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Lettres de notre fondateur

Lettre du Père M. Maciel, L.C. à l’occasion de la fête du Christ Roi (21 novembre 2004)

Que ton Règne vienne !

Rome, le 1er octobre 2004

A tous les membres du Regnum Christi, à l’occasion du Christ-Roi

Très chers en Jésus-Christ,

La solennité du Christ-Roi de l’Univers, que nous allons célébrer le 21 novembre, fait partie de l’année que le Saint-Père a consacrée à l’Eucharistie et qui commencera le 10 octobre par le Congrès Eucharistique International de Guadalajara, au Mexique.

Cette coïncidence particulière me donne le thème de la lettre de cette année qui a pour but, outre de vous envoyer de cordiales salutations et l’assurance de ma présence spirituelle, de vous proposer, dans une écoute attentive à l’Esprit Saint, une consigne sur laquelle vous pourrez centrer votre attention au cours de cette année.

Dans la lettre que je vous avais envoyée pour le carême de l’an 2000, je vous offrais quelques pistes pour approfondir votre amour pour le Christ Eucharistie et pour vivre votre vocation chrétienne de façon plus fervente. A cette occasion et, soutenant une fois de plus l’initiative du Saint Père, je désire également insister sur le besoin d’être plus conscients de la prépondérance absolue de la grâce dans notre vie, comme condition indispensable pour rester unis à la Vigne et donner les fruits de sainteté et d’apostolat que Dieu attend de nous, individuellement et comme Mouvement.

1) « Sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5) : la primauté absolue de la grâce dans notre vie

L’insistance et la force avec lesquelles le Pape exhorte toute l’Église à se centrer sur l’essentiel de la foi et sur les racines de notre vie chrétienne attirent notre attention. Dans sa Lettre apostolique Novo Millenio Ineunte, il trace, pour ainsi dire, la « feuille de route » que l’Église doit suivre au début de ce troisième millénaire. Et, avant tout, il établit comme priorités pastorales, comme normes d’actions : la sainteté, la prière, l’Eucharistie dominicale, le sacrement de la réconciliation, l’écoute et l’annonce de la Parole de Dieu. Le Pape mentionne ensuite les défis et les problèmes les plus concrets et les plus stimulants : les thèmes sociaux, l’œcuménisme, les vocations, l’action missionnaire et l’évangélisation. Même le « pari de la charité », auquel le Pape fait référence, n’apparaît qu’en second. En effet, peut-on vivre l’amour chrétien sans être uni à la source de l’amour qui est Jésus-Christ ? Ce n’est qu’ainsi que notre charité est authentiquement celle du Christ ; sinon, celle-ci se dilue en altruisme, en philanthropie ou en vagues sentiments de fraternité universelle.

Cela n’a donc rien d’extraordinaire qu’au début du troisième millénaire, la première encyclique du Pape ait justement eu pour thème l’Eucharistie dans ses rapports avec l’Église et qu’il ait voulu consacrer cette année à la mise en valeur du culte eucharistique. Qu’y a-t-il derrière cette insistance ? Certains pourraient penser qu’il s’agit d’un élément de dévotion personnelle du Pape ou d’un désir compréhensible d’imprimer une « touche » spirituelle ou pieuse à un programme pastoral. Je n’y trouve, pour ma part, qu’une seule explication : la profonde conviction de Jean Paul II de la primauté de la grâce comme « principe essentiel de la vision chrétienne de la vie » (Cf Novo Millenio Ineunte, n° 38). A mon avis, c’est là que se trouve la clef d’interprétation pour comprendre le long et profond pontificat de ce Pape que certains qualifient déjà de « grand ». Le secret du dynamisme et de la réussite de cet homme si extraordinaire, réside en grande partie dans la certitude que, sans la grâce qui lui vient du Christ, lui, comme Vicaire du Christ, ne pourrait rien faire.

« Nous avons peiné toute la nuit et nous n’avons rien pris » (Lc 5,5)

Les Apôtres ont fait personnellement l’expérience de ce « sans moi vous ne pouvez rien faire » ; ils furent les premiers destinataires de l’exhortation de Jésus à demeurer en lui. La vocation et la mission de Pierre se sont révélées au cours d’une expérience d’échec, précisément au lac de Tibériade dont il connaissait tous les secrets mieux que personne. En cette nuit providentielle dans les plans de Dieu, son savoir-faire et son expérience ne servirent à rien, ni non plus les filets, ni les outils de pêche, ni même le temps employé ; bien qu’ils aient fait tous les efforts possibles, à chaque fois, les filets sont remontés vides. « Rien, nous n’avons rien pêché ». Comme il a dû être difficile et humiliant pour Pierre et ses compagnons de travail de prononcer ces mots ! L’expérience humaine de l’échec, de la stérilité est probablement l’une des choses les plus amères et les plus difficiles à accepter.

Il est intéressant d’observer le profond contraste entre la première partie de la scène - TOUTE LA NUIT - et les résultats si disproportionnés qui suivirent - nous n’avons RIEN pris. On dirait que, plus l’effort humain fourni en marge du Christ est énorme, plus grande est l’expérience d’incapacité et de frustration. En effet, Jésus-Christ ne nous a pas dit : « Sans moi, vous ne pourrez pas faire grand’chose » ou « vous devrez vous fatiguer deux fois plus » ; il n’a pas dit non plus : « Avec moi, vous réussirez mieux les choses ». Non. Il a utilisé un mot qui ne laisse la place à aucun doute : rien !

Il faut aller encore plus loin : outre le fait que celui qui agit séparé de lui ne peut rien, même les résultats humains et les oeuvres bonnes - mais accomplies sans demeurer en Lui, c’est-à-dire sans dimension surnaturelle - ne servent à rien, sont gâchées, sont des bonnes œuvres « dispersées » : « celui qui n’est pas avec moi, est contre moi, et celui qui n’amasse pas avec moi, disperse » (Mt 12,30). Donc, l’efficacité humaine privée de son sens surnaturel, manque de fruits de salut. « Non, ce n’est pas une formule qui nous sauve, dit le Pape, mais une personne et la certitude qu’elle nous inspire : Moi, je suis avec vous ! » (Novo Millennio Ineunte, n° 29). Ce ne sont pas les programmes, ni la méthodologie, ni les stratégies d’action, mais la mesure de notre union au Christ qui donne à nos œuvres ce fruit abondant qui demeure en vie éternelle (cf Jn 15,16).

N’est-il pas vrai, chers membres du Regnum Christi, que vous avez vous aussi fait très souvent la même expérience que Pierre ? Que d’efforts inutiles ! Que de bonnes actions mais non accomplies en lui ! On pourrait décrire, pour ainsi dire, une « phénoménologie de la stérilité » qui comprendrait peut-être des réalités très diverses de notre vie personnelle, familiale, professionnelle et apostolique. Nous nous fatiguons beaucoup pour être saints, pour acquérir des vertus et faire des progrès dans la vie spirituelle mais, ainsi, nous pouvons perdre de vue que l’unique source de notre sainteté est Dieu, que les directions spirituelles, les programmes de réforme de vie, les retraites, etc., ne servent pas à grand’chose si lui, la pierre angulaire, ne construit pas l’édifice de notre sainteté ; qu’il est très difficile, pour ne pas dire impossible, de persévérer dans une vie conjugale et familiale sans rester unis à Celui devant lequel vous avez prononcé votre premier oui.

C’est peut-être dans l’apostolat qu’on fait l’expérience du terrible réalisme de ces mots de Jésus. Il est admirable de voir le dévouement et la générosité d’un grand nombre d’entre vous. Mais il est également triste de voir le spectacle des âmes, bonnes peut-être, mais qui laissent filer les jours sans rien faire, enterrant les talents que Dieu leur a donnés, sans recueillir de véritables fruits de sainteté et d’apostolat. D’autres, par contre, se laissent avaler par le tourbillon d’activités qui leur fait totalement perdre le sens de leur apostolat. Il est tellement facile de contracter cette sorte de cancer que représente l’activisme ! Le problème de l’activisme n’est pas de faire peu ou beaucoup, mais de le faire mal, parce que ce sont des actes sans âme, réalisés uniquement par nos propres « muscles ».

C’est là que l’on trouve l’explication de cette ferveur de feu d’artifice qui s’éteint à la première difficulté, qui, comme le fils de l’Evangile, dit oui, mais qui finalement ne va pas à la vigne et ne termine pas l’œuvre commencée (cf Mt 21,28-32). Quand on ne demeure pas en lui, on finit par abandonner, sous le poids de la fatigue, ou par découragement devant les échecs, ou devant le manque de réponse des gens. Et pourtant, tout en étant des éléments de purification de l’apôtre, ceux-ci préparent habituellement les grandes récoltes pour le Règne. Quand on ne travaille pas avec lui et pour lui, il est très facile de tomber dans un apostolat superficiel qui se contente de satisfaire les gens mais qui n’engage pas envers le Christ, un engagement où manque l’ardeur apostolique et le dynamisme propre à celui qui laisse le premier rôle à l’Esprit Saint.

« En ton nom, je jetterai les filets »

Ces paroles ont suffit pour remplir les filets et faire déborder le cœur de ces pêcheurs d’hommes. Il n’était pas question d’expérience ni d’habileté, ce n’était pas non plus à cause du manque de chance ou de la mer agitée ; le problème était intérieur. Au moment où Pierre reconnaît humblement son impuissance et fait confiance au Maître, à cet instant précis, Jésus-Christ réalise d’un seul coup, en un instant, contre toutes les règles, le miracle des filets pleins de fruits. « En ton nom » : il faut beaucoup d’humilité, beaucoup de foi et de confiance en Dieu pour le laisser guider toutes nos actions. L’humilité est la première condition pour demeurer en lui.

En vivant cette attitude de Pierre, nous obtenons non seulement les fruits que nous désirons tant, mais nos échecs et nos faiblesses cessent d’être des obstacles et se font « pédagogies » qui nous conduisent jusqu’à Dieu et décuplent les fruits de nos œuvres. Parfois, Dieu permet que nous éprouvions l’échec apparent, la faiblesse et la stérilité en nos vies, pour nous approcher plus près du Christ, avec une plus grande force. Ce n’est qu’au moment où les apôtres ont compris qu’avec cinq pains et deux poissons ils ne pourraient jamais donner à manger à cinq mille personnes que Jésus a réalisé le miracle de la multiplication (cf Lc 9,13). Ce n’est que lorsque Pierre comprit le pouvoir de Dieu agissant à travers sa faiblesse qu’il a pu s’exclamer : « Eloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur ! » (cf Lc 5,8). Et là, il devint « pêcheur d’hommes ». Trois ans plus tard, au même lac de Tibériade, ce sera Jean qui, par une expérience d’échec similaire, reconnaîtra le Ressuscité et se verra confirmé dans sa mission : « C’est le Seigneur ! » (Cf Jn 21, 7).

Mais, de plus, les paroles du Christ ont un autre versant, une autre face. S’il est vrai que sans la grâce de Jésus-Christ nous ne pouvons rien, il est également certain qu’il veut se servir de nous pour accomplir son œuvre et qu’avec lui, nous pouvons tout. « Je peux tout - disait saint Paul - en celui qui me donne la force » (Ph 4,13). Donc, les paroles que le Christ adresse à saint Paul : « ma grâce te suffit, car la puissance se déploie dans la faiblesse » ont été pour lui un motif de joie parce que « quand je suis faible, c’est alors que je suis fort » (cf 2 Co 12,9-10). Ce fut également mon expérience au long des années de fondation de cette œuvre de Dieu. La Légion du Christ et le Mouvement Regnum Christi ne sont pas des œuvres humaines. La certitude de me savoir choisi de façon imméritée pour être son instrument m’a accompagné tout au long de ces années. Au soir de ma vie, il me reste la profonde satisfaction, malgré mes limites et mes faiblesses, d’avoir fait tout ce qui était possible pour me mettre à sa disposition avec une pleine docilité et un amour total, pour la réalisation de cette mission.

« Sans moi, vous ne pouvez rien faire, demeurez en moi ». Comme nos vies seraient différentes, très chers membres du Regnum Christi, si nous croyions vraiment, avec une foi vivante, à ces paroles de Jésus ; si ces réalités cessaient de n’être qu’une chose sue, claire, et devenaient une certitude qui inspirait et motivait tout notre être et tout notre agir !

2) Deux modèles d’action pour demeurer en lui et donner du fruit en abondance

La vie de grâce

La première conséquence pratique pour celui qui vit avec certitude le fait de ne rien pouvoir sans lui, est le besoin d’entretenir l’état habituel d’amitié et de communion avec Dieu. Comme nous le rappelle la doctrine de l’Église : « la charité du Christ est en nous la source de tous nos mérites devant Dieu » (Catéchisme n° 2011). Sans la vie de grâce, nous sommes des cadavres ambulants ; nos œuvres, aussi bonnes qu’elles puissent être, n’ont aucune valeur en face de l’éternité, ce sont des œuvres mortes parce qu’il leur manque le principe vivifiant de la grâce.

La conscience de cette réalité doit nous inciter, non seulement à défendre et à protéger la pureté de notre amour, à programmer une lutte sans merci contre toute manifestation de péché mortel et même de péché véniel en nos vies, mais elle doit aussi nous encourager à vivre de façon positive, c’est-à-dire à chercher à faire grandir et à faire fructifier ce trésor que nous portons en des vases d’argile. Pour y arriver, nous pouvons mieux profiter des moyens si merveilleux que nous donne notre Mère l’Église, en particulier les sacrements de la réconciliation et de l’Eucharistie, vécus non pas dans une éthique minimaliste, mais avec la fréquence et les attitudes de celui qui cherche à développer et à consolider sa relation d’amour avec le Christ.

Cette année spécialement consacrée à l’Eucharistie est une occasion extraordinaire que Dieu nous accorde pour approfondir notre relation personnelle avec le Christ, pour faire du Christ Eucharistie « la source et le sommet de toute notre vie chrétienne » (Vatican II, Lumen Gentium, n° 11). Faites de la messe le centre de tout votre dimanche et le moment familial par excellence, certains que la famille se fait aussi, d’une certaine façon, autour de l’Eucharistie ; et que la messe, parce qu’elle est œuvre de Dieu et non des hommes, est la prière la plus parfaite et l’apostolat le plus grand que nous pouvons réaliser.

Je vous invite chaleureusement, très chers membres du Regnum Christi, à prolonger ce moment dominical pendant toute la semaine, en participant fréquemment à la Sainte Messe, au début de la journée, ou bien à la sortie du travail ou de l’université. Et si cela n’est pas possible, par la réception fervente de la communion, chaque jour si possible. L’action de grâces après la communion doit être le moment de plus grande intimité de toute la journée. Une des plus profondes images de mon enfance est celle de ma mère, à genoux sur un prie-Dieu de l’église, les yeux fermés, comme totalement retirée du monde extérieur, restant ainsi parfois de longs moments en dialogue intime et personnel avec son Jésus qu’elle venait de recevoir dans son cœur. A ses côtés, en la voyant, j’ai appris à goûter la saveur de l’amitié avec le Christ Eucharistie, j’ai aimé pour toujours cette prière de cœur à cœur avec l’Ami.

Il est très enrichissant de voir tant d’adolescents et de jeunes qui, avant de commencer les cours, ou profitant d’un moment de repos entre deux cours, vont faire une visite au Christ Eucharistie à la chapelle. Je connais plusieurs hommes qui, en rentrant de leur travail, ont l’habitude de rester quelques instants dans une église ou un oratoire, pour être seuls avec Dieu ou pour résoudre les problèmes de la journée dans le dialogue avec lui.

Il suffit parfois de détails apparemment insignifiants pour cultiver la foi et réchauffer l’amour : une génuflexion faite sans précipitation, avec ferveur et sens d’adoration, par exemple, peut être une expression claire de la beauté et de la délicatesse spirituelle d’une âme. D’autre part, pour ceux qui la voient, elle représente une proclamation silencieuse qu’il est réellement présent et mérite ce qu’il y a de meilleur. Soyez donc des personnes d’Eucharistie ; faites du Tabernacle le lieu de votre rencontre préférée, votre point de référence. C’est là que se construisent les véritables saints, là que naissent les grands apôtres et les grands prédicateurs ; c’est là que se récoltent les fruits apostoliques qui demeurent.

La vie de prière

Reconnaître l’absolue prépondérance de la grâce de Dieu en notre vie, signifie ensuite une lutte pour être un homme ou une femme de profonde vie d’oraison, c’est-à-dire des âmes qui, non seulement ont l’habitude de prier à certains moments, mais qui vivent immergées en Dieu, habituellement unies à lui ; âmes qui ne font pas qu’accopmlir les engagements spirituels de l’Église et du Mouvement, mais qui construisent leur vie sur le roc solide de Dieu, qui donnent une dimension surnaturelle à tout ce qu’elles font, qui prient en travaillant et s’appliquent à penser et à sentir selon l’esprit et le cœur du Christ.

Je sais que vous êtes nombreux à éprouver des difficultés à concilier engagements spirituels et occupations, et que vous devez même batailler pour trouver un espace de paix, quelques minutes, pour prier seul à seul avec Dieu. Le temps sera toujours un défi, mais jamais une excuse pour abandonner ou repousser à plus tard la vie de prière. Les saints d’hier et d’aujourd’hui nous en donnent un clair exemple. Ils ont été de grands hommes de prière parce qu’ils ont été de grands contemplatifs.

C’est pourquoi, mes chers membres du Regnum Christi, il faut non seulement le désir ou la bonne intention de prier, mais il faut surtout faire un choix radical, conscient, en faveur de la prière, qui vous poussera non seulement à donner à Dieu ce qui est à Dieu, mais aussi vous fera préférer, quand il le faudra, faire passer les choses de Dieu avant celles de César. Au cours de la journée, il y a des temps déterminés, même courts, auxquels vous devriez tous aspirer parce qu’il s’agit de moments pour ainsi dire, « sacrés », exclusivement réservés à Dieu. C’est cette détermination, ce choix radical pour son Père, qui a poussé le Christ à rechercher ces endroits et ces instants propices pour être avec Dieu, à ne pas laisser passer un seul jour sans être avec lui, et même à interrompre des projets ou activités apostoliques importants. Sans ce choix en faveur de la prière qui est choix en faveur de Dieu, nous trouverons toujours, comme Marthe, des excuses importantes et urgentes pour retarder cet « unique nécessaire » que Marie a su choisir.

Quand vous remarquez que les années passent et que vous n’avancez pas dans votre vie spirituelle, quand vous découvrez que vous n’êtes que bons, mais pas saints, quand vous sentez que votre vie apostolique s’ankylose, que manquent en vous l’enthousiasme pour le Christ et pour votre mission, que vous ne portez pas les fruits attendus, demandez-vous, avant de penser aux méthodes ou autres choses, si vous avez suffisamment prié et dans quelle mesure Dieu occupe vraiment la première place dans votre vie. Dans la réalité du monde qui nous entoure, sans la prière, non seulement ne seriez-vous que des chrétiens médiocres, mais, comme l’affirme le Pape, vous seriez des « chrétiens en danger » (cf Novo Millenio Ineunte n° 34), vulnérables face à n’importe quelle attaque ennemie ou face au va-et-vient des circonstances.

En réalité, mes chers membres du Regnum Christi, il est très simple de rester intimement unis à Dieu pendant la journée ! En vous levant, commencez votre journée par un « Que ton Règne vienne ! » qui n’est qu’une autre façon de répéter les paroles de Pierre : « En ton nom ! ». Habituez-vous à élever votre pensée et votre cœur vers Dieu au début de chaque activité en lui disant : « En ton nom ! » - « En ton nom, je vais à mon lieu de travail, ou à la maison, ou faire des courses, ou à l’université » ; « en ton nom, j’étudie ou je travaille ; en ton nom, je prie ou je réalise mon apostolat ; en ton nom, je me distrais ou sors avec des amis... ». Ainsi, tout devient prière, tout devient occasion d’être avec lui ; tout acquiert une valeur d’éternité et devient un moyen efficace d’apostolat, parce que ce n’est pas nous seuls qui faisons les choses, mais c’est lui et nous ; cela aussi s’appelle prier, demeurer en lui.

Dans votre propre vie, l’assimilation de cette exhortation du Christ à demeurer unis à lui pour pouvoir donner beaucoup de fruits a de très nombreuses conséquences. Cependant, je considère que ces deux aspects, la pratique sacramentelle assidue, spécialement la vie eucharistique, et la vie de prière, constituent la base de tout le reste et peuvent être deux modèles d’action très concrets pour vivre plus intensément cette année consacrée à l’Eucharistie par laquelle le Pape veut nous inviter à donner la primauté à Dieu dans notre vie.

Je prie la très Sainte Vierge Marie, femme « eucharistique » par excellence, sarment qui est resté indéfectiblement uni à la Vigne, pour chacun de vous afin que, comme en elle, Dieu regarde votre petitesse et, par sa toute-puissance, réalise de grandes œuvres en vos âmes et, par votre intermédiaire, en tous ceux qui vous entourent.

Je vous quitte en réitérant mes salutations et en vous demandant de prier pour que Dieu notre Seigneur me donne la grâce de rester fidèle au don du sacerdoce qu’il m’a accordé et dont, grâce à lui, j’aurai le bonheur de célébrer les soixante ans le 26 novembre prochain.

Je demeure votre dévoué serviteur en Jésus-Christ,

Père Marcial Maciel, L.C.




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