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English | Español | Italiano | Deutsch | Polski | Magyar Jeudi 7 août 2008
De notre Directeur Général

Rencontre avec le Père Alvaro Corcuera

Christophoros est heureux de publier ci-dessous un interview exclusif avec le Père Alvaro Corcuera, Directeur Général du Mouvement Regnum Christi et de la congrégation des Légionnaires du Christ.

Que ton Règne vienne !

- Père, vous avez pu accompagner le Père Maciel, L.C., au cours de ses derniers instants. Quelles sont vos réflexions ?

- Père Alvaro Corcuera : Dieu m’a accordé la grâce de l’accompagner pendant les derniers instants de sa vie. Pour ceux qui étaient présents, ce furent des moments de prière intense et de paix profonde même si la peine était grande. C’était un silence qui contemplait l’action de Dieu et nous permettait de tout voir de son côté à Lui. Notre Fondateur a reçu les sacrements de l’Eglise et il est mort en face d’une image de la Vierge de Guadalupe, comme il l’avait désiré. A côté de lui, des souvenirs apportés quelques jours plus tôt de Terre Sainte et que les membres consacrés de la branche féminine lui avaient envoyés rappelant ce que nous avions vécu au cours de la Semaine Sainte : Gethsémani, le Calvaire, la présence de la très Sainte Vierge et la joie de la résurrection qui nous permet de tout voir avec un regard différent et nous fait apprécier les paroles de l’Evangile nous annonçant que le Christ est ressuscité.

Dieu incarné nous révèle l’amour du Père et donne sa vie en rachat pour la multitude : ceci a toujours été une profonde motivation de la vie du Père Maciel et elle est au centre du charisme que, grâce à lui, le Seigneur nous a donné pour servir l’Eglise. Ce n’est pas une coïncidence que le dernier texte que notre fondateur nous a laissé, écrit d’une main déjà tremblante, soit la phrase de l’Evangile de saint Jean : « Et Verbum Caro factum est » (« Et le Verbe s’est fait chair »).

Alors que j’avais la grâce de lui donner la communion, les derniers jours avant sa mort, je me suis rendu compte que j’étais en train de lui donner tout ce que j’avais. Nous avons reçu le Christ et il ne peut rien nous arriver de meilleur que de donner le Christ. Après qu’il ait reçu l’onction des malades, je me suis agenouillé pour prier avec lui, alors même qu’il n’était déjà plus conscient, et après un moment, la prière de l’ECYD m’est venue à l’esprit : « Seigneur Jésus, je t’offre mes mains pour faire ton travail. Je t’offre mes pieds pour suivre ton chemin. Je t’offre mes yeux pour voir comme toi. Je t’offre ma langue pour dire tes paroles. Je t’offre mon intelligence pour que tu penses en moi. Je t’offre mon esprit pour que tu pries en moi. Et surtout je t’offre mon cœur pour qu’en moi tu aimes le Père et tous les Hommes. Je t’offre tout ce que je suis pour que tu grandisses en moi, pour que ce soit toi, le Christ, qui vives, travailles et pries en moi ». En allant ensuite devant le Tabernacle, avec la tristesse de savoir qu’il ne lui restait plus longtemps à vivre, j’ai trouvé dans le bréviaire, les paroles de saint Paul : « Que l’espérance vous garde joyeux, constants dans la tribulation, assidus à la prière ». Indubitablement, ce n’est qu’au tabernacle que nous trouvons ce que l’âme désire et ce dont elle a le plus besoin. Ici, tout trouve sa solution et c’est ce qui m’a permis de comprendre que ce n’était pas tant moi qui l’accompagnais, mais que c’est Lui, le Christ même, qui nous accompagne toujours, de la naissance à la mort. L’Ami fidèle.

Notre père fondateur nous a accompagnés toute notre vie, il a pris soin de nous et nous a conduits au Christ. L’accompagner en ces derniers instants, avec les Légionnaires et les personnes consacrées du Regnum Christi qui se sont occupées de lui au cours de ces derniers moi, avec tant de délicatesse et de gratitude, fut réellement une grâce imméritée. J’ai compris que ce n’était pas seulement moi, mais que tous et toutes, nous l’avions accompagné, poussés par l’amour de Jésus-Christ.

- Après la mort du Père Maciel, vous avez été particulièrement proche des légionnaires et des membres du Regnum Christi pour leur apporter une parole de consolation et d’encouragement...

- P. Alvaro Corcuera : J’ai essayé de le faire et je crois que je ne pouvais pas ne pas le faire. Dieu nous a fait un grand cadeau en nous accordant de vivre ces moments comme une famille qui vient de perdre son Père. Ce fut à la fois, une grande consolation pour chacun d’entre nous de comprendre que nous n’étions pas seuls. Nous avons eu la certitude que Dieu, en sa Providence, nous guidait sur notre chemin. Souvent, nous nous sommes aussi tournés vers la très sainte Vierge Marie pour lui demander sa maternelle compagnie. Elle fut toujours présente, toujours fidèle, avec sa délicatesse, sa force et ses consolations qui aplanissent toujours tout. Nous connaissions aussi la proximité du Saint Père qui nous avait donné l’assurance de sa prière. Nous pouvions compter sur l’amicale affection de tant de cardinaux et d’évêques et de très nombreuses personnes amies qui nous ont envoyé des lettres de condoléances et d’amitié. Quelle consolation et quelle force ne recevons-nous pas de la communion de toute l’Eglise ? L’expérience que j’ai faite est que, en voulant être près, j’ai reçu beaucoup plus que le peu que j’aurais pu donner. Je suis tellement édifié par l’exemple et le témoignage de chaque membre de cette famille, de ce miracle de Dieu ! Comme ils m’ont édifié ! Des garçons et des filles de l’ECYD jusqu’aux membres aînés. Je suis tellement édifié de voir avec quelle sainte urgence, avec quelle diligence et quel sacrifice, ils cherchent la façon de tout partager et de tout donner aux autres. C’est la charité authentique et c’est réellement le zèle apostolique. C’est charité pure.

- Quel héritage le Père Maciel laisse-t-il aux légionnaires et aux membres du Regnum Christi et, aussi, aux œuvres d’apostolat ?

- Père Alvaro Corcuera : : nous avons vécu, pour ainsi dire, un premier chapitre très dense de l’histoire de la Légion du Christ et du Regnum Christi où le « oui » des hommes a permis à Dieu d’accorder de nombreux fruits. Je peux dire par exemple - et je sais que ceci vaut pour beaucoup d’autres - que notre fondateur m’a appris à demander et à pratiquer le don le plus grand que l’homme puisse recevoir sur la terre : l’amitié avec le Christ. Nous demandons tout particulièrement à l’Esprit Saint, de nous aider à ouvrir ce nouveau chapitre de notre histoire : ce chapitre qui correspond maintenant aux cofondateurs de cette œuvre qui vient de Dieu et qui est au service de l’Eglise et des hommes.

J’ai éprouvé une grande responsabilité parce que nous devons, plus que jamais, faire avancer ce que nous avons reçu. Quand je l’ai vu mourir, j’ai profondément compris la réalité que nous étions cofondateurs et de ces paroles que nous prononçons au début de notre appartenance au Regnum Christi « C’est de nous qu’il dépend, Seigneur, que ta parole ne se perde pas... ». L’héritage que nous avons reçu est un défi et une responsabilité qui nous permet de découvrir le futur et de continuer à travailler, comme nous le lisons dans saint Paul (cf 1Co 13) : Nous avons tout reçu et nous devons tout donner. Dieu nous demande de faire avancer la Légion du Christ et le Regnum Christi jusqu’au point où Dieu veut qu’ils arrivent. Lancer les filets le plus loin possible pour que le plus grand nombre possible d’hommes connaissent et aiment le Christ. Avancer au large, sans que nous importe la hauteur des vagues et les différentes épreuves, grandes ou petites, pourvu que le plus grand nombre d’âmes trouvent celui qui « m’a aimé et s’est livré pour moi », l’Ami fidèle, qui change nos vies.

L’héritage est un défi pour être fidèles au Christ et à son Eglise selon le charisme que nous avons reçu. Une responsabilité de vivre le commandement du Christ, le commandement de la charité, en étant signes de l’amour par lequel Dieu nous aime. C’est à ceci qu’on doit nous reconnaître. A quoi sert tout le reste, s’il n’y a pas la charité, comme nous le voyons dans la lettre aux Corinthiens ? Un héritage qui est urgence de grandir davantage, selon ce que nous dit le Christ au moment de l’Ascension : « Allez dans le monde entier et prêchez l’Evangile ». Il ne nous dit pas : « Allez dans certaines régions », mais dans le monde entier pour y apporter l’amour du Christ ; c’est la raison pour laquelle nous avons été créés. C’est pourquoi, grandir n’est pas tant un but, mais c’est une réponse personnelle à celui qui nous a choisis pour être à Lui. Grandir davantage et vaincre le mal par le bien. Des Apôtres qui vivent davantage pour Dieu et le prochain que pour leurs propres intérêts. Croître en sainteté, en vertu, en œuvres, en amour. Et nous savons que l’humilité est la condition indispensable pour tout, étant donné que nous ne sommes que les instruments de Dieu notre Seigneur.


-  Quelle est la mission de la légion du Christ et du Mouvement Regnum Christi dans ce nouveau chapitre auquel vous faites allusion ?

- Père Alvaro Corcuera : c’est maintenant à nous d’écrire le chapitre suivant de cette histoire avec une encre indélébile, qui est l’encre de la charité et de l’amour. Si nous écrivons avec charité, sachant que nous sommes fragiles et blessés par le péché, nous ne nous tromperons jamais parce que, même si nous nous trompons de ligne, Dieu saura écrire droit et récolter du fruit pour le bien des âmes. Mais nous écrivons avec amour, avec humilité, simplicité en donnant notre vie comme les apôtres l’ont donnée pour le Christ et pour l’Eglise. Ils ne se sont pas prêchés eux-mêmes, mais ils ont prêché le Christ. C’est la même mission que celle de Jean Baptiste : « Il faut qu’il grandisse et que je diminue ».

Il y a peu de temps, je parlais avec un jeune, membre du Mouvement, qui était médicalement condamné et il me disait : « Père, pour moi, la seule chose qui m’importe est que Dieu réalise avec moi ce qu’il voudra et si le grain de blé - comme dit le Christ - doit se perdre en terre, béni soit Dieu ! ». C’est un des sens du crucifix que nous recevons le jour de notre incorporation au Regnum Christi : il nous invite à prendre notre croix chaque jour, par amour et à suivre le Christ. Combien d’enfants et de jeunes prêchent ainsi le Christ avec autant de joie ! Que d’adultes, que de personnes âgées avec un cœur doux et humble comme les enfants, nous précèdent de leur exemple donnant force à leur vie chrétienne grâce à la spiritualité du Regnum Christi !

Le Christ continue à nous inviter à l’aimer sans limites, à aimer et à servir l’Eglise, le Pape et les évêques, à croire en la force du tabernacle, de l’Eucharistie, à grandir de plus en plus pour mieux servir... Le Christ nous laisse une mission qui nous dépasse, mais qui nous incite à faire confiance de toutes nos forces. Si Dieu est fidèle, si le Christ est mort et ressuscité pour nous, alors tout est possible. Nous devons croire, faire confiance et aimer de toutes nos forces, de tout notre cœur, de tout notre être. Notre vie est très courte, les heures qui passent ne reviendront pas. Vivre chaque jour comme si c’était le seul jour de ma vie, le vivre de tout mon être, en aimant et en servant. Vraiment, il ne peut rien nous arriver de meilleur que de terminer notre vie et d’écouter le Christ qui nous attend les bras ouverts parce que nous nous serons efforcés d’aimer et de faire le bien sans tenir compte de l’intensité de la souffrance. Et même, comme les saints, sachant que l’amour nous fait voir la croix comme une bénédiction, avec la possibilité d’accompagner le Christ, l’Ami fidèle, qui nous dit qu’il n’y a pas de meilleur ami que celui qui donne sa vie pour son frère.

Et tout avec Marie. Comme pour les apôtres à la Pentecôte, elle nous remplit de sa paix et de sa force et nous dit de ne pas avoir peur parce qu’Elle est là, toujours fidèle, nous comblant de sa paix. C’est l’expérience que nous avons tous faite lorsque nous avons récité le rosaire à Cotija, dans la grotte de la Vierge de la Paix. L’après-midi, après avoir enseveli notre père fondateur, alors que s’unissait la clarté et le bleu du ciel, avec une brise très douce, qui emportait les peines et les tristesses. La paix nous est donnée, avec Marie. Je voudrais remercier de cette occasion d’être avec vous tous et vous remercier de tout cœur de toutes vos prières, de vos témoignages, vos lettres et de vos petits exemples de charité et de foi chrétienne. La seule façon de vous remercier est la fidélité, qui est un don, et que nous demandons tous avec confiance. Toujours unis dans la prière.

Père Alvaro Corcuera, L.C.




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