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De notre Directeur Général

Lettre du Père Alvaro Corcuera, L.C. Directeur Général de la congrégation des Légionnaires du Christ et du mouvement Regnum Christi, à l’occasion de la fête du Christ Roi

17 novembre 2008

Aux membres et aux amis du Regnum Christi A l’occasion de la solennité du Christ-Roi

Très chers en Jésus-Christ,

Nous allons célébrer prochainement la solennité du Christ-Roi, fête au cours de laquelle le Mouvement nous invite à renouveler notre amour et notre adhésion totale à Jésus-Christ. En ce jour, nous nous rappelons que nous ne sommes pas chrétiens « en raison d’une décision éthique ou d’une grande idée, mais à cause de la rencontre d’un grand évènement, d’une personne » (Benoît XVI, Deus Caritas est, § 1) ; et cette rencontre avec le Christ a donné un nouvel horizon à notre vie ainsi qu’une orientation décisive (cf idem).

Remercions Dieu de cette occasion de célébrer le Christ-Roi et de lui demander de régner en nous à chaque instant de la journée, nous aidant à penser, à parler, à agir et à aimer comme lui, selon son cœur. C’est la raison pour laquelle nous lui demandons toujours que son Règne vienne, pour qu’il remplisse de paix et de lumière chaque fibre de nos personnes. C’est la première fois que nous célébrons cette fête depuis le décès de Nuestro Padre, et, pour nous tous c’est un vivant engagement à faire avancer ce que Dieu nous a demandé, restant bien centrés sur le Christ. Dieu notre Seigneur nous invite à aimer le Christ avec passion et tout le reste naîtra de cet amour.

A cette occasion, je voudrais réfléchir avec vous sur la vie d’oraison, un thème sur lequel l’Esprit Saint ne cesse d’attirer notre attention en nous rappelant les paroles de saint Paul qui nous exhorte à prier sans cesse (cf. 1Th 5, 17). Prier toujours, parler et écouter, mettre en pratique ce qu’il nous dit avec tant d’amour. Beaucoup d’entre vous m’exposent souvent les difficultés qu’ils rencontrent chaque jour pour vivre leur vie chrétienne avec cohérence et pratiquer une charité authentique dans le monde contemporain. Il faut une grande force d’esprit et de nombreux sacrifices, héroïques parfois, pour témoigner du Christ parmi tous nos proches et toutes nos relations en gardant une attitude aimable, en travaillant honnêtement, en veillant à la fidélité matrimoniale, veillant aux relations professionnelles et aux affaires, veillant au respect des fiançailles, à la « biendisance », etc. Parfois même, sentons-nous que plus nous nous donnons au Christ et plus nous travaillons à l’extension de son Règne, plus l’ennemi de nos âmes est intéressé à nous éloigner de Dieu et à semer confusion et division autour de nous. La prière est l’aliment de nos vies et nous transmettrons aux autres ce que nous avons entendu pendant notre oraison. Parfois, prier peut nous paraître très difficile, mais Dieu nous a créés pour prier parce que prier, c’est vivre toujours en sa présence ; il habite en nous et nous connaît mieux que nous ne nous connaissons nous-mêmes. Celui qui prie, vit. Celui qui ne prie pas voit comment sa vie perd son sens et se dilue dans l’accessoire, les moyens devenant des fins. Son âme meurt et se remplit de tristesse. Celui qui prie voit tout comme Dieu le voit et son cœur se remplit de paix et d’un bonheur que nous ne trouvons pas en dehors de nous-mêmes. Dieu est amour et Dieu est en nous ; celui qui prie vit dans l’amour. Nous devons prier sans nous décourager parce que c’est Dieu qui, le premier, se penche vers ses enfants, les soutient de la délicatesse d’une mère et les accompagne avec la fermeté et l’amour d’un père, d’un frère, d’un ami fidèle.

Nous savons très bien qu’il n’y a que Dieu qui puisse nous donner la force nécessaire pour dépasser les différentes épreuves que nous traversons au cours de notre vie et que lui seul peut apaiser certaines situations personnelles ou familiales qui, humainement, nous sembleraient perdues. Nous notons tous, pourtant, que parfois, tout en étant très conscients de ce fait, notre manière d’être devant Dieu n’atteint ni la fréquence ni la profondeur qu’elle devrait avoir. Parfois, nous nous tournons vers Dieu quand nous n’avons plus d’autres recours sous la main. Ou bien même, nous pouvons tout simplement limiter notre prière à demander des comptes à Dieu sur le mal que nous rencontrons autour de nous.

Pour celui qui aime, tout contribue au bien, comme nous le lisons dans la Lettre aux Romains (cf 8, 28), et quand il y a oraison, notre vie se remplit d’espérance parce que, non seulement il n’y a rien d’impossible pour Dieu, mais il fera tout contribuer à un plus grand bien, y compris les peines humaines les plus grandes, les chutes et les défaites, les tristesses et les échecs. L’oraison n’est pas une issue de secours mais une réponse d’amour à Dieu qui est amour. L’oraison qui nous fait parler à celui que nous savons nous aimer et qui est surtout l’écoute du Doux Hôte de l’âme qui ne veut rien d’autre que nous dire combien il nous aime et combien il veut que nous arrivions au ciel. Celui qui prie devance le ciel parce que le ciel c’est être avec Dieu. A la fin de la vie, nous serons jugés sur l’amour, non sur nos qualités et réussites humaines, mais sur notre cœur. La question qui synthétise tout est : « Aimes-tu ». Et quand nous aimons, rien ne nous arrête, rien n’est impossible, au contraire, tout contribue au bien. C’est le don à Dieu et aussi, le don au prochain. « Si quelqu’un dit “j’aime Dieu” et qu’il n’aime pas son frère, c’est un menteur », dit saint Jean (cf 1Jn 4, 20) et c’est la raison pour laquelle, celui qui prie vivra toujours dans la charité. Dieu dira à son cœur : « regarde et aime ton frère, sans exception, comme je l’aime moi. Je l’aime en toi, à partir de ton cœur ». Celui qui aime ne craint pas, parce que Dieu est son bouclier, sa force et son soutien. A plus profonde prière, amour plus fort, sainteté plus grande et moins de crainte.

Cette fête du Christ-Roi nous invite à méditer cet aspect fondamental de notre vie chrétienne. Nous sommes tous émus par le témoignage de tant d’hommes et de femmes, tant de membres du Regnum Christi et autres réalités ecclésiales, qui sont parvenus à forger une solide habitude d’oraison et qui sont, pour nous tous, un exemple vivant de la pureté de l’âme unie au Christ. Cette relation assidue, constante et délicate avec le Christ dans la prière et l’Eucharistie, a été, pour eux et pour leurs proches, le remède le plus efficace contre toutes les maladies du corps et de l’âme. L’oraison est le lieu à partir duquel ces grands apôtres ont conquis leurs plus grands succès dans leur service à l’Eglise, profondément convaincus que tout est possible avec Dieu. Souvenons-nous du témoignage de Jean Paul II et des longs moments qu’il passa devant le Tabernacle. Cela nous pousse à nous demander d’où il tirait les forces pour réaliser ce qui semblait impossible, les forces pour ne jamais avoir peur, pour être le guide de tous. D’où naquirent tant d’initiatives, les Journées Mondiales de la Jeunesse, les rencontres de différents types, sa sagesse et sa détermination lorsque tombèrent les murs qui changèrent la situation du monde. Le bien qu’il a fait est incommensurable et tout est venu d’une attitude d’écoute constante et, donc aussi, de pouvoir réaliser, de mettre en œuvre, ce que l’Ami lui disait.

Dans l’Evangile de saint Jean, par l’image de la vigne et des sarments, le Christ, veut nous apprendre que : « le sarment ne peut pas donner de fruit par lui-même s’il ne demeure pas greffé sur la vigne ; de même pour vous, si vous ne demeurez pas en moi ». Et, un peu plus loin, il ajoute : « celui qui demeure en moi et moi en lui, celui-là donne beaucoup de fruit ; hors de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 4-5). Ces paroles nous permettent de comprendre que la vie de prière n’est pas quelque chose qui puisse se réduire à quelques instants accidentels ou accessoires, mais qu’elle doit en arriver à être une attitude intérieure permanente de nôtre âme, qui imprègne chaque instant de notre vie : c’est prier sans se décourager, prier sans cesse, être toujours avec l’Ami fidèle.

Dans l’oraison, dans ce dialogue amoureux, intime, de cœur à cœur, avec Jésus-Christ, c’est lui qui réalisera lui-même la transformation de nos âmes. « Le contact avec Dieu par la prière est source de certitude et de convictions, d’attitudes et de comportements concrets. Celui qui prie perçoit le besoin de conformer son esprit, son cœur, sa volonté et son action au vouloir très saint de Dieu, venu à notre rencontre : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ». Donc, en plus de la gloire de Dieu, le premier fruit de la prière est l’écoute et l’accueil serein, joyeux et plein d’amour de la volonté de Dieu par l’homme » (Manuel du membre du Mouvement Regnum Christi, n 106). Prier, c’est nous mettre dans la main de Dieu, le laisser nous guider et faire ce qu’il veut de nos vies. C’est aussi être attentifs à la voix de l’Esprit Saint, doux hôte de notre âme qui, de ses grâces innombrables, nous guidera et fera grandir notre vie de prière. Sans son aide, il serait pratiquement impossible de prier parce que, selon ce que nous rappelle l’apôtre « personne ne peut dire Jésus est Seigneur, si ce n’et par l’Esprit Saint » (1Co 12, 3).

Avec ces idées, je voudrais maintenant vous proposer quelques points qui, si Dieu le veut, pourront vous aider à améliorer votre relation personnelle avec Jésus, à l’écouter, à parler avec lui, en particulier pendant la méditation ou pendant les visites spontanées au Christ Eucharistie au cours de la journée.

1. La prière comme invitation personnelle du Christ pour être avec lui.

Au début de notre dialogue avec Jésus, la première chose que nous devons faire est de lui demander la grâce de concevoir l’oraison comme une véritable invitation de sa part, pour être avec lui. C’est lui qui prend l’initiative de l’oraison et qui m’invite. Donc, au début de la prière, nous devons toujours réserver un moment pour nous mettre en présence de Dieu. Cela aide à penser qu’il m’aime au point de vouloir parler avec moi, être avec moi, au point de vouloir transformer mon cœur en l’identifiant davantage au sien. De là naîtra un dialogue sincère avec Dieu : « Seigneur, je sais que, pendant cette prière, c’est toi qui m’invites à parler avec toi, parce que tu m’aimes. Et moi, j’ai confiance en toi, Seigneur ; c’est pourquoi j’accepte de tout mon cœur ton invitation à déposer en tes mains mon esprit, mon cœur et ma vie ». C’est Dieu qui s’incline et qui nous parle, avec la délicatesse et la douceur d’une mère, comme disent les psaumes. L’Imitation de Jésus-Christ, au chapitre II du second livre, dit : « Dieu protège l’humble et le sauve, il l’aime et le console ; il se penche, pour ainsi dire, sur l’homme humble ». Il remplit l’humble de paix, parce que sa présence est sa consolation.

De cette ouverture initiale à l’invitation de Jésus à prier, découlent presque spontanément les attitudes fondamentales de foi, espérance et charité. « La prière suppose l’exercice des vertus théologales. La foi, l’espérance et la charité sont l’expression privilégiée de la relation de chaque personne avec Dieu. Elles sont la source de sa vie intérieure et apostolique » (MMRC, N. 111). Une foi qui me fait me consacrer non pas à des idées, mais à la personne aimée qui est Jésus, l’ami de mon âme qui, par amour pour moi, s’est incarné et m’a racheté. Une foi qui nous fait voir beaucoup plus loin que l’obscurité, les préoccupations et les tristesses ; qui nous fait toujours aller de l’avant, qu’elles que soient les circonstances, mettant tous les évènements de notre vie sous la lumière de Dieu, et qui nous aide à être fidèles et persévérants jusqu’à la mort.

Avec ces sentiments, nous pouvons poursuivre notre dialogue avec Dieu : « Seigneur, tu sais que je crois en toi, que j’espère en toi et que je t’aime. Je te remercie Seigneur, du don de ma foi. Je te remercie d’avoir été si bon avec moi, de m’avoir permis de croire en toi et de faire l’expérience de toi. Seigneur, j’ai confiance en toi et je t’aime de tout mon cœur. Aide-moi à t’aimer plus, à te désirer davantage, à ne chercher que toi et ce qui te plaît. Seigneur, j’ai confiance en toi parce que tu es si bon que la seule chose que tu veux pour moi est que je sois heureux et qu’un jour j’arrive au ciel pour être avec toi. Parce que tu es le Ciel, Seigneur ».

Et arrive un moment où il n’y a peut-être plus besoin de dialogue, parce que nous sommes simplement en sa présence, le contemplant et lui exprimant notre affection et notre gratitude.

2. L’oraison comme occasion de grandir, de demander pardon et de supplier.

Je crois que nous pouvons toujours nous présenter à l’oraison avec beaucoup de gratitude. C’est ce qui doit d’abord jaillir naturellement de notre prière : « Merci, Seigneur ». Le remercier de tout ce qui nous arrive. « Merci Seigneur, d’abord parce que tu m’as invité à être là. Qui suis-je, moi, Seigneur, pour que tu m’invites à être avec toi ? Qu’est-ce que mon amitié t’apporte ? Toute la journée, tu frappes à la porte de mon cœur, passant des nuits hivernales en attendant que moi, je t’ouvre. Et tu es toujours là parce que tu m’aimes ». Là, maintenant, il convient que je te remercie pour ma famille, pour mon époux(se), mes enfants, mes parents. Que je te remercie du don de la vie, du don de la foi catholique. Et on continue en repassant petit à petit les autres dons qu’il lui a plus d’accorder à chacun d’entre nous : la santé, les talents artistiques, sportifs ou intellectuels, les succès au travail et dans les études, nos formateurs dans le Mouvement, etc. Tout, nous avons tout reçu de lui. Le remercier aussi des épreuves, des souffrances, des contretemps. Si nous entretenons cette attitude d’action de grâce, peu à peu, nous arriverons à percevoir la main pleine de bonté de Dieu Père, en toutes les autres circonstances de notre vie, y compris les croix qui, à première vue, sembleraient nous faire souffrir ou nous coûter davantage.

Une autre attitude qui devrait être présente dans notre prière c’est le pardon. Le demander avec beaucoup d’humilité. Non seulement pour nos fautes, mais aussi pour nos omissions. Pour tout ce qui aurait pu faire de la peine ou attrister son cœur : « Pardon pour toutes les fois où je t’ai oublié, Seigneur. Je te demande pardon pour tout ce dont je ne me suis pas même rendu compte et qui a pu te faire de la peine. Parce que j’ai pu te blesser en mon frère. Je te demande pardon si, dans ma vie quotidienne, je n’ai pas pensé comme toi ; je n’ai pas parlé comme toi ; je n’ai pas aimé comme toi. Mais, Seigneur, tu sais que c’est un pardon qui ne doit pas m’attrister, m’abattre, ni me décourager ; mais que c’est un pardon qui doit me permettre d’avoir encore plus confiance en toi, de t’aimer plus. Qui me permet de m’attacher à toi, qui n’engendre pas la tristesse en moi, même si mon âme souffre ; mais qui, au contraire, doit me remplir de confiance en ta bonté infinie ». Et cette attitude d’humilité nous préparera à entendre ces paroles de la part du Christ : « Mon enfant, je ne veux pas que tu sois davantage préoccupé ; je ne veux pas que tu ressasses ta faiblesse. Ne crois-tu pas en mon pardon ? à mon grand amour pour toi ? Crois-tu que je te veux triste ? Crois-tu que je te veux préoccupé ? ou plein de doutes ? Ne suis-je pas là moi qui t’aime tant ? Que veux-tu de plus ? »

De cette prière naîtra l’imitation du Christ. En célébrant la fête du Christ-Roi, nous voyons bien que l’important n’est pas tellement la célébration mais surtout notre façon de vivre le sens de cette vie. Par la contemplation, nous voyons que le Christ, alors qu’on lui demandait s’il était Roi, répondit en disant qu’il l’était mais que son Règne n’était pas de ce monde (cf Jn 18, 36). Au moment où il a dit qu’il était Roi, il avait une couronne d’épines, un corps flagellé et tout son être était couvert de blessures physiques et, surtout, morales. Dans l’oraison, nous voyons que, par l’humilité et la bonté nous régnons avec lui. Le pardon, la miséricorde et la grandeur d’âme étaient sa couronne. Ce n’était pas un règne du pouvoir, ni le règne de l’avoir, le règne des apparences, de protagoniste et de vanité. Ce n’était pas un règne qui cherchait à être servi, ou qui cherchait simplement la justice pour la justice, comme le ferait un justicier, mais dont la véritable finalité était une justice qui règne dans la charité. Un règne qui nous réunit en lui dans les épreuves et les souffrances de chaque jour, dans les croix silencieuses, grandes ou petites qui nous imprègnent de souffrances, mais qui nous ne nous abattent pas en nous permettant de nous attacher davantage à lui pour être les premiers à refléter la bonté du Christ, comme dans un miroir.

En troisième lieu, je vous invite à conserver une attitude de supplication dans votre vie d’oraison. Peut-être pourrions-nous éprouver une certaine honte en pensant que nous importunons Dieu en le suppliant toute la journée. Mais il n’en est pas ainsi. Dieu aime que nous lui demandions. Dans l’Evangile de la Vigne et des sarments, le Christ dit à ses disciples : « Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez et vous l’obtiendrez » (Jn 15, 7). Il veut nous donner ce que nous lui demandons. Il veut que nous le lui demandions parce que pour lui, c’est un plaisir et une joie de pouvoir tout nous offrir. Lui demander, comme nous disons dans une belle collecte de la sainte Messe, « même ce que nous n’osons pas demander » (cf. Oraison collecte du XXVIIe dimanche du Temps Ordinaire). Parfois, si nous n’osons pas demander c’est parce que nous oublions que le seul désir de Dieu c’est notre bonheur. Il veut que nous lui demandions : les personnes qui aiment se réjouissent en sachant qu’elles peuvent rendre leurs enfants heureux. « Seigneur abats mes craintes, vaincs mes peurs, triomphe de mes tristesses. Seigneur aide-moi à être ce que tu attends de moi, ce que tu veux que je sois. Retiens mon cœur, retiens mes mains quand elles pourraient blesser mon frère. Ne permets pas, Seigneur, que je me sépare de toi ; ne permets pas que je puisse éloigner les âmes de toi." Une prière de supplique pour que notre cœur soit comme le sien, doux et humble. Pour que nous fassions toujours le bien et que nous ne nous fatiguions jamais de faire le bien (cf 2Th 3, 13).

De là naît l’authentique zèle apostolique qui n’est pas un grandir pour grandir, avoir des résultats à tout prix, nous mesurer en fonction du quantitatif, etc. Tout cela nous aide, mais ce n’est rien de plus qu’un moyen et quand il n’en est pas ainsi, alors, nous blessons le cœur du Christ, et nous blessons aussi l’authentique sens de la croissance, qui est un pur service d’amour et par lequel nous communiquons l’amour de Dieu dans nos vies grâce à la prière, la parole, l’exemple et les œuvres. Donc, celui qui prie ne restera jamais le même et il sait que le feu de l’amour du Christ ne pourra retenir son cœur. Telle est l’expérience des premiers chrétiens.

3. La prière se renouvelle devant l’Eucharistie et par la lecture de la Parole de Dieu.

L’Eucharistie, unie à la Sainte Ecriture, sont les lieux privilégiés pour nos rencontres avec le Christ. Il est réellement présent dans le Tabernacle et il attend que nous venions le voir. Là aussi, il nous invite à le rencontrer. Il désire que nous lui fassions une visite ; et même, en un certain sens, on pourrait dire qu’il nous surprend parce qu’il veut nous offrir ses dons. Quand nous entrons à la chapelle, il nous dit : « Toi, mon enfant, merci d’être là. En vérité, tu me manquais ». Plaise à Dieu que nous vivions toujours près du Tabernacle. Combien peut nous aider, par exemple, de venir faire une visite au très Saint Sacrement pendant la journée pour consoler Jésus-Christ et passer quelques instants de paix avec lui. Celui qui aime le Christ et croit qu’il est resté avec nous jusqu’à la fin des temps, trouvera le temps, le moyen et le lieu pour l’accompagner. Et même, si nous n’avons pas l’occasion de venir physiquement devant lui, combien ne serons-nous pas aidés par une communion spirituelle ou une oraison jaculatoire en nous rappelant de tant de Tabernacles dans lesquels il se trouve et où personne ne vient le visiter.

La Sainte Ecriture est aussi source continuelle de méditation et de dialogue avec le Christ. Que de grâces et de lumières n’avons-nous pas reçues en lisant quelques phrases de la Bible. Il suffit de se souvenir comment un grand nombre de points essentiels de notre spiritualité viennent d’un regard attentif de l’Evangile : Incarnation, Gethsémani, la parabole de la Vigne et des sarments elle-même, etc. Du 5 au 27 octobre dernier s’est tenu, au Vatican, le Synode des Evêques sur la Parole. Dieu voulait que cet évènement nous aide tous à valoriser encore davantage le don qu’il nous fait par les Ecritures. Au cours de leur message de conclusion, les évêques nous ont invités à avoir toujours la Bible chez nous, à lire, approfondir et à en comprendre pleinement les pages afin d’en faire notre oraison et notre vie. Dieu fasse que la Bible, et spécialement l’Evangile, résonne en nos foyers dès le début du jour, afin que Dieu ait toujours le premier mot ; et que nous la laissions aussi résonner chaque soir afin que le dernier mot soit aussi de Dieu. Je crois que nous pouvons tous vivre encore davantage de la richesse de l’Evangile. Combien de fois lisons-nous l’Evangile sans que nous vies soient changées ? Si nous croyons à l’Evangile, en demandant à l’Esprit Saint que ce soit, pour nous, sa Parole vivante et efficace, nous y trouverons toutes les réponses aux questions de notre vie. Si nous pénétrons à fond l’Evangile, notre vie sera transformée et cela nous touchera au plus intime de nous-mêmes.

Rappelons-nous finalement que, pendant la journée, nous pouvons transformer notre travail quotidien en une prière qui plaira à Dieu. Nous ne pouvons pas prier sans travailler, ni travailler sans prier. Si nous prions sans travailler, peut-être manquera-t-il à Dieu le canal par lequel il voulait nous communiquer ses grâces ; si nous travaillons sans prier, notre travail portera difficilement des fruits pour le Règne du Christ. Donc, cherchons à engager des dialogues d’amitié avec le Christ et avec l’Esprit Saint, au milieu de nos activités ordinaires : Il nous faut être contemplatifs pour atteindre les buts que notre amour du Christ et des hommes nous proposent (Cf MMRC, n 112).

Nous ne prions jamais seuls : nous le faisons unis à toute l’Eglise. Jésus lui-même nous a dit : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18, 20). Je vous invite à profiter des occasions que vous avez pour prier en famille et à vivre aussi, dans un sens de prière, les différentes activités spécifiques du Regnum Christi, telles que les Rencontres avec le Christ, les Cercles d’Etude et presque toutes les activités d’équipe. C’est la raison pour laquelle nous les commençons presque toujours par une invocation à l’Esprit Saint. Je vous recommande surtout de faire en sorte que les « Rencontres avec le Christ soient une véritable rencontre personnelle et communautaire avec la personne de notre Seigneur Jésus-Christ.

Prions beaucoup pour que nous puissions être des personnes d’oraison, et que nous lancions les filets, comme les apôtres, le plus loin possible, vers l’éternité, et fassions le bien à chaque instant. L’oraison sanctifie les journées, chaque seconde ; et notre vocation est d’être saints. Demandons avec confiance, à notre directeur de section, à ceux qui nous guident et à nos directeurs spirituels, de nous aider à apprendre la façon de prier du Christ et cherchons à ce que les ambiances dans lesquelles nous vivons soient de véritables écoles de prière : Triduum, Cursillo et même une direction spirituelle, peuvent arriver à être des moments favorables pour un temps de prière avec nos formateurs et apprendre d’eux l’art de prier.

Je ne veux pas terminer sans tourner mon regard vers la plus grande maîtresse d’oraison de l’histoire. Celui qui veut réellement apprendre à prier doit obligatoirement le faire comme un enfant dans les mains de Marie. Il est certain que c’est elle qui a appris à Jésus, pendant les années de vie cachée à Nazareth, à faire ses premières prières. Il y a quelques semaines, au sanctuaire de Notre Dame de Pompéi, le Saint Père disait « qu’il était nécessaire avant tout de se laisser conduire par la main par la Vierge Marie pour contempler le visage du Christ : un visage joyeux, lumineux, douloureux et glorieux. Celui qui, comme Marie et avec Elle, conserve et médite assidûment les mystères de Jésus, assimile toujours davantage ses sentiments et se conforme à Lui » (Benoît XVI, méditation du 19 octobre 2008, à Pompéi).

Demandons à Marie la grâce de ne jamais cesser d’être éblouis devant tant de bonté de Dieu. Si nous pouvions nous rendre compte à quel point il est bon, vraiment, nous n’aurions pas de problèmes. Tant de bonté est incommensurable. Alors tout passe au second plan et nous paraît si peu. Sans l’oraison, notre âme meurt et notre terre devient aride et stérile. Avec l’oraison la terre porte du fruit pour la vie éternelle. Avec Marie, nous sommes certains de n’avoir rien à craindre. Combien les paroles de la Vierge de Guadalupe nous aident quand elle nous dit de ne pas être abattus : « Ne suis-je pas ici, moi qui suis ta Mère ? ».

Avec une profonde gratitude pour votre amitié et votre délicatesse, et mon souvenir spécial pendant mes prières, je vous reste très affectionné en Jésus-Christ.

Alvaro Corcuera, L.C.

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Lettre du Père Alvaro Corcuera, L.C. à l’occasion de la fête du Christ Roi 2008



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