Le père Sylvester Heereman, L.C est né en Allemagne le 10 septembre 1974. Il est entré au noviciat allemand de la Légion du Christ en 1994. Il fit ensuite ses études d’humanités à Salamanque, en Espagne et obtint par la suite sa licence en philosophie et son bachelor en théologie à l’Athénée pontifical Regina Apostolorum, à Rome. Il devint alors formateur des novices en Allemagne et assistant du recteur à Rome. Il fut aussi secrétaire du territoire en Italie.
Il est actuellement le supérieur de la communauté des légionnaires du Christ à Paris et l’assistant des directeurs territoriaux français et italien pour la coordination des apostolats de la Légion du Christ dans divers pays d’Europe. Voici son témoignage vocationnel.

Le père Sylvester Heereman lors de son ordination par le cardinal Rodé
L’histoire de ma vocation n’est pas spectaculaire mais plutôt commune. Je ne suis pas un converti, comme Saint Augustin. Ma vie n’a jamais été en danger et je n’ai jamais été guéri miraculeusement. Je n’ai jamais entendu physiquement la voix de Dieu, un ange ne m’est pas apparu, je n’ai pas eu de vision, ni fait un rêve spirituel. Et pourtant je suis totalement convaincu que c’est Dieu qui -depuis toute éternité- m’a destiné à être son prêtre, légionnaire du Christ, et que c’est Lui qui a guidé ma vie durant toutes ces années.
L’histoire de ma vocation est si banale que je crois que mon expérience peut servir à tous ceux qui n’ont pas eu comme moi d’expériences extraordinaires, et qui en même temps n’arrive pas à sortir de leur tête cette question « Est-ce Dieu qui m’appelle à donner ma vie totalement, dans une mission spéciale au sein de l’Eglise ? »
Comment ai-je découvert que le Christ m’appelait à être tout à Lui et tout aux hommes, mes frères ?
Je suis né dans une famille catholique très pratiquante, selon les « critères » de mon pays si l’on peut dire. Nous sommes une famille nombreuse et nous allions à la messe tous les dimanches et cela paraissait étrange, presque exotique en Allemagne. .. Et non seulement nous allions à la messe le dimanche mais en plus mes parents croyaient vraiment en Dieu. Ils m’enseignèrent que Dieu est Quelqu’un qui tient un rôle important dans la vie et que notre avenir ne Lui est pas indifférent. Cependant, même si nous avons reçu une éducation religieuse, nous étions une famille tout à fait normale.

Le père Sylvester Heereman lors de sa première messe
Grâce à Dieu nous étions une famille très unie et très bénie -nous n’avons jamais manqué de rien, nous pouvions partir en vacances ensemble etc.- Mon enfance et mon adolescence ne se distinguaient pas de celles des autres jeunes de mon âge. Je jouais au football dans le club de mon village et je jouais un instrument de musique dans le groupe musical du village voisin. Je ne faisais pas mes devoirs, j’étais recalé aux examens surtout en maths, je me battais quand c’était nécessaire ou lorsque j’en avais l’occasion. A 15 ans j’ai commencé à fumer, à boire et pas toujours modérément. Tout cela était normal, commun et courant.
A ce moment là, j’avais déjà compris que mes 2 rêves d’enfant au sujet de mon avenir, à savoir être fermier ou capitaine de l’équipe nationale de foot, étaient irréalisables. En effet, la ferme sur laquelle nous vivions était trop petite pour nourrir une famille et quant à devenir le capitaine de l’équipe nationale, il aurait fallu que quelqu’un découvre mon talent et il se faisait un peu tard...
Aussi me retrouvais-je sans objectif. Je ne savais pas quoi faire de ma vie. Beaucoup de choses me plaisaient globalement mais rien ne me tentait particulièrement...
Cela ne me préoccupait pas non plus énormément. J’étais beaucoup trop occupé à m’amuser pour penser sérieusement à mon avenir. En même temps, je maintenais une pratique religieuse des plus minimes qui, il faut l’avouer, se limitait à la messe dominicale et à prier un petit peu avant de me coucher. L’intention pour laquelle je priais le plus souvent était pour ma future épouse. ..Mon père nous avait conseillé de prier pour notre future épouse même si nous ne la connaissions pas.
En faisant cela je me croyais un chrétien exemplaire près de l’héroïsme...
Ainsi allait ma vie quand soudain ma mère pensa qu’il était absolument nécessaire que je prenne au sérieux mes études scolaires. De son œil avisé, elle s’était rendue compte de l’état lamentable de ma formation intellectuelle. Pour y remédier, elle décida de m’envoyer en France pendant les vacances pour qu’au moins j’apprenne cette langue. Face à une telle perspective si peu attrayante pour ce jeune adepte du moindre effort que j’étais alors, mon système d’alarme se mit en route.
Aprés plus de 16 ans de cohabitation avec ma mère, je la connaissais assez bien pour savoir ce qu’il me restait à faire si je voulais éviter le départ en France : je devais lui opposer des arguments transcendants, religieux. La seule manière de me sortir de cette ornière dans laquelle je me trouvais alors, était de lui présenter un bien encore plus grand. Je me rappelais alors d’une invitation que j’avais reçue pour participer à une retraite au noviciat des légionnaires du Christ.
Pour moi, il était évident que de proposer à ma mère que je fasse une retraite spirituelle pouvait la faire changer d’avis à mon sujet quand à son projet de vacances françaises... C’est effectivement ce qui arriva.
Et ce fut le moment de l’appel. Là-bas je trouvai ce que je cherchais sans le savoir. Dès le premier instant j’eus la sensation très claire d’être chez moi. J’étais impressionné par la seule expérience d’être là. Je comprenais bien les frères novices, un peu plus âgés que moi mais guère plus. J’étais heureux jouant au foot avec eux, partageant les repas, conversant, et priant avec eux. Aujourd’hui je sais que c’est le Saint Esprit qui, d’une manière délicate adaptée à ma maturité spirituelle d’alors, me montrait le chemin.
Ainsi fut l’appel de Dieu à mon âme. Fait à la mesure d’un jeune immature, pas moins réel et sérieux pour autant. Comment est-ce-que je sais que cette expérience si humaine venait réellement de Dieu ? Il me restait deux années de lycée, et même si pendant tout ce temps je n’en parlais à personne, jamais l’idée de « si je veux être heureux je dois être légionnaire » ne me quitta.
A la fin du lycée en 1994, je décidai de tirer la question au clair en faisant la candidature, période de discernement. Personne au sein de ma famille ou de mes amis ne s’attendait à cela, mais je ne leur avais pas non plus demandé leur avis. Et c’est ainsi que commença le chemin qui m’a amené jusqu’à l’ordination sacerdotale.

Le père Sylvester Heereman donne la communion au frère Vincent, son frère, lors de sa première messe
J’ai mûri tout au long de ces douze années de formation. Petit à petit, j’ai compris que la vocation est beaucoup plus qu’une décision personnelle et qu’effectivement c’était Dieu qui m’offrait cette vocation, sans jamais m’enlever ma liberté. L’expérience initiale de se « sentir chez soi » s’est transformée en une conviction de foi en l’appel, fondée sur l’expérience, de foi également, de la présence de la bonté de Dieu qui me confirmait pas à pas dans ce chemin. J’ai eu besoin de beaucoup de temps, de prières, de dialogue avec des hommes expérimentés et de beaucoup de générosité pour arriver à cette clarté et fermeté dans ce choix. Tout au long de ces années, j’ai vu si souvent combien Dieu est fidèle. Il guide nos pas d’une manière douce et respectueuse, adéquate à notre façon d’être, mais nous ne pouvons jamais douter que c’est Lui et qu’Il ne désire que notre bien.
Alors ne cherchez pas de signes. Ecoutez la voix de Dieu en votre intérieur. Demandez à Dieu qu’Il vous guide, qu’Il vous donne la force pour toujours faire le meilleur et vous verrez qu’Il ne vous délaissera pas. Il vous amènera à découvrir votre vocation, sans que vous vous en rendiez compte. Laissez vous porter par Lui, sinon Il vous respecte et vous laissera suivre le chemin que vous choisissez. Alors que si vous suivez le chemin que Lui a choisi pour vous, vous serez heureux et vos vies seront fécondes pour beaucoup de personnes qui ont également besoin de Dieu.