Benoît XVI : "Le Mozart de l’Eucharistie !" Si j’ai bon souvenir, j’ai entendu Nicolas Buttet parler ainsi de notre Pape lors de sa bouleversante conférence sur l’Eucharistie, à "Bruxelles-Toussaint 2006".
Mais, justement, tant que nous en sommes au divin Amadeus, imaginez qu’un splendide concert Mozart soit organisé au Palais des Beaux-Arts (cela rime bien...) et que le chef d’orchestre, tout en expliquant l’architecture et le mouvement de la symphonie « Jupiter », rappelle incidemment à l’auditoire qu’il faut éviter de tousser durant l’exécution et éteindre tout téléphone portable. Vous seriez surpris de lire le lendemain dans la presse une chronique musicale évoquant le concert, sans même mentionner qu’il était consacré à Mozart, mais disant simplement que le chef d’orchestre condamne sans appel la téléphonie sans fil et se montre d’une implacable intransigeance à l’égard des mélomanes enrhumés.

Mgr Leonard, évêque de Namur
Or c’est à peu près ce qui s’est passé lors de la publication de l’admirable Exhortation post-synodale de Benoît XVI (le Mozart de l’Eucharistie !), intitulée « Le sacrement de l’amour ». Tout en reprenant fidèlement les interventions des évêques présents à ce Synode sur l’Eucharistie en 2005, le Pape y ajoute quelques notes à la tonalité plus personnelle sur la beauté de l’Eucharistie, source, cœur et sommet de la vie chrétienne. Il le fait avec cette simplicité, cette pédagogie, ce beau sens de la formule juste, qui le caractérisent et attirent à Rome, lors des audiences publiques, des foules de plus en plus compactes.
Tout y est dit, sobrement et « bellement », sur l’Eucharistie comme mystère à croire, à célébrer et à vivre.
La première partie est l’occasion d’une limpide catéchèse sur le lien entre l’Eucharistie, les trois Personnes de la Trinité, les sacrements de l’Église, la Vierge Marie et la vie éternelle. Superbe !
La seconde partie donne à Benoît XVI l’occasion de plaider avec cœur, comme il le fait si souvent, pour l’art de bien célébrer la messe, d’une manière si belle et si juste qu’elle soit vraiment digne du mystère de Dieu et de la profondeur de l’existence humaine, en évitant les platitudes qui plaisent pour un temps, mais défigurent à long terme la liturgie de l’Église et la rendent indigne du Seigneur et de l’homme. Benoît XVI s’y exprime longuement, et avec beaucoup de nuances, sur les exigences authentiques d’une « participation active » à la messe. Il consacre également d’admirables développements au sens et à la beauté de l’adoration eucharistique.
Dans la troisième partie, enfin, le Pape développe le rejaillissement de l’Eucharistie sur toutes les vocations chrétiennes et sur les divers aspects du témoignage chrétien à l’intérieur de l’Église et dans le monde, plaidant pour un souci de cohérence entre la participation à l’Eucharistie et nos engagements dans l’Église et la cité.
Quelle surprise, le lendemain de la publication, d’entendre à la radio ou à la télévision ou de lire dans la plupart des journaux des commentaires de l’Exhortation qui, parfois, ne mentionnaient même pas son objet et ne disaient rien de son contenu essentiel ! Ceux qui avaient rédigé ces chroniques semblaient s’être comportés comme ces garnements qui jadis, à l’école, repéraient uniquement dans un roman de Green ou de Mauriac (heureuse époque !) les quelques lignes un peu scabreuses (si peu...) pour s’en délecter. Dans cette immense symphonie du Mozart de l’Eucharistie, ils avaient seulement retenu quelques lignes où, en passant, le Pape rappelle des positions, par ailleurs bien connues, concernant certains points de morale ou de discipline. Comme pour le concert évoqué plus haut !
La presse rend des services inestimables dans nos sociétés démocratiques. Mais je suis quand même régulièrement sidéré par la déconcertante humilité de certains journalistes qui, sans doute pour éviter qu’on se fasse d’eux une idée trop élevée, jugent indispensable de se comporter régulièrement comme des potaches et, en vertu d’un étrange masochisme expiatoire, s’appliquent laborieusement à écrire des commentaires dont l’indigence conduit les lecteurs à déconsidérer leur profession. "Ô l’étrange passion de l’abaissement !", comme aurait dit de Gaulle...
Mgr A.-M. Léonard,
Évêque de Namur.
28/03/2007