marie doit beaucoup vous aider. Découvrez dans l’Évangile comme elle vient discrètement apporter de l’aide à ceux qui sont en difficulté. Voyez-la, par exemple au cours des noces célébrées à Cana (cf. Jn 2, 1-11). Les jeunes mariés avec leurs familles et leurs invités sont à la fête, soudain - une mauvaise évaluation - le vin vient à manquer ; impossible de la continuer la fête si le vin manque. Mais Jésus est là et Marie est là aussi : elle sait que son Fils peut remédier à la situation. Il suffit d’une parole de la Mère. Ainsi est-elle, renonçant à elle-même, attentive, serviable, toujours préoccupée et soucieuse d’aider les autres.

* * *

Je vais terminer cette lettre. Les considérations énoncées ici pourraient se prolonger encore et se compléter. Mais le plus important, n’est pas de parler de l’amour, mais de le vivre. Aurez-vous le courage et la générosité d’accueillir cet appel que le Christ nous lance ? Serez-vous des divulgateurs intrépides de l’amour ? Y aura-t-il, parmi vous, des gens qui auraient la témérité de passer leur vie en une continuelle et coupable omission ? Souvenez-vous que, au seuil de l’éternité, nous serons jugés sur une seule chose : l’amour.

A vous membres du Regnum Christi, avec beaucoup d’autres chrétiens qui suivent d’autres chemins, également aimés de Dieu, il revient de revivre dans le monde ce climat de paix et d’harmonie qui caractérisaient les premières communautés chrétiennes : La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une seule âme. Nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux tout était commun. Avec beaucoup de puissance, les apôtres rendaient témoignage à la résurrection du Seigneur Jésus. Ils jouissaient tous d’une grande sympathie. Aussi parmi eux nul n’était dans le besoin ; car tous ceux qui possédaient des terres ou des maisons les vendaient, apportaient le produit de la vente et le déposaient aux pieds des apôtres, et on distribuait à chacun selon ses besoins (Ac 4, 32-35).

Vous êtes, vous, les constructeurs de la nouvelle civilisation. On devrait pouvoir dire de vous ce que disait, avec enthousiasme, un auteur anonyme du IIe siècle sur les chrétiens de cette époque : Les chrétiens ne se distinguent pas des autres hommes, ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes. Car ils n’habitent pas des villes qui leur soient propres, ils n’emploient pas quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier. Leur doctrine n’a pas été découverte par l’imagination ou par les rêveries d’esprits inquiets ; ils ne se font pas, comme tant d’autres, les champions d’une doctrine d’origine humaine. Ils habitent des cités grecques ou des cités barbares suivant le destin de chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour le vêtement, la nourriture et le reste de l’existence, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur manière de vivre. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie et toute patrie leur est une terre étrangère. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils prennent place à une table commune mais qui n’est pas une table ordinaire. Ils vivent dans la chair, mais non selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies, mais leur manière de faire est plus parfaite que les lois. Ils aiment tout le monde et tout le monde les persécute. On ne les connaît pas, mais on les condamne ; on les tue et c’est ainsi qu’ils trouvent la vie. Ils sont pauvres et font beaucoup de riches. Ils manquent de tout et ils ont tout en abondance. On les méprise et, dans ce mépris, ils trouvent leur gloire. On les calomnie et ils y trouvent leur justification. On les insulte et ils bénissent. On les outrage et ils honorent. Alors qu’ils font le bien, on les punit comme des malfaiteurs. Tandis qu’on les châtie, ils se réjouissent, comme s’ils naissaient à la vie. Les juifs leur font la guerre comme à des étrangers et les grecs les persécutent ; et pourtant, ceux qui les persécutent ne peuvent pas dire la cause de leur hostilité. En un mot, les chrétiens sont dans le monde ce que l’âme est dans le corps. (lettre à Diognète)

Je vous fais une invitation pressante à ce que chacun d’entre vous, qui finissez de lire ces pages, trouve un moment propice pour réfléchir avec sérénité et tranquillité devant Dieu notre Seigneur, et dans un sincère dialogue avec Lui, que vous preniez la résolution de vivre totalement et d’apprendre aux autres à vivre la charité chrétienne, à fond, et si nécessaire, jusqu’à l’héroïsme. Il ne suffit pas de se contenter d’exclamations d’approbation ou de désirs vagues ou émotifs. L’engagement que chacun prend personnellement avec Dieu déterminera, en fin de compte, l’incidence que le Regnum Christi aura dans la transformation du monde et l’édification de la nouvelle civilisation de justice et d’amour.

Une occasion idéale de réfléchir et de prendre l’engagement que je viens de mentionner, sera le prochain « Jour du Royaume » qui, comme vous le savez, se célèbre tous les ans le jour du Christ Roi. J’aurai l’immense joie de savoir que le 21 novembre prochain, l’Église aura en vous un groupe de fidèles engagés à vivre, sérieusement et de façon responsable, l’essence de la vie chrétienne qu’est la charité.

Avec mon chaleureux salut et ma prière, je reste votre très affectueux et s.s. en Jésus-Christ.

P.R.C.A.G.D.




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