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De notre Directeur Général

Lettre du Directeur Général aux membres de Regnum Christi

Nous vous proposons ci-dessous une importante lettre du père Alvaro Corcuera L.C, directeur général du Mouvement Regnum Christi, écrite à l’occasion de la fête de la conversion de Saint Paul. Vous la trouverez également en fin d’article en PDF pour ceux qui désirent l’imprimer.

MOUVEMENT REGNUM CHRISTI

DIRECTEUR GÉNÉRAL

Que ton Règne vienne !

Rome, 25 janvier 2007

Conversion de saint Paul

Aux membres et aux amis du Regnum Christi

Très chers en Jésus-Christ,

En ce jour où l’Eglise célèbre la conversion de saint Paul, je voudrais, par cette lettre, vous envoyer mes salutations et vous exprimer ma gratitude pour vos prières et vos manifestations de réconfort affectueux qui prouvent la grandeur et la bonté de vos coeurs. Merci beaucoup de votre vivant témoignage d’amour vis-à-vis de Dieu et de former, de façon si pleine de joie, cette famille à laquelle Dieu nous a appelés.

La figure de saint Paul dont nous célébrons la conversion aujourd’hui, nous donne l’occasion de réfléchir ensemble sur un aspect essentiel de notre spiritualité : le christocentrisme. Comme vous le savez, le Regnum Christi nous propose un style de vie où Jésus-Christ est le centre de notre existence, le critère pour voir et juger la réalité et le modèle de toute notre façon d’agir. On nous a toujours dit que nous ne suivions ni un personnage charismatique, ni un saint particulier, pas une idée non plus, mais uniquement le Christ tel que nous le présentent l’Evangile et l’Eglise. Combien de fois n’avons-nous pas entendu notre Père Fondateur nous dire que le seul que nous suivions était le Christ : « Aimez le Christ, aimez le Christ, ne vivez que pour lui [...]. Au fur et à mesure que la vie avance et que l’éternité se rapproche, seul demeure l’amour du Christ, tout le reste se convertit en brume, en nuage, en rien. Que l’amour du Christ soit votre trésor, celui pour lequel vous vendrez tout [...] ! » (4 avril 1981).

Vivre avec le Christ, pour le Christ et par le Christ. Vivre le christocentrisme, c’est faire prendre sens aux mots que nous avons entendus le jour où nous sommes entrés dans le Mouvement : « Le Christ est le sommet des aspirations humaines, il est le terme de nos espérances et de nos prières. C’est lui qui donne sens aux événements humains, celui qui donne valeur aux actes humains. Celui qui constitue la joie et la plénitude de tous les coeurs : l’Homme véritable. Et, en même temps, Jésus est la source de notre véritable bonheur : il est le principe de notre vie spirituelle et morale ; il dit ce qu’il faut faire et donne la force, la grâce pour le faire. Le Christ est tout pour nous. C’est un devoir de notre foi religieuse, un besoin de notre conscience humaine, de reconnaître, confesser et célébrer cette vérité. C’est à lui qu’est lié notre destin, notre salut ».

Pourquoi, alors, le Mouvement nous propose-t-il les personnages de saint Paul apôtre et de saint Jean l’Evangéliste comme avocats particuliers, comme patrons des membres du Regnum Christi ? Quel est le sens d’une dévotion envers les saints dans une spiritualité christocentrique ? Les saints sont les grands témoins du Christ, ceux qui ont su incarner son message et sa physionomie spirituelle dans leur propre vie, au point d’être des imitateurs vivants du Christ sur la terre. Tout, chez les saints, nous conduit au Christ, nous parle de lui. C’est la raison pour laquelle ces champions de la foi ont toujours exercé, et dans cette vie déjà, une force d’attraction si particulière. C’est la raison pour laquelle leur témoignage nous intéresse tellement, parce que c’est un livre ouvert qui nous apprend, de façon concrète et directe, à connaître, aimer et imiter le Christ. Tels sont les trois points que nous avons à approfondir pour parvenir à ce que le Christ soit centre, critère et modèle de nos vies.

Jésus-Christ, CENTRE de notre existence.

Quand nous disons que le Christ doit être le centre de notre vie, nous disons que lui, Dieu fait homme par amour pour nous, doit être l’unique Seigneur qui règne sur notre coeur, l’intérêt et l’amour le plus important, il doit absolument être le premier de la hiérarchie de nos valeurs. En d’autres termes, cela signifie que nous devons « vivre centrés » sur le Christ, non décentrés ou divisés entre deux centres, cherchant à servir deux maîtres.

Notre vie se construit à partir d’innombrables éléments d’ordre différents allant des moyens de subsistance quotidienne aux grands événements qui marquent l’orientation de l’existence, des mouvements internes de l’âme aux relations avec les personnes et avec notre entourage, des joies naturelles que nous offre le Créateur aux merveilles surnaturelles qui nous rendent participants de la vie et de la sainteté de Dieu, etc. Toutes ces réalités prennent sens et valeur à partir de Jésus-Christ. Il est le centre, la fin, la mesure qui leur donne unité. Et l’homme n’atteindra sa propre plénitude humaine et personnelle, que lorsqu’il mettra le Christ au centre. L’idéal d’une vie christocentrique est de pouvoir s’exclamer avec saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20) ; « pour moi la vie c’est le Christ et la mort est un gain » (Ph 1, 21). Maintenant, ce n’est plus moi qui compte, mais uniquement son amour ; et en raison de cet amour, les idéaux qui inspirent ma vie sont ses intérêts, son Règne, l’Eglise. Le coeur du Christ, c’est le coeur de Paul et vice et versa. Ce ne sont plus deux coeurs, mais un seul coeur. Il n’est plus « Saul de Tarse », mais « apôtre de Jésus, selon l’ordre de Dieu notre Sauveur et du Christ Jésus, notre espérance » (1Tm 1, 1). Une vie centrée sur le Christ présuppose une expérience personnelle du Christ, fruit d’une fréquente vie commune avec lui. « Je vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi » (Ga 2, 20).

On ne peut comprendre la vie de saint Paul sans cette première rencontre avec le Christ ressuscité, sur le chemin de Damas. Ce n’est que lorsqu’il le rencontra et qu’il fit l’expérience de son amour que ses propres schémas mentaux, la hiérarchie de ses valeurs et sa vie entière, changèrent complètement. C’est aussi l’expérience qu’ont faite chacun des apôtres, selon ce que nous a exposé le Pape Benoît XVI au cours de ses audiences du mercredi de ces dix derniers mois. Chacun a eu une rencontre personnelle avec Jésus-Christ et il a appelé chacun par son nom. Les apôtres savaient clairement qu’ils n’étaient pas en train de suivre une théorie, qu’ils ne suivaient pas une doctrine, mais la Personne vivante de Jésus, le Verbe de Dieu fait homme.

Et c’est notre propre expérience aussi, comme nous le rappelle le Pape dans son Encyclique Deus caritas est : « A l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et, par là, son orientation décisive » (n° 1).

Nous aussi, un jour, nous avons rencontré le Christ et nous avons pu le reconnaître et faire l’expérience de l’insondable beauté de son amour, grâce au don de la foi dont il nous a lui-même fait cadeau le jour de notre baptême. Quel don immense n’avons-nous pas reçu ! Parce que le Christ nous l’a révélé, nous avons fait l’expérience de l’amour personnel de Dieu ; Il s’est révélé Lui-même, Il s’est approché de nous, Il s’est penché sur notre petitesse pour nous écouter, nous consoler, nous prendre par la main. Nous en avons fait personnellement l’expérience dans notre vie, non par l’intermédiaire de livres ou d’idées, mais comme fruit de notre relation fréquente avec lui. Nous savons déjà comment le Christ devient vraiment le centre de notre coeur quand nous nous décidons à être hommes de prière et quand nous le laissons façonner Lui-même notre coeur par l’Eucharistie. Nous sommes conscients de ce que notre relation fréquente avec Lui, par l’Eucharistie, transforme profondément nos vies. Le fait de passer tous les jours quelques instants seul à seul avec Lui devant le Tabernacle, quand nous passons devant une église ou une chapelle, nous fait découvrir qu’Il est amour et qu’Il nous révèle l’amour de Dieu. Cet amour qui peut sembler abstrait, très théorique, devient le plus réel de nos vies, précisément là, dans ce contact de coeur à Coeur avec Jésus-Christ réellement présent par l’Eucharistie. Il devient baume pour les blessures, Il est l’eau au milieu du désert aride et exténuant, Il est chaleur quand la froideur endurcit le coeur.

Si nos rencontres avec Jésus-Christ en face du Tabernacle sont telles, que dire de cette autre rencontre encore plus intime avec Lui, quand nous le recevons par la Sainte Communion et que nous nous nourrissons de son propre corps et de son propre sang ? Si nous pouvions apprécier à fond, une seule fois, ce que signifie recevoir le Christ dans la communion, ce serait alors notre plus grand désir chaque jour !

C’est un fait objectif - et il ne pourrait en être autrement - que notre contact avec Jésus-Christ par l’Eucharistie se limite à quelques instants dans la semaine, ou, dans le meilleur des cas, à quelques moments de notre vie quotidienne. Mais nous avons besoin d’avoir un contact beaucoup plus fréquent, continuel avec Lui. De même, nous pouvons le rencontrer aussi dans la prière. Et non seulement aux moments spécifiquement réservés à la prière, mais en transformant toute la journée en prière. Ces brefs moments, pendant le travail ou le repos de chaque jour, pour lui parler de tout ; pour parler et, surtout, pour écouter. Il désire être avec nous, comme avec ses amis intimes ! « Je ne vous appelle plus serviteurs, vous êtes mes amis ». Comme cela nous aide, au milieu de nos activités ordinaires, quand nous faisons de fréquentes « communions spirituelles » qui, d’une certaine façon, suppléent à la communion eucharistique que nous ne pouvons pas recevoir ; elles en viennent à être, pendant la journée, la nourriture qui accroît et rassasie notre désir d’être avec Lui. Et, ainsi, peu à peu, presque sans nous en rendre compte, le Christ finit par être notre compagnon de toutes les heures, Il ne nous manque jamais, Il est toujours disponible, Il est déjà l’ami sans lequel nous ne pouvons plus vivre.

Et c’est tellement facile de faire ces communions spirituelles. Il suffit de tourner un instant l’esprit et le coeur vers Lui en Lui demandant de remplir notre âme de sa présence amie. Chacun peut les faire avec les mots que lui dicte son coeur. Dans le manuel de prières, nous avons une aide pour nous approcher de Lui à cet instant : « Mon Dieu, je crois que Tu es réellement présent dans le très Saint Sacrement de l’autel. Je T’aime par-dessus tout et je désire ardemment Te recevoir en mon âme ; mais comme je ne peux pas le faire sacramentellement, viens au moins spirituellement en mon coeur. Et comme si je T’avais reçu, je T’embrasse et m’unis totalement à Toi. Ô Seigneur, reste avec moi et ne permets pas que je me sépare de toi »

Chaque fois que nous nous unissons ainsi à Jésus-Christ, c’est comme si nous Lui ouvrions la porte de notre coeur ; et Il y vient, illuminant tout notre être, y compris ces petits recoins obscurs de notre âme qui nous font tant souffrir et nous provoquent tant de tristesse. Nous savons très bien que cette obscurité vient de nos infidélités, du péché qui fait obstacle à notre amitié avec Lui. Mais quand nous sommes avec le Christ, naît en nous le besoin de rejeter immédiatement le péché, non pas par peur, mais pour le saint amour de Dieu, par crainte de perdre l’amour, parce que nous ne pouvons pas vivre sans Lui. « Reste avec moi et ne permets pas que je me sépare de Toi ».

Parfois nous éprouvons aussi d’autres difficultés qui peuvent mettre en péril notre relation d’amour avec Jésus-Christ. Mais quand le Christ est au centre du coeur, rien ne peut nous séparer de Lui. Comme le dit saint Paul : « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La tribulation ? L’angoisse ? La persécution ? La faim ? La nudité ? Les périls ? Le glaive ? Comme le dit l’Ecriture, à cause de toi on nous met à mort tout le long du jour ; nous avons passé pour des brebis d’abattoir. Mais en tout cela nous sommes les grands vainqueurs par celui qui nous a aimés. Oui, j’en ai l’assurance, ni mort, ni vie, ni anges, ni principautés, ni présent, ni avenir, ni puissances, ni hauteurs, ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 8, 35-39).

Chers amis et membres du Regnum Christi, nous ne devons pas avoir peur des croix, des difficultés ou des tentations, parce rien de tout cela ne peut nous séparer de l’amour du Christ. La seule chose qui peut nous séparer de lui, c’est nous quand nous nous livrons volontairement au péché. Et c’est là que nous devons avoir peur. Notre seule peur est de le perdre, lui. Il est l’unique nécessaire. Celui qui a le Christ, a tout ; celui qui perd le Christ, perd tout. Et pourtant, même si nous lui sommes infidèles, lui est fidèle, il vient à notre recherche pour nous tendre la main et nous recevoir encore dans le baiser de son pardon. « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5, 20). Et ainsi nous pouvons toujours avancer avec une certitude pleine de foi et de confiance.

Jésus-Christ, CRITERE pour voir et juger la réalité

Dès cette première rencontre de Damas, Paul fait l’expérience d’un changement si profond de son être qu’il va changer même jusqu’à sa façon de voir les personnes et les choses ; il verra et jugera non plus avec les schémas fanatiques d’avant, mais avec les critères de l’Evangile, avec une vision pénétrée de foi, de confiance et d’amour. « Mais tous ces avantages dont j’étais pourvu, je les ai considérés comme un désavantage, à cause du Christ. Bien plus, désormais je considère tout comme désavantageux à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur. A cause de lui j’ai accepté de tout perdre et je considère tout comme déchets afin de gagner le Christ » (Ph 3, 7-8).

Les choses acquièrent leur véritable poids, leur valeur et leur sens uniquement par rapport au Christ et, en lui, nous apprendrons à les utiliser comme ce qu’elles sont : des moyens pour accomplir la volonté de Dieu et réaliser notre mission. Dans une perspective christocentrique, tout reste récapitulé et ordonné au Christ. Pour Paul, Apôtre du Christ Jésus, comme il aimait s’appeler, toute son incessante activité apostolique n’avait d’autre motif que de prêcher le nom de Jésus, et non de chercher à étendre le club de ses admirateurs ou de chercher à ce que les autres disent du bien de lui. En fait, ce que les hommes pensaient de lui, lui importait très peu. Il avait très bien assimilé la phrase de Jésus-Christ : " Malheur à vous si tous les hommes disent du bien de vous ! » (Lc 6, 26) associée à la béatitude correspondante : " Bienheureux serez-vous quand les hommes vous haïront, vous frapperont d’exclusion, qu’ils insulteront et proscriront votre nom comme infâme à cause du Fils de l’homme » (Lc 6, 22).

Ainsi, rempli d’amour pour le Christ, son plus grand titre de gloire sera d’annoncer l’Evangile du Christ, non le sien. Paul ne compte plus. « En tout cas, maintenant, est-ce la faveur de Dieu ou celle des hommes que je veux gagner ? Est-ce que je cherche à plaire à des hommes ? Si je voulais encore plaire à des hommes, je ne serais plus le serviteur du Christ. Sachez-le, en effet, mes frères, l’Evangile que j’ai annoncé n’est pas à mesure humaine. Ce n’est pas non plus d’un homme que je l’ai reçu ou appris, mais par une révélation de Jésus-Christ » (Ga 1, 9-12).

Pour nous, comme pour saint Paul, l’unique finalité de notre apostolat, ce qui marque le critère de l’efficacité apostolique, c’est que le plus grand nombre de personnes puissent rencontrer Jésus-Christ, qu’elles le connaissent et qu’elles l’aiment. Tout le reste : programmes, oeuvres, organisation, structures et devoir de chaque jour, etc., ne sont que des moyens pour atteindre cette fin. Ils sont importants, très importants et nécessaires, mais ce sont toujours des moyens pour arriver au Christ. Et nous aussi, nous ne sommes que des instruments. « Il est certain que quelques-uns prêchent le Christ par envie ou par esprit de rivalité, dira saint Paul dans un autre passage - mais il y en a qui le font dans une bonne intention (...) Mais qu’importe ? Après tout, d’une manière comme de l’autre, hypocrite ou sincère, le Christ est annoncé et je m’en réjouis et je m’en réjouirai encore » (Ph 1, 15-18)

La grande aspiration du véritable apôtre doit être la même que celle de Jean Baptiste : faire parvenir le Christ à tous les hommes sans rien demander en retour. Que lui et son Règne grandissent et que nous disparaissions et que cela nous suffise. C’est ce que nous lisons dans l’Evangile quand ils demandèrent à Jean le Baptiste s’il était le Messie. Il répondit, avec humilité, qu’il ne l’était pas. Il leur dit qu’il était « la voix ». Saint Augustin commente ce texte de façon extraordinaire : « Jean était la voix, mais le Seigneur au commencement était la Parole ; Jean, une voix pour un temps ; le Christ, la Parole au commencement, la Parole éternelle. [...] Il est difficile de distinguer la Parole de la voix et c’est pourquoi on a pris Jean pour le Christ. On a pris la voix pour la Parole ; mais la voix s’est fait connaître afin de ne pas faire obstacle à la Parole. Il dit : « Je ne suis pas le Messie, ni Elie, ni le Prophète ». On lui demande alors : « Qui es-tu donc ? » Il répond : « Je suis la voix qui crie dans le désert : Préparez la route pour le Seigneur » (Sermon 293).

Nous aussi nous devons n’être que la voix, c’est-à-dire, uniquement des instruments pour que le Christ, la Parole, pénètre dans le coeur des hommes. Il y a toute sorte de voix, des aigües, des graves,les unes plus fortes, les autres plus faibles. Mais qu’importe. Ce qui importe c’est que toutes portent le Christ et le donnent au prochain. A partir de là, il faut ajuster l’instrument, le rendre le plus efficace possible, mais avec la seule et unique intention que la Parole demeure et change le coeur des hommes.

Ce n’est pas pour la pure gloire humaine mais pour la gloire de Dieu. Jean disait lui-même : "Il faut que le Christ grandisse et que, moi, je diminue » (Jn 3, 30). Et là sera notre joie. Celui qui en a fait l’expérience sait bien qu’il ne l’échangerait contre aucune autre satisfaction humaine.

Mais saint Paul nous donne le critère fondamental pour voir et juger de tout : la charité. Pour Paul, c’était très clair : la fondation de nombreuses églises, ses lettres d’exhortation, ses fatigues pour l’Evangile, sa rencontre sur le chemin de Damas, son titre d’apôtre et même la révélation spéciale de Dieu à son âme, ne serviraient à bien peu, ou même à rien, s’il ne vivait pas la charité telle que Dieu l’avait prêchée et vécue. « Si je n’ai pas la charité, je ne suis rien » ; maintenant donc, demeurent ces trois choses : foi, espérance et charité. Mais la plus grande des trois, c’est la charité » (cf 1Co 13, 1-13).

En ce bel hymne à la charité, nous avons le critère fondamental, comme chrétiens et membres du Regnum Christi, pour apprécier la valeur de nos oeuvres face à l’éternité et l’objectivité du don de nous-mêmes au Christ. Il s’agit d’une charité très concrète, fondée sur beaucoup de sacrifices parce qu’elle demande de vivre beaucoup plus pour les autres que pour nous-mêmes. Elle est faite d’une quantité de petits détails que personne même ne parviendra à percevoir. Mais ils sont faits par amour et pour aimer. Un sourire, un salut, un mot d’encouragement, de pardon, de réconfort. Un sacrifice caché, nettoyer une partie de la maison sans que personne ne le sache, connaître le goût des autres pour chercher à leur faire plaisir, savoir ce qui blesse ou attriste le prochain pour éviter de le faire.

Parler de ce qui nous fait du bien ; éviter les thèmes qui font du mal ; se servir de mots qui louent et éviter toute parole de critique ou qui pourrait faire du tort à la renommée de mon frère. Laisser le pas à une personne ; à table, lui offrir de se servir avant moi, etc. Et le tout avec beaucoup de simplicité parce que, pour celui qui aime, tout devient habituel. Ainsi sont les saints. Ils le font de façon ordinaire ce qui, aux yeux humains, peut paraître extraordinaire et vivent ce que disait si bien sainte Thérèse : faire extraordinairement bien le tout ordinaire.

Jésus, MODÈLE de notre façon d’agir.

Le jour de notre incorporation au Regnum Christi, nous avons entendu les paroles suivantes,prononcées par le célébrant en nous présentant le Crucifix : « Si tu veux venir à la suite du Christ, prends ta croix et suis-le. Celui qui ne prend pas sa croix n’est pas digne de lui ». Ensuite, nous embrassons le crucifix que nous gardons en souvenir. Comme saint Paul nous ne connaissons que le Christ, et le Christ crucifié (cf 1Co 2, 2). En lui nous trouvons le Chemin, la Vérité et la Vie (cf Jn 14,6).

Avoir le Christ comme modèle signifie marcher derrière Lui, suivre ses traces, gardant toujours ses paroles bien présentes à l’esprit, sans quitter son exemple des yeux un seul instant. La sainteté pour la sainteté ne nous intéresse pas ; nous ne cherchons pas à être purs, simples, charitables ni fidèles par devoir ni par auto-complaisance, mais parce que nous aimons le Christ pur, simple, charitable et fidèle : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur » (Mt 11, 29).

Il nous explique le sens des vertus et nous rend l’idéal chrétien attrayant ; Il nous apprend à prier, nous dit comment nous devons vivre et, de plus, Il nous en donne la force. « Je vous ai donné l’exemple pour que vous fassiez comme J’ai fait pour vous » (Jn 13, 15).

Suivre le Christ, l’avoir comme modèle, c’est être avec Lui pour être comme Lui en tout ; avoir le même programme de vie que saint Paul : « Abandonner notre premier genre de vie et dépouiller le vieil homme ... et se revêtir de l’homme nouveau créé selon Dieu dans la justice et la sainteté véritables » (cf Ep 4, 22-24).

L’Evangile nous pousse à une dernière réflexion : qui a le Christ comme centre, comme critère et comme modèle ne peut pas ne pas avoir l’Evangile comme livre de chevet parce que c’est là que nous apprendrons à être comme le Christ. Nous devons le lire et le méditer chaque jour, nous familiariser avec lui et en faire le livre de nos méditations préférées, comparer nos critères et nos comportements à ceux de l’Evangile et nous demander souvent : « Que dit l’Evangile ? - Comment le Christ pensait-il ou agissait-il ? - qu’aurait-il fait dans cette circonstance ? ».

Toute la spiritualité, les idéaux, la méthodologie du Mouvement naissent de l’Evangile et c’est là que résident sa solidité et sa force d’attraction. Il n’y a rien de nouveau, l’Evangile est la nouveauté. Plaise à Dieu qu’il ne se passe pas un seul jour sans avoir quelques minutes de contact avec ce Christ vivant et fascinant que nous découvrent les évangiles. Que ces paroles qu’on nous a laissées lorsque nous avons commencé à suivre le Christ de plus près selon le charisme du Regnum Christi, deviennent réalité : « Reçois le Livre qui garde la Parole de Dieu. Qu’il soit la nourriture qui alimente ta vie, la lumière qui guide toujours tes pas vers la vie éternelle, le message de salut que tu portes généreusement à tous les hommes ».

« Soyez mes imitateurs comme moi, je le suis du Christ » (1Co 11, 1). Plaise à Dieu qu’en cette fête de la conversion de saint Paul, nous nous décidions à être ses fidèles imitateurs, c’est-à-dire des hommes et des femmes ayant véritablement le Christ comme centre, comme critère et comme modèle ; que nous imitions l’Apôtre des Gentils dans cet amour passionné du Christ, ce zèle ardant et enthousiaste pour les âmes qui l’ont caractérisé toute sa vie. Nous demandons cette grâce pour chacun de nous à saint Paul Patron céleste du Regnum Christi.

Et pour terminer, je voudrais vous dire qu’il y a quelques jours, j’ai eu la grâce de célébrer la Messe en la Basilique de Nuestra Senora de Guadalupe, à Mexico, avec un groupe de membres du Mouvement. J’ai déposé devant elle, notre Mère, celle qui a évangélisé par sa bonté, sa simplicité, son humilité et sa foi sans limites, toutes vos intentions. Tous ensemble, demandons-lui d’être, comme elle, fidèles jusqu’à la mort. A la fin de la vie, rien de mieux ne pourra nous arriver que d’avoir vécu avec la bannière de la fidélité, par pur amour de Dieu. Maintenant que nous nous approchons du carême, nous pouvons beaucoup apprendre de l’exemple de la Sainte Vierge : elle qui est restée à ses côtés, toujours fidèle, jusqu’au Calvaire et au pied de la croix, alors que tous les disciples, excepté saint Jean, l’avaient abandonné. Elle nous obtiendra la grâce d’être fidèles à Jésus-Christ et de vivre et de mourir pour lui.

Avec mes salutations très cordiales à chacun d’entre vous, je reste votre dévoué serviteur en Jésus-Christ.

Alvaro Corcuera, L.C.

Lettre du père Alvaro Corcuera L.C - 110.5 ko
Lettre du père Alvaro Corcuera L.C




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