Une promesse et deux chemins
J’ai dû attendre l’âge de 14 ans pour rencontrer un groupe de jeunes chrétiens authentiques et cohérents. En janvier 1977, je suis entrée dans l’association des scouts d’Europe et en juin, j’ai prononcé ma promesse scout au mont Sainte Odile. Cet engagement a transformé ma vie. J’ai découvert que l’on pouvait être catholique et normal... vivre de grandes aventures, s’amuser dans une ambiance saine et faire le bien autour de soi. Serais-je encore catholique sans leur témoignage ? J’ai appris aussi en voyant les nombreuses vocations qui surgissaient, que deux chemins s’offraient à moi, deux options possibles de bonheur : le mariage ou la vie consacrée. Ne me considérant pas particulièrement spirituelle, j’ai opté pour le mariage mais en laissant la porte ouverte à Dieu.
Un amour vrai
A 17 ans, lors d’un camp d’été, un père bénédictin a dirigé une matinée de retraite pour les chefs de patrouille. Etant assistante, je les ai accompagnés. Le thème m’a beaucoup surpris, il s’agissait de l’amour humain. Cette retraite a changé ma conception de l’amour : l’amour est don de soi, la recherche du bonheur de l’autre. De nombreuses questions ont surgi. Que veux-tu faire de ta vie ? Veux-tu te contenter d’un égoïsme à deux comme la plupart des filles de ton lycée ou veux-tu un amour authentique pour toute la vie ? Si ta vocation est le mariage, ne veux-tu pas fonder un véritable foyer chrétien ? J’ai alors demandé a Dieu de me donner un époux réellement chrétien et plus pratiquant que moi car je ne me sentais pas la force de convertir un époux qui ne partage pas ma foi. Comme j’avais la chance de compter sur un bon nombre d’amis très catholiques, je ne me faisais pas trop de soucis. Dieu se chargerait de tout.
ND de Lourdes et la rue du Bac
Marie a eu aussi un rôle important dans ma vie. Je n’en étais pas très consciente parce que je ne la priais pas beaucoup. Néanmoins je me suis rendue compte par la suite qu’elle avait toujours été présente dans les moments clé. Une amie de l’université avait une grande dévotion à Notre-Dame de la rue du Bac et j’ai commencé à l’accompagner. L’université était à un quart d’heure de la chapelle. J’ai eu aussi la grâce de pouvoir aller durant neuf ans consécutifs à Lourdes pour le pèlerinage national du 15 août. J’ai collaboré aux piscines (7 ans dans celle des enfants et une dans celle des grands malades) et à « la popote ». J’attendais ces moments avec impatience. Ce que je ne faisais pas pendant l’année : aller à la Messe tous les jours, avoir un moment d’adoration dans la crypte, me lever à l’aurore pour aller prier à la grotte,

Monique anime les chants à la chapelle
servir toute la journée, dormir à peine quelques heures ... tout cela me remplissait de bonheur. A côté, le mois de vacances passé au bord de la mer en Espagne, entre discothèques et bronzage me paraissait chaque année plus vide et insipide. Je ne comprenais pas encore que Dieu me préparait pour une grande mission et Notre-Dame protégeait ma vocation.
Rencontre avec Regnum Christi
A 25 ans, j’ai rencontré le Mouvement Regnum Christi, sans le chercher. Une de mes amies avait invité deux consacrées pour notre réunion de formation mensuelle, mais mon amie, un peu étourdie avait oublié de prévenir la responsable et les deux consacrées ont dû revenir le mois suivant. Dieu avait ses plans car je n’avais pas pu assister à cette réunion, et sans cet oubli, je n’aurais pas connu le Regnum Christi. J’ai mis un certain temps à m’incorporer dans le Mouvement.
En y réfléchissant maintenant, je crois qu’il y avait à cela deux raisons : je n’avais pas compris ce qu’était le Mouvement et par égoïsme. J’avais envie de disposer de plus de temps libre pour mes loisirs J’ai commencé a participer aux rencontres avec le Christ dans l’unique équipe qui existait alors à Paris. Peu à peu, je suis allée aux retraites mensuelles, aux cercles d’études et j’aidais dans l’apostolat. En mai 1989, après un triduo très émouvant, le premier de ma vie, en la basilique du Sacrée Cœur de Paris, je suis entrée dans le Mouvement.
Dieu me préparait une autre surprise pour l’année 89. J’ai accepté au dernier moment, l’invitation d’aller à Rome pour Noël, au centre de formation des consacrées. Je me suis rendue compte que la consécration dans le Mouvement était aussi réelle, totale et exigeante que celles des religieuses contemplatives que je connaissais (bénédictines - cisterciennes). Ce ne sont pas des consacrées “à moitié”. Deuxième découverte, elles m’ont invité à lire en français lors de la Messe de Noël célébrée par le Saint Père, à Saint Pierre. J’ai réalisé que le mouvement faisait partie intégrante de l’église et j’ai pu le constater lors de la répétition des lectures au Vatican et lors de la Messe par les commentaires de certains évêques et cardinaux. C’était beaucoup plus que ce que j’avais imaginé, c’était vraiment une œuvre de Dieu.
Appel
A Rome, je pensais me joindre à un groupe de jeunes du Mouvement, mais oh surprise ! Je me suis retrouvée seule dans l’avion avec une consacrée. C’est ainsi que j’ai commencé à vivre avec les consacrées. Je faisais tout avec elles : prières, sorties, repas, cours... et je me sentais comme un poisson dans l’eau. Je n’avais jamais vécu un Noël aussi spirituel et j’étais frappée par l’ambiance de joie et de charité.
Alors a surgi une certitude venue sûrement de l’Esprit saint car je n’y avais jamais songé auparavant : si j’avais une vocation à la vie consacrée, c’était ici. J’avais laissé la porte ouverte à Dieu mais je pensais toujours au mariage. J’ai parlé de cette certitude à mon confesseur, le seul prêtre légionnaire du Christ français qui était également à Rome. Il m’a conseillé d’intensifier ma vie de prière et de sacrements afin de discerner ce que Dieu voulait. Ce furent 9 mois d’attente. Certains jours, face à Jésus Christ Eucharistie, je lui disais “je crois que tu m’appelles”, puis je n’en étais plus si sûre. Finalement j’ai accepté d’aller en Suisse pour passer 15 jours de vacances avec les consacrées du centre de formation de Rome. En Suisse, ce fut incroyable, 15 jours de ballades en montagnes. En contemplant las merveilles de la nature, je demandais à Dieu qu’Il m’illumine. Je voulais sortir de mon incertitude. Je voulais savoir enfin ce qu’Il attendait de moi. : “ce que tu veux Seigneur mais dis le-moi ”.
Je me souviens que beaucoup racontaient leur vocation mais aucun cas ne correspondait à ma situation personnelle et je restais sans réponse. Le dernier jour de vacances, une consacrée raconta sa vocation et elle raconta que son confesseur lui avait dit clairement qu’il lui manquait la générosité pour répondre à l’appel de Dieu. Cette phrase me fit beaucoup réfléchir. Le lendemain durant la sieste, je ne pouvais pas dormir. La phrase revenait sans cesse. Peut-être n’as-tu pas la générosité suffisante ? Qu’attends-tu pour être sûre, qu’un ange descende du ciel pour te le dire ? Tu dois te lancer dans les bras de Dieu, dans le vide, sans vouloir avoir tout sous contrôle. Et c’est ainsi que j’ai dis oui. La réponse ne s’est pas faite attendre. Mon âme a été inondée de bonheur et de paix, avec la certitude de son appel que rien depuis n’a pu ébranler. Je savais que cet appel venait de Dieu car jamais je ne l’avais imaginé et encore moins demandé.

Je me suis consacrée le 27 août, ce même été, le jour de la Sainte Monique, après des exercices spirituels à Madrid.