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Ecole de l’Immaculée Conception

Témoignage d’une maman d’un enfant qui veut devenir prêtre

La maman de François Xavier a donné ce témoignage le 2 mai 2004, lors de la fête des mères, organisée à l’école apostolique.

Cher Père Bruce, chères mamans

Avec votre petit sourire et votre regard malicieux, chaque année vous mettez au pied de la croix une maman, pour qu’elle partage avec vous, chères mamans,ce chemin vers lequel chacun de nos fils est appelé. Alors, pendant quelques instants, je vais essayer de dire une partie de ce chemin, car il est loin d’être achevé.

Depuis que le Père Bruce m’a sollicitée, j’ai une phrase qui me revient sans cesse : « avant toute éternité, tu étais gravé sur la paume de ma main, et je t’avais choisi. » Est-ce pour moi ? Est-ce pour mon fils ? Est-ce pour chacun d’entre nous ? Je crois que nous sommes tous concernés. En effet cette phrase est juste, car avant que François Xavier ne vienne au monde, alors que je venais de découvrir que j’attendais un enfant, et que je partageais cette nouvelle dans la prière avec des amis, ceux-ci me proposèrent de prier pour moi, pour cet enfant et d’ores et déjà de le consacrer à Marie. (Nous étions à Notre Dame du Laus). Durant cette prière, comme un éclair, une pensée s’imposa à moi : « ce sera un garçon et il sera prêtre ».Que dire de plus, si ce n’est que comme Marie « je gardais ces choses-là dans mon cœur ».

La naissance survint le 9 septembre. La veille, j’étais à Notre Dame du Laus ... j’aurais aimé qu’il naisse le 8 septembre ... Ce fut un garçon, prénommé François Xavier en union au grand saint évangélisateur.

Puis commença la vie de cet enfant. De temps en temps me revenait en mémoire cette phrase reçue à Notre Dame du Laus, et je me disais « si cette phrase m’a bien été donnée par le Seigneur, comment cela se fera-t-il ? » sachant que la première partie était réalisée, c’était bien un garçon.

Les années ont passé au cours desquelles de temps à autre François Xavier faisait des réflexions surprenantes pour son âge. Dès l’âge de 5 ans, le prêtre de la paroisse lui avait proposé de revêtir une aube pour l’assister dans le chœur pendant la messe, ce qu’il faisait avec beaucoup de sérieux.

Dans ses premières années, il était d’un tempérament plutôt paisible, mais progressivement il devint contestataire ; son indépendance s’affirmait prématurément et son comportement souvent protecteur dans le cadre scolaire engendrait des réactions plutôt hostiles à son égard.. Nous sentions qu’il exploitait de préférence ses mauvais côtés et cela nous désolait.

De sa vocation éventuelle, personne n’en parlait explicitement, bien que nous fussions attentifs à toutes évocations de sa part. Ainsi, un jour, alors que nous venions de visiter les ruines d’un monastère il nous déclara : « moi, je serai moine ». Plus tard, au cours d’une session avec la Communauté des Béatitudes à Lisieux, il avait trouvé dans la Basilique une image de Ste Françoise Xavière, au dos de laquelle était inscrite une prière pour demander des prêtres. Il nous avait demandé de la dire, ce que nous avons fait pendant quelque temps.

J’attendais le moment d’une orientation que je situais après le bac, pour évoquer cette question, au moins au-delà du collège, si toutefois l’occasion se présentait. Nous ne voulions l’influencer ni dans un sens ni dans l’autre. Mais je ne perdais pas de vue la phrase reçue à Notre Dame du Laus.

Au cours du mois de juillet qui précédait son entrée en sixième, il avait souhaité faire partie d’une équipe de scouts et participer à un camp d’été. Ce fut en partie un échec parce que là aussi, incompris, en raison de son âge (plus jeune), et de son comportement en décalage (plus mûr) au sein d’une équipe disparate. Le retour de ce camp fut difficile ; il eut du mal à purger les difficultés vécues.

Cependant au cours de ce camp, une chose fut positive et il m’en parla avec une grande quiétude. C’était sa rencontre avec un prêtre « qui au moins avait compris », avec qui il avait longuement échangé au cours d’un pèlerinage à Notre Dame de Rocamadour, où il avait fait sa promesse. Ils avaient l’un et l’autre notés leurs noms et leurs adresses. Mais voilà, l’image sur laquelle étaient inscrites les coordonnées de ce prêtre était restée dans la chemise et fut dissoute dans la machine à laver. J’avais bien vu qu’il en avait été attristé, mais la vie continua.

Dessein offert au Père Bruce par la maman de François Xavier
Dessein offert au Père Bruce par la maman de François Xavier

Quelques jours avant les vacances de la Toussaint, le téléphone sonna et au bout du fil un certain frère Alexandre, légionnaire du Christ se présenta et me parla du Père Gouraud et de François Xavier. Je crois lui avoir fait répéter au moins trois fois son pedigree, car je n’avais jamais entendu parler, ni de ce prêtre, ni de la Légion. Le seul point de repère était que j’avais bien un enfant qui s’appelait François Xavier. Il se trouve qu’il était là, à proximité pour me mettre sur la piste. Ainsi nous avons eu la visite des représentants de cette congrégation inconnue pour se présenter, rencontrer François Xavier et proposer des camps et des séjours amicaux.

La suite fut simple. Une fois notre confiance accordée, François Xavier partit à Noël faire le pèlerinage à Rome. Il fallut bien sûr passer par le deuil de sa présence à Noël , il avait à peine 11 ans. A son retour, nous avons retrouvé un enfant paisible et transformé. Puis il partit à Pâques pour un séjour amical, sans oublier les visites assidues des frères légionnaires à la maison. François Xavier acquerrait la certitude que sa place était à l’école apostolique. Mais nous avons différé sa rentrée d’un an, car il nous semblait qu’il était encore trop jeune pour une telle séparation, compte tenu notamment de notre éloignement géographique. D’autre part, il nous paraissait utile de lui donner une année de réflexion supplémentaire. C’est ainsi que nous avons envisagé sa rentrée Méry pour la classe de 4ème.

La 5ème fut une année de réflexion mais aussi de combat. François Xavier était de plus en plus insupportable, son comportement au collège se dégradait continuellement, le travail scolaire était réduit à sa plus simple expression. On sentait une inadaptation fondamentale du milieu scolaire qu’il fréquentait par rapport à son attente. Le papa souffrait en silence, dans l’attente de la fin de l’année, pour de nouveaux horizons ...

Quant à moi, je luttais entre : trouver des solutions de moyen terme, des doutes, des hésitations, des peurs... Je devais me résoudre à lâcher mon fils. Si je raisonnais sur le plan humain, son départ ne me paraissait pas une solution à la construction de son équilibre. Si je me situais sur le plan spirituel, tout devenait clair, mais il fallait faire un acte d’abandon auquel j’avais du mal à me résigner. Très souvent dans la prière je demandais au père de Ste Thérèse, M. Martin, de m’aider dans cette démarche, lui qui avait donné toutes ses filles au Seigneur, et en particulier la dernière à laquelle il était très attaché. Quand à mon propre père, qui avait ressenti toutes mes hésitations, il m’avait dit : « laisse aller ton fils, ne l’étouffe pas. »

Voilà donc François Xavier au séjour de discernement de juillet. Quand au cours de ce séjour il nous téléphona pour nous demander l’autorisation de prendre l’uniforme des apostoliques, j’eus le sentiment que la terre s’effondrait sous mes pieds ...

Lorsque le 16 août nous avons laissé François Xavier pour la rentrée à l’école apostolique, ce fut un déchirement. Je ne comprenais pas très bien pourquoi il fallait qu’il parte si loin pour réaliser sa vocation. Mais chaque fois que je priais je comprenais que lui ayant donné tout ce que je pouvais, il fallait que je passe la main à d’autres pour sa formation et son discernement vocationnel. Parallèlement me venait à l’esprit le passage de l’évangile où Jésus est retrouvé au Temple disant à sa Mère : « Ne savez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père ? »

A l’école apostolique, depuis la 4èm, François Xavier n’a fait que confirmer et épanouir sa vocation à devenir prêtre. Son caractère s’assouplit, son comportement se modifie progressivement comme il n’aurait sans doute pu le faire ailleurs. Intellectuellement et spirituellement, il a pu puiser, grâce aux pères, frères et professeurs tout ce dont il avait besoin, tout ce qui correspondait à ses aspirations, même au-delà de mes attentes.

Pendant ces années, chaque fois qu’il et revenu à la maison, toute la famille était dans la joie, bien que parfois avec des difficultés de compréhension, car bien évidemment, une partie de sa vie nous échappe. Mais n’est-ce pas pour lui le meilleur moyen de grandir ? Chacun de nous a dû entrer dans cette dimension d’acceptation et d’abandon entre les mains de Dieu, de confiance en la Providence pour ce choix. La vocation de notre fils est un appel qui s’étend à toute la famille, chacun à sa mesure. Nous avons toujours eu conscience que c’était un choix d’amour de la part du Père des cieux.

Bien que peu fréquentes, nos visites à Méry ont toujours été pour nous un grand réconfort, car nous avons toujours vu un enfant épanoui, libre de la grande liberté des enfants de Dieu, envisageant son avenir avec netteté et sérénité. Nous avons redouté au début que cette séparation ne génère un désintérêt pour la vie familiale qui se déroulait à 700 Km. Nous avons constaté qu’il n’en était rien. Bien au contraire, attentif à tous les évènements qui ponctuaient notre vie familiale, il s’est toujours manifesté comme un partenaire géographiquement lointain, mais affectivement proche de la vie des uns et des autres.

Pour terminer, cher Père, je voudrais vous remettre, à vous personnellement, une esquisse que j’ai réalisé d’après un dessein de Rembrandt. C’est une maman portant son enfant dans les bras. Que ce dessein rassure les mamans qui viendront déposer leur fils dans votre école pour les donner à Dieu.

Fête des mères à Méry-sur-Marne le 2 mai 2004




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