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De notre Directeur Général

Le Père Alvaro Corcuera,L.C. s’adresse aux membres et amis de Regnum Christi

Lettre du père Alvaro Corcuera, L.C. Directeur Général du mouvement Regnum Christi et de la congrégation des Légionnaires du Christ, écrite à l’occasion de la fête du Christ Roi.

Rome, le 14 novembre

Aux membres et aux amis du Regnum Christi, A l’occasion de la solennité du Christ Roi.

Très estimés en Jésus-Christ,

A l’approche de la fête du Christ-Roi, comme le veut la tradition je désire vous saluer et me rendre présent au milieu de vous, par cette lettre dont la finalité est de nous exhorter à vivre notre vocation chrétienne d’une façon plus parfaite. Nous avons récemment célébré, place Saint-Pierre, à Rome, la béatification de 498 martyrs espagnols qui, comme en tant d’autres lieux au cours de l’histoire, sont morts en criant « Vive le Christ-Roi ! », n’ayant pas hésité à donner leur vie pour leur plus grand amour, Jésus-Christ. L’amour et la fidélité héroïque envers l’Eglise est peut-être un des traits les plus remarquables des martyrs et des saints. Par les lignes qui suivent, je voudrais vous proposer quelques points qui nous aideront à ranimer en chacun d’entre nous, cet aspect indispensable à notre vie spirituelle de chrétiens et d’hommes et de femmes du Règne : l’amour ardent envers l’Eglise.

1) Fondement de notre foi et de notre amour pour l’Eglise

Nous croyons et nous aimons l’Eglise parce que nous avons la certitude qu’elle n’est pas de nous, mais du Christ ; tel est le motif principal de notre fidélité. C’est dans le Christ que l’Eglise trouve l’origine, le soutien et la raison d’être de son existence. Dans la mesure où elle est du Christ, elle conserve sa beauté et sa véritable identité, et ce n’est qu’en lui et à partir de lui, qu’elle peut réaliser sa mission dans le monde. L’Eglise fondée par Jésus-Christ, qui continue d’exister dans l’Eglise catholique gouvernée par le Pape, successeur de Pierre, et les autres évêques en communion avec lui, est le sacrement universel de salut, c’est-à-dire, l’instrument par lequel les fruits de rédemption arrivent à tous les hommes par l’Esprit Saint et des sacrements. L’Eglise est donc le moyen par lequel Dieu continue son histoire d’amour envers chacun d’entre nous, c’est le chemin par lequel se produit la rencontre pour notre salut, c’est le lieu où il nous manifeste sa volonté dans l’aujourd’hui de notre vie...

Quelle consolation et quelle assurance nous donne de savoir que notre foi catholique se fonde sur le roc inébranlable de la parole du Christ, que l’Eglise n’est pas principalement l’œuvre des hommes et que « les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle » (Mt 16, 18) . L’histoire de ces deux mille ans - remplie de persécutions, de schismes et de divisions, d’hérésies, de sainteté et de péché - en est une preuve irréfutable. Et même si nous pouvons, parfois, sentir les secousses des vagues et la violence du vent, nous n’avons rien à craindre parce que nous savons en qui nous avons mis notre foi et parce que nous sommes sûrs de sa puissance (cf 2Co 1, 12) et parce que, lui, le Seigneur de l’histoire qui régit les destinées humaines, est celui qui dirige la barque de Pierre, qui calme la tempête et qui chemine sur les eaux. «  Ne craignez pas, petit troupeau" (Lc 12, 32). La promesse du Christ nous donne la certitude de pouvoir vivre toujours en paix dans le sein de l’Eglise, d’avancer sans trouble, même au milieu des tentations et des difficultés ; avec elle et en elle, nous ne nous tromperons pas, tout comme les saints ne se sont pas trompés, eux qui ont su faire pleinement confiance à Dieu.

Il y a une pensée très éclairante de saint Paul qui nous révèle le second motif pour lequel nous devons aimer l’Eglise. Parlant aux chrétiens d’Ephèse à propos de ce que doit être la relation entre mari et femme, il prend comme modèle la relation de Jésus avec son Eglise : « Le Christ a aimé l’Eglise et s’est livré pour elle » (3, 5). Il ne l’a pas constituée par un acte formel, juridique, mais il l’a engendrée grâce à ses paroles, à ses œuvres, ses larmes et ses souffrances, versant littéralement pour elle jusqu’à la dernière goutte de son précieux Sang. L’Eglise vaut ce que vaut la croix du Christ. C’est ainsi que l’ont interprété de nombreux Pères de l’Eglise qui ont vu la naissance de l’Eglise dans cette eau et ce sang jaillissant du côté de Jésus (cf Catéchisme 766). Tel est le prix que Dieu a payé pour elle ! L’Eglise, mes chers amis et membres du Mouvement, mérite tout notre amour et toute notre vénération parce que c’est l’œuvre de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus. C’est pourquoi nous devons faire la même chose que celle que fit Jésus : l’engendrer en notre cœur par la sainteté de notre vie quotidienne et vivre en elle, en donnant tout notre être avec générosité pour la rendre plus belle et plus sainte, plus aimée des hommes.

Jésus n’a pas seulement fondé son Eglise et ne l’a pas seulement aimée jusqu’à l’extrême en mourant pour elle, mais il est aussi présent en elle, il vit en elle parce qu’il veut aussi s’identifier avec nos frères les hommes. Et c’est là le troisième motif de notre foi et de notre amour envers l’Eglise. C’est « le lieu où fleurit l’Esprit Saint » (Catéchisme 749), précisément parce que c’est l’esprit du Christ qui la vivifie, l’anime et la soutient. La promesse du Christ « Je suis avec vous jusqu’à la fin des temps » (cf Mt 28, 20), se réalise de façon concrète et visible dans l’Eglise qui est éternelle. Nous savons que, comme catholiques, nous ne pouvons pas dire : « le Christ oui, l’Eglise, non ». Et que notre foi est unie à la pratique. Notre « croire » ne signifie pas adhérer à une idée, ou à une théorie, mais à la personne du Christ, par nos propres œuvres et notre pratique religieuse. C’est comme si on disait à une personne qu’on l’aime alors que, par nos actes, nous ne l’aimerions pas. Si nous aimons réellement quelqu’un, et vraiment nous aimons notre famille qui est l’Eglise, alors nous cherchons à vivre tous ensemble ce qu’elle nous demande. L’Eglise n’est pas la somme des individus, mais c’est un Corps où nous sommes tous unis aux moments de bonne santé comme de maladie, où personne ne va tout seul et ne doit se sentir seul et où le salut de mon frère, quel qu’il soit, est pour ses fils une raison de se donner soi-même et de prier. C’est vivre davantage pour Dieu et pour le prochain que pour nous-mêmes. Déjà, l’apôtre saint Jacques disait : « Montre-moi ta foi sans les œuvres ; moi c’est par mes œuvres que je te montrerai ma foi ! » (Jc 2, 18). Ma foi et mon amour de Dieu ne peuvent jamais être séparés de la foi et de l’amour envers l’Eglise. « Croire que l’Eglise est “sainte” et “catholique” et qu’elle est “une” et “apostolique” est inséparable de la foi en Dieu, Père, Fils et Esprit Saint » (cf Catéchisme 750). Comme l’affirme saint Cyprien, « On ne peut pas avoir Dieu pour Père si on n’a pas l’Eglise pour Mère ».

2) Quelques manifestations de notre amour filial envers l’Eglise

Je voudrais vous proposer quelques applications en espérant qu’elles pourront vous être de quelque utilité pour concrétiser ces idées et approfondir notre amour filial envers l’Eglise. Ce sont des façons d’aimer et de se donner pour l’Eglise, à l’exemple du Christ.

Amour et adhésion au Pape.

Le Mouvement nous a toujours appris, dès le premier jour de notre incorporation, à suivre totalement le Pape et ses enseignements d’un amour ardent et personnel, parce que c’est le Vicaire de Jésus-Christ sur la terre, le successeur de Pierre, tête visible et signe d’unité de foi et de communion à l’Eglise. Cette attitude ne se base pas sur la sympathie ou sur les qualités humaines que nous pourrions découvrir chez lui, ni sur l’opinion des personnes ou sur n’importe quelle image que les médias pourraient diffuser, mais sur la foi et l’amour envers notre Seigneur.

La première et la plus élémentaire des manifestations envers le Pape est de prier pour lui. Jésus a prié pour Pierre, pour que sa foi ne défaille pas (cf Lc 22, 31-32), surtout à l’heure de l’adversité et de l’épreuve. Une des choses que Benoît XVI demande le plus habituellement au cours des rencontres privées que j’ai eues avec lui, ce sont nos prières, et il le répète souvent au cours des audiences et des rencontres avec les gens. Le Pape a besoin et croit au pouvoir de la prière de chacun d’entre nous ! Ce sont nos prières qui soutiennent le Pape au cours de sa mission difficile, comme ces hommes qui soutenaient les bras de Moïse toute la journée pendant sa prière pour obtenir la faveur de Dieu (cf Ex 17, 8ss.). Prier pour les autres est un excellent acte de charité. Plaise à Dieu que nous maintenions toujours cette belle tradition de réciter tous les jours cette prière pour le Pape d’un contenu si riche, que Nuestro Padre nous a invités à réciter pour lui, spécialement quand nous venons de recevoir le Christ en son Eucharistie.

« Mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent » (cf Jn 10, 27). Il y a deux façons de suivre le Pasteur : la première, plus intérieure, consiste à écouter la voix du Christ par l’intermédiaire du Pape, ce qui a pour conséquence de rester au courant de ses activités, de ses écrits et de ses discours, accordant à tous ses enseignements l’hommage de notre foi, de notre adhésion et de notre assentiment intérieur. Mais il faut aussi cette adhésion extérieure qui consiste à faire connaître son magistère et l’amour pour le Saint Père au sein de nos familles, de nos proches et de nos connaissances et qui consiste aussi à défendre sa personne avec courage, sachant qu’il est le Vicaire du Christ. En ce sens, toutes les équipes et toutes les sections du Regnum Christi, nos institutions éducatives et œuvres d’apostolat peuvent devenir des artisans enthousiastes de l’amour envers le Pape et envers l’Eglise.

Appui aux Evêques et aux prêtres

Nous devons aussi avoir la même attitude de foi envers les Evêques, successeurs des Apôtres, qui enseignent en communion avec le Pape, et envers nos prêtres et nos curés. Ils méritent toute notre vénération et notre attachement pour être revêtus de la dignité la plus grande que Dieu puisse accorder à un homme : celle d’être « autres christs » sur la terre, pont pour la grâce entre Dieu et les hommes, coparticipants des pouvoirs et de la mission sanctificatrice du Christ. Comme nous le savons, ils sont la part préférée de l’Eglise dans le Cœur de Jésus ; mais ils sont aussi, très souvent, la part la plus nécessaire. Je vous invite, très chers amis et membres du Regnum Christi, à vivre très près de vos évêques et de vos curés ; à leur assurer le soutien de vos prières, de votre estime, de votre appui, en parole et en action. ; à appuyer généreusement leurs consignes selon vos possibilités ; à vous intéresser sincèrement à eux et même à les entourer de ces petits gestes de déférence et de charité qui nous font tant de bien et qui contribuent à créer cette ambiance de famille caractéristique de toute communauté chrétienne.

Les membres du Regnum Christi doivent se signaler par leur « sens de l’Église », par leur amour réel et ardent de l’Eglise ; ils doivent être d’actifs artisans de la vie liturgique et pastorale en communion avec les Pasteurs et les curés, faisant ainsi valoir la formation spirituelle et apostolique qu’ils ont reçue grâce à notre charisme spécifique, avec les autres groupes et les autres réalités ecclésiales qui font tant de bien dans l’Eglise. Grâce à Dieu et au zèle des membres du Mouvement, chaque jour augmente le nombre des lieux où nous pouvons collaborer avec les Evêques et les curés à une pastorale dans laquelle nous sommes tous unis, offrant nos programmes de formation et d’apostolat destinés, par exemple, à l’enfance et à l’adolescence, aux jeunes et aux familles, à la promotion humaine et chrétienne des plus défavorisés, à la formation permanente des clercs et des religieuses, etc. Nous devons, en conscience, mettre au service de nos Evêques et de nos curés, le charisme spirituel et apostolique que nous avons reçu gratuitement, sachant que c’est un don et que nous avons à en remercier. Et comme nous le savons aussi, la meilleure façon de remercier est de nous engager avec responsabilité à le partager avec nos frères, suivant cette mission de faire toujours le bien, à laquelle Dieu nous a appelés. Comme on a l’habitude de le dire : « faire le bien sans regarder à qui on le fait ». En tous et en chacun nous voyons le visage du Christ.

Prier, promouvoir et soutenir les vocations

Le thème des vocations doit être un souciet une occupation prioritaire de tout bon fils de l’Eglise, pas seulement des prêtres. C’est la foi qui doit nous pousser à prier et à promouvoir les vocations. En voyant l’immense moisson du monde qui s’éteint et meurt par manque du Christ, nous devrions expérimenter une profonde compassion et éprouver, comme le Christ, le même besoin urgent de faire quelque chose, peu ou beaucoup, mais faire quelque chose. Dieu continue à appeler et il est le premier intéressé à accorder à son Eglise de nombreuses et bonnes vocations, mais il ne nous les enverra pas si nous restons indifférents et passifs. Il veut que nous l’aidions et il nous a dit comment faire : « Priez le Maître de la moisson pour qu’il envoie des ouvriers à la moisson » (Cf Mt 9, 38). Prendre cette réalité au sérieux, ressentant comme quelque chose de personnel cette préoccupation du Christ, et nous sentir poussés à prier avec ferveur, tous les jours, pour les vocations et pour la sainteté et la fidélité des prêtres et des religieux. Paraphrasant les paroles de saint Paul, nous pouvons nous écrier : « Malheur à moi si je n’évangélise pas ! ». D’une certaine façon, chercher et travailler pour qu’il y ait davantage de vocations dans l’Eglise est une responsabilité que nous avons tous. Il y a des membres et des équipes du Mouvement qui ont proposé de lancer l’adoration pour les vocations dans leurs propres paroisses ou dans leur section, ou qui collaborent directement au programme de pastorale des vocations. D’autres, par exemple, ont pris l’engagement de « parrainer », pour ainsi dire, un séminariste, soutenant partiellement ou totalement le montant de sa formation. Si chaque chrétien vibrait, vraiment, devant cette consigne du Christ, nous pouvons être certains que, en peu d’années, nous verrions les séminaires de nouveau pleins et nous verrions croître la sainteté et le zèle apostolique des prêtres.

Entretenir et promouvoir le grand trésor de l’union et de la charité

L’Eucharistie et la charité sont les deux grands trésors que Dieu a confiés à son Eglise, tous les deux, intimement et inséparablement unis. Nous savons très bien que la force de l’Eglise et son pouvoir de transformer le monde dépendent principalement de l’union et de la charité. La culture hostile et païenne des premiers siècles de notre ère s’est vue désarmée, vaincue, par la force silencieuse de l’amour : « Voyez comme ils s’aiment ! » (cf Tertulien, Apologie du Christianisme, ch 39). L’histoire est appelée à se répéter encore aujourd’hui. Le monde croira dans la mesure où nos familles et nos communautés vivront comme les premiers chrétiens, « d’un seul cœur et d’une seule âme » (cf Ac 4, 32) parce que seul l’amour est crédible. Là où il y a deux ou plusieurs chrétiens réunis, là doit régner l’union des idéaux, la charité, le respect et l’estime sincère, l’appui mutuel. Nous devons repousser comme un très grand mal, la calomnie, les ragots et la médisance qui offensent tellement Dieu et qui, comme un cancer, détruisent des communautés entières. Au contraire, nous devons apprendre à découvrir et à louer le bon, à disculper le mal et à porter les croix les uns des autres, à repousser la jalousie, à pardonner et à oublier les offenses. Cette exigence intrinsèque à toute vocation chrétienne, nous, membres du Regnum Christi, nous l’avons assumée comme mission spécifique, comme apostolat, surtout avec la biendisance si propre à un cœur doux et humble comme celui du Christ. Le jour du jugement, Dieu notre Seigneur nous jugera sur l’amour. Dans la vie il y a des réussites et des erreurs, nous pouvons nous tromper et commettre des fautes, mais ce dont nous sommes sûrs et que nous ne nous tromperons pas, c’est d’avoir aimé et d’avoir donné notre vie.

Dès les premières années, nous avons entendu ces paroles de la part de notre Père Fondateur, qui résument ce que j’ai essayé de vous transmettre par ces pauvres lignes : « Amour envers l’Eglise : amour qui veille, amour qui lutte, amour qui disculpe, amour qui exalte, qui capte les battements de sa Mère, qui la médite dans la foi, l’accueille dans l’obéissance, la fait grandir par l’apostolat, la sanctifie dans la vie ».

Que cette fête du Christ-Roi nous prépare à le vivre du fond de notre cœur, nous efforçant d’imiter le Christ doux et humble de cœur. Le Christ n’a pas régné par le pouvoir ou la force. Il nous a appris que son Royaume n’était pas de ce monde. C’est le règne de la charité, de la bonté, de la douceur et de la simplicité. En sa passion, humilié, écoutons les paroles de Pilate : « Ecce Homo ». Voici l’homme, qui est Dieu lui-même et qui s’est donné, jusqu’à la mort, par amour pour chacun de nous. Nous voyons ici, le Christ qui, par sa propre vie, nous dit que l’amour est plus fort, que c’est lui uniquement qui change le cœur des hommes.

Je vous quitte, mes chers amis et membres du Regnum Christi, demandant à Dieu, par l’intercession de Marie, de vous accorder la grâce d’être de véritables fils de l’Eglise, et de vous accorder sa protection et d’abondantes bénédictions.

Affectueusement vôtre en Jésus-Christ.




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