C’était une école Légionnaire, et à ce moment là il s’agissait plus d’une idée que d’une réalité. Mais M. Garza était convaincu que cette école serait un bon choix parce qu’elle promettait d’offrir une bonne formation basée sur d’excellentes fondations académiques. Et il a eu raison, car depuis de nombreuses années maintenant, l’Institut Irlandais est une des meilleures écoles de garçons de Monterrey.
A l’école, le jeune garçon de 13 ans rejoint l’ECYD et commença à s’investir dans des projets apostoliques. Comme il était un étudiant brillant il termina son secondaire à l’âge de 16 ans et il intégra l’Université de Stanford en Californie pour faire ses études d’ingénieur qu’il termina à l’âge de 19 ans.
Alors qu’il était à l’Université, il décida de s’inscrire à un stage dans un campus de Stanford en France. Là une surprise l’attendait.
« Alors que j’étais en France, une idée me vint comme un éclair un vendredi soir : “pourquoi ne pas être prêtre”. J’étais si impressionné que je ne savais pas quoi faire » dit-il.
Alors qu’il se débattait avec cette idée, il fut invité en Italie pour un cours d’été organisé pour des jeunes membres de Regnum Christi. Son idée était d’utiliser ce moment pour prier et discerner.
« Le prêtre avec qui j’ai parlé me dit essentiellement que je ne devais pas m’attendre à plus de clarté de la part de Dieu et que je devais prendre une feuille de papier, la diviser en deux et écrire d’un côté les raisons pour les quelles je souhaitais devenir un prêtre et de l’autre côté les raisons pour lesquelles je ne voulais pas » se souvient-il.
Un côté de la feuille fut vite remplie. Il était facile de trouver des raisons pour ne pas être prêtre : projets, rêves, études, carrière, futur, famille … de l’autre côté de la feuille, une seule raison tenait : « ce qui semblait être un appel incertain de Dieu. »
A un certain niveau, la décision était évidente. 50 raisons semblaient peser plus lourd qu’une seule. Mais le problème était que cette seule raison pesait infiniment plus lourde que toutes les autres ; elle appartenait à une catégorie complètement différente.
« En faisant ma liste, je pensais que je me trompais moi-même. J’ai réalisé que je ne pouvais mettre Dieu, mes idées et projets personnels dans la même balance, parce qu’ils sont d’une nature complètement différente » explique-t-il.

- Le père Luis Garza, L.C., est le Vicaire général de la congrégation depuis 1992. En 2003, le Pape Jean Paul II l’a nommé consultant pour la Congrégation du Clergé
Pour une personne aussi logique que le père Luis, la décision était évidente, même si elle n’était pas nécessairement facile.
“J’ai simplement pensé que Dieu m’appelait par amour et que je ne pouvais lui répondre autrement qu’en lui donnant ma vie.”
Le choix de la Légion, dit-il, était “la décision la plus naturelle.” La Légion « était là où j’étais né pour être apôtre, le lieu où je pouvais être au service de Dieu et de l’Église. »
Minuit à Mexico
Le père Luis Garza a eu de nombreuses responsabilités dans la Légion, dont beaucoup impliquaient de prendre des décisions aux conséquences importantes. Il est actuellement Directeur Territorial pour l’Italie et Vicaire général de la congrégation. En tant que Vicaire général, il est responsable des éléments clefs du gouvernement matériel de la Légion et de Regnum Christi. C’est un travail mental, souvent réalisé derrière un bureau, et qui implique l’analyse de données chiffrées et des personnels, des structures et des organisations, des risques et des opportunités. Là aussi, il y a de la place pour des listes, et il y a des moments où le plan de Dieu pèse plus lourd que des raisons sur une liste.
Une nuit, alors qu’il travaillait à Mexico city, il est rentré tard à la communauté, vers 23h00 ; il ferma avec attention la porte de fer derrière lui. A Mexico, il est absolument nécessaire que les maisons soient fermées avec des grilles, des murs et des alarmes. Dans une ville de plus de 21 millions de personnes avec des très riches qui vivent près de très nombreux très pauvres, les vols et les kidnappings se produisent tous les jours.
Il a remonté l’allée pour rentrer dans la maison et ferma les portes de verre derrière lui. A ce moment la cloche a sonnée. Deux hommes se tenaient dehors, à la grille. Il eut d’abord un moment de recul. Après tout il était 11h00 du soir et il ne connaissait pas ces deux personnes. Mais il décida de leur demander ce qu’ils voulaient.
Les deux hommes, un plus jeune et l’autre plus vieux, lui dirent que leur grand-mère était malade et qu’elle avait besoin d’un prêtre. Il demanda où elle était et ils indiquèrent une proche banlieue de mauvaise réputation.
« A cet instant, j’ai pensé intérieurement que je ne pouvais pas leur dire non, mais la pensée que c’était peut-être un piège me vint à l’esprit. »
Il partit dans leur voiture vers l’appartement de leur grand-mère. Dans ce lieu petit et pauvre, trois générations vivaient ensemble. Tous étaient des servants et servantes des familles riches de l’endroit.
Alors que le père Luis rentrait dans la chambre, ils sortirent tous de la pièce, les laissant seuls pour la dernière confession et les derniers sacrements au milieu de nombreuses images du Christ, de Notre dame et de saints. La grand-mère était pratiquement inconsciente et allait mourir, il commença donc tout de suite en l’aidant à dire les paroles de son acte de contrition après sa confession.
« Ce fut un moment très doux et calme et il me semblait que le Christ lui-même était là pour célébrer les sacrements. Il semblait que le temps s’était arrêté » se souvient-il.
Cette nuit là, à Mexico City, sa présence avait apporté un oasis de paix et de lumière à une âme en souffrance. Partir dans une voiture avec des inconnus à minuit n’était pas vraiment sur sa liste de choses à faire. Mais c’était sur la liste de Dieu.
Un samedi très long et très saint
En tant que Vicaire Général de la congrégation, le père Luis partagea la tâche difficile de visiter les légionnaires et les membres consacrés dans le monde entier pour les aider à affronter les pénibles informations sur la conduite du fondateur. Il n’y a pas de manière facile pour résumer une telle expérience ; cela ne se prête pas à des formules spirituelles toutes faites, et ce n’est pas quelque chose que l’esprit peut comprendre complètement.
Comme quiconque peut le supposer, la réponse au désastre a été un mélange de réactions, et il y a autant de types de réponses que de personnes.
« Il y a tant de souffrances et de difficultés parmi les personnes affectées par tout cela et il y a aussi malheureusement des personnes qui désespèrent. Cela est poignant. Ce sont des frères et des sœurs que nous aimons tendrement. Il n’y a pas de doute que nous passons par une période d’épreuves et nous savons tous que rien n’échappe à la providence de Dieu amour, mais c’est difficile à comprendre. Seule la foi peut éclairer et rendre de l’espérance au milieu de ces circonstances étranges » dit-il.
Au milieu de réactions compréhensibles de tristesse et de colère, il y a aussi le témoignage réel de personnes qui pèsent leurs options et se décident pour une vocation qui leur apportera des croix particulières pour les temps qui viennent.
« Partager des nouvelles bouleversantes avec mes amis prêtres de la Légion et avec les membres consacrés fut une expérience éprouvante » reconnaît-il. « mais ce fut une consolation pour moi de réaliser combien de foi, d’amour et de courage et de décision il se trouve dans chacun d’entre eux, et combien est précieux le trésor que nous avons. Nous sommes tous tristes pour tous ceux qui ont souffert de tout cela et nous souhaitons qu’en faisant pénitence et par nos actions nous puissions d’une manière réparer les dégâts qui ont été faits. »
Parmi les laïques aussi, il a trouvé une source de force et d’encouragement, pas seulement à cette occasion mais tout au long de sa prêtrise.
« Je ressens de la gratitude pour chaque personne que j’ai rencontré dans ma vie. J’ai découvert en beaucoup d’entre eux tant de générosité et de foi, qu’ils m’ont aidé à comprendre combien la vie du prêtre est réelle et importante pour tant de gens. Grâce à eux, conserver mon espérance dans un monde si plein de découragement fut plus simple, car il est si facile de voir en eux la figure du Christ » dit-il.
D’une certain manière, témoigne t-il, la période actuelle dans la Légion est comme une longue nuit de purification, une période durant laquelle tout le découragement causé par le péché humain peut commencer à peser lourdement sur le cœur.
« A certains moments, on pourrait penser que Dieu nous a abandonné. Il semble que nous passions à travers un long, très long Samedi Saint. Nous attendons tous la Résurrection, le moment où nous pourrons tous vivre notre charisme paisiblement avec la bénédiction de l’Église, en servant les âmes et en construisant l’Eglise. »
Y a-t-il des fruits qui émergent de cette nuit noire de purification ? Le père Luis le pense.
«
Il est exact que cette expérience nous a permis d’être plus humble, plus confiant et plus proche de l’Eglise, avec un plus grand désir de la servir. Cela nous a fait grandir dans notre compréhension des êtres humains et nous a donné un cœur qui est plus humble et doux, un peu plus comme le cœur du Christ » dit-il.
« Nous avons encore beaucoup de chemin à faire, mais je crois que Dieu nous donnera des grâces d’espérance et de courage pour vivre de manière plus évangélique et de devenir de meilleurs instruments entre ses mains.
“Je vous appelle mes amis” »
Au bout du compte, la vocation à la prêtrise et le ministère du prêtre – du vendredi saint au dimanche de Pâques – n’est jamais seulement une affaire de choix personnel. C’est toujours le don venant du cœur d’un ami dont la volonté est un mystère parfois très beau et à d’autres moments douloureux.
“Je ne vous appelle pas des serviteurs, mais des amis.” « Cette phrase a toujours raisonné dans ma vie pour bien des raisons » dit le père Luis.
Cette amitié lui a apporté bien des cadeaux : une bonne famille, la foi catholique et la vocation à la prêtrise. Mais à côté de ces choses, pour les quelles il a de la gratitude, il y un cadeau permanent qui apparaît de manière imprévue : l’expérience de constater comment le Christ touche la vie des autres personnes.
« Spécialement, il m’a permis de voir –bien que le plus souvent de manière indirect – comment il cherche à atteindre chaque personne, les aidant à être ses enfants, faisant d’eux des amis et non des serviteurs » dit-il.
« J’ai pu constater combien le fait d’être chrétien donne de la joie aux gens et combien chacun de leurs rêves et souhaits sont comblés dans leur vie quand ils rencontrent le Christ et sont touchés par sa grâce. »
« Ces personnes – fidèles laïques, mères, âmes souffrantes – sont devenus amis du Christ et sont capables, à travers leur témoignage et leur joie, à travers leur engagement d’amener une nouvelle vie à tant de personnes. »
Au milieu de décisions qui demandent réellement beaucoup de réflexion, peut-être ce qui pèse le plus est tout simplement ceci : le choix d’une amitié qui apportera l’espérance et une nouvelle vie lorsque nous en avons le plus besoin.
Le père Luis Garza, LC est de Monterrey, au Mexique. Il a obtenu son Baccalauréat en ingénierie industrielle à l’Université de Stanford et est entré au noviciat de la Légion en 1978. Il a alors obtenu sa licence en philosophie et en théologie, suivi d’un doctorat en droit canon. Il fut ordonné à la prêtrise en 1985 et devint Directeur territorial pour le Mexique et l’Amérique du Sud de 1988 à 1991. Il est le Vicaire général de la congrégation depuis 1992. En 2003, le Pape Jean Paul II l’a nommé consultant pour la Congrégation du Clergé.